Activités Mouvement

Le Ligueur du Mouvement

Plus qu’un bulletin de liaison, le Ligueur du Mouvement est amené à devenir un canal médiatique de la Ligue complémentaire aux autres tout en étant concentré sur les récits des processus des différentes entités qui composent le Mouvement et en s’ouvrant également au partage d’informations et de contenus relatifs aux multiples actions citoyennes locales qui lui donnent sa force et son rayonnement.

Le périodique, édité sous forme trimestrielle, est destiné aux volontaires et aux participants aux activités, mais aussi au réseau associatif et à toute personne intéressée par les actions de terrain et la démarche d’Education Permanente que nous poursuivons.

Les lecteurs y trouveront également des pistes d’action, des contenus invitant à développer la réflexion et des dates d’évènements (débats, rencontres, …) proches de chez eux.

Abonnez-vous à notre publication trimestrielle Le Ligueur du Mouvement, c’est gratuit et cela vous dit tout sur les actions volontaires locales ainsi que sur les projets militants et solidaires du Mouvement.


Éditos

#186 TRAVAILLER POUR VIVRE OU VIVRE POUR TRAVAILLER… QUI CHOISIT ?

Même sans avoir à suivre le rythme scolaire, la rentrée reste pour chacun un moment particulier dans l’année… Encore. Toujours. Retour à la situation de départ ou d’avant vacances, aux études, aux activités pour les uns, aux difficultés du quotidien pour d’autres, si tant est qu’il y ait eu accalmie.

Circularité d’un rythme finalement posé… Une rentrée, un marronnier… La rentrée qui s’annonce sera chaude, dirions-nous dans cette même circularité.

Ce n’est pas pour jouer les Cassandres mais il faut craindre que le cercle parte en vrille, que - année après année - les rentrées deviennent comme le climat : caniculaires et dommageables…

Pourquoi travailler?

Rentrée… Reprise de l’activité…

Pour faire quoi ? A quel rythme ? 

Avec quel respect du temps pour vivre seul, à deux ou plus ? Travailler pour vivre  ou vivre pour s’activer/s’impliquer dans un projet fédérateur et altruiste ou tout autre projet en -iste…

Pour l’un, actif occupé selon la catégorisation, le choix reste possible. Travail, bénévolat. Et c’est souvent les deux, les études le montrent : les personnes qui s’engagent dans le bénévolat le font en plus d’une activité salariée. Ils choisissent.

Pour l’actif inoccupé, le chômeur ou le bénéficiaire du RIS, le p’tit qu’on spoche, celui et majoritairement celle qui doit se mordre les doigts d’avoir un diplôme de sociologie et de n’être pas conductrice de grue ou de travaux ou encore désosseuse. De choix, il n’y a pas. L’Etat est là, il choisit pour vous et active.

Travail associatif?

Il a bien tenté l’Etat, avec le service communautaire, d’activer l’allocataire. Il a cependant perdu une manche.

Avec le travail associatif, c’est moit-moit pour le travailleur (entre bénévolat et salariat) qui peut rajouter un peu plus, on lui met sans cotiser. La liste des boucliers levés est beaucoup trop longue pour être citée.

Avec le jobdeal et l’histoire des pénuries, c’est maintenant l’actif inoccupé (le chômeur quoi) que l’on va activer (1). Pour qui le prochain round ? La rentrée brasse donc la mise au travail gratuit ou encore le travail contraint. Pas de salaire, pas de réel emploi. Pas de liberté du bénévolat. La frontière devient floue… Mais la frontière entre ceux qui ont le choix et ceux qui ne l’ont pas est de plus en plus solide. Inacceptable.

Casser les barrières

A la Ligue des familles, quoi qu’il en soit, emploi et bénévolat sont des engagements pour casser les barrières. Il est temps de repenser la relation au travail, de préserver les solidarités et d’en créer d’autres, de défendre (plus fort encore) des conditions dignes…

Une nécessité pour les nombreuses rentrées à venir. Une forêt de marronniers !

Jean-François Cannoot,
Directeur du Mouvement et de l’Education Permanent

(1) L’accord gouvernemental bradé du 25 juillet précise laconiquement que « l’arrêté chômage sera adapté en vue de permettre le service d’intérêt général pour les demandeurs d’emploi de longue durée »


 

#185 UN MONDE SANS HISTOIRES

La Ligue des familles participe à la Foire du Livre de Bruxelles pour des animations autour de ses prix littéraires. Pourquoi ce combat de longue date? Imaginez un monde dont serait banni tout récit: plus de conte, de fable, de roman, de film, de série télé, de bandes dessinées, de théâtre… Pourquoi l’humanité a-t-elle autant besoin de se raconter des histoires ?

Depuis l’aube de l’Humanité, les hommes et les femmes ont mis le monde en récit et l’ont raconté à leurs petits dès le plus jeune âge. Cela n’a pas changé avec l’évolution et les nouvelles technologies. Les histoires, sous toutes formes, n’ont cessé de se multiplier. L’arrivée de l’internet n’a en rien inversé la tendance : la fiction a de beaux jours devant elle.

Curieusement, ces représentations  de la réalité suscitent parfois plus d’intérêt que le réel, comme si les histoires que l’homme se raconte étaient porteuses de plus de vérités que le réel. Face à un monde qui souvent nous dépasse, que ce soit à travers les pages les plus sombres de son Histoire ou face aux soubresauts de l’actualité, face également à la nature humaine, ses paradoxes, ses turpitudes, ses relations compliquées, mais aussi ses élans altruistes, ses incroyables talents, ses inventions, les histoires semblent nous inspirer pour vivre toujours plus fort, plus en adéquation avec nous-mêmes. Par procuration, en mettant en scène et dépassant des états de crise, les fictions nous permettent de vivre d’autres nous-mêmes, pour tenter de comprendre le monde tel qu’il tourne et nous qui l’habitons.

Un monde sans problèmes

Un monde sans histoires serait probablement un monde sans problèmes. Or ceux-ci ne manquent pas, même si des progrès apparaissent ici et là. Mais survient une tragédie et l’homme s’en empare pour mieux l’appréhender. C’est ainsi qu’après la Shoah est née une littérature des camps, écrite par des survivants mais pas seulement. Ecrire l’Histoire en histoires, c’est aussi faire un travail de mémoire. Et aujourd’hui prolifèrent les récits sur la guerre en Syrie, le burn out ou encore les migrations, y compris en littérature jeunesse (lire page 16). Oui, la fiction interroge autant les ressorts de l’intime, l’amour, la haine, la jalousie, la naissance, la mort, la réussite, l’échec (la liste est infinie) que les guerres, les catastrophes climatiques, les injustices...

Un monde libre

Face à une histoire, nous sommes d’une liberté absolue, celle que procurent le rêve et l’imagination, ce qui donne aux romans, contes, pièces un pouvoir qui dérange les dictatures. L’actualité récente l’a encore montré avec l’incarcération de juin à décembre 2016 de l’écrivaine turque Asli Erdogan, l’invitée d’honneur de la Foire du Livre. Son roman, Le bâtiment de pierre (Actes Sud, 2013) donnait déjà, fictionnellement, la parole à des intellectuels, des politiques, des résistants emprisonnés.

La violence faite aux migrants rappelle cette apostrophe lancée par le tsar russe aux Polonais après l’annexion de leur pays à l’empire : « Fini de rêver ! » C’est précisément ce que les histoires nous invitent bien souvent à faire, rêver d’un autre monde, libre et harmonieux, ce pourquoi elles gênent les dictatures. Les récits sont des passeurs de rêve,  indispensables à nos sociétés. Car ils permettent de dépasser la condition humaine dans ce qu’elle a de limité. Outre qu’une belle et grande histoire peut être un remède contre l’ennui, offrir plaisir et détente, elle peut aussi se révéler un moyen pour comprendre, dénoncer et agir.

Michel Torrekens
Editorialiste


#184 AU NOUVEL AN (et après), #JEMONTRELESDENTS

Je m’oppose à la manipulation, aux simplismes, à l’exploitation humaine et demande du dialogue et du discernement.

Plus que quelques jours avant les festivités. En famille, entre amis, entre collègues…Nouvel an, nouveaux vœux, ré (et après)trospectives, selfies, hachtag, santé !

Les dindes bientôt fourrées, le vin quasi vieilli et moi déjà saoulé…

Par ce foisonnement d’images d’actus aux tonalités sombres, par les simplismes, par certains immobilismes.

Les réseaux sociaux ont cette faculté de produire de l’information, d’indigner, de dénoncer… de starifier aussi maintenant… Première étape qui doit être suivie d’un « après ».

La question des relations hommes-femmes, particulièrement dans l’espace public, donne la migraine.

Le sort des migrants vendus comme des objets, le désarroi d’une famille arménienne (et les autres) qu’on expulse fait mal au ventre.

La Tolérance zéro qu’on assène comme réponse à une violence qu’on assimile à une certaine jeunesse augmente l’ulcère.

Alors oui, après le choc, il est temps de répondre à la bêtise autrement que par le silence.

Les fêtes, de famille et entre amis, seront la première occasion d’éviter les haussements de sourcils avant de se plonger dans nos écrans pour éviter le débat…Mais non, discutons, montrons les dents…défendons-nous…et défendons-les…

- car il n’y a pas que « nos » pauvres et « leurs » pauvres, mais de plus en plus de richesses entre  de moins en moins de mains…

- car derrière une simple blague graveleuse, il y a la puissance masculine versus le ressenti de femmes qui n’osent plus être elle-même et sortir le soir…

Moi, simple quadragénaire (mais c’est possible pour tous les âges et tous les sexes), je veux en faire mon affaire.

 Alors durant la fête, #jemontrelesdents …et j’invite à aller plus loin, à changer de perspective….

 Et dans la rue, quand on assiste au dérapage de celui qui viole intimité et intégrité, #jemontrelesdents pour resituer les limites, soutenir et n’être pas complice…

Et sur mon écran aussi, au lieu d’un énième selfie, #jemontrelesdents… Et je joins l’image à la parole…. Soyons créatifs…

Un vœu ? Des milliers de dents montrées, sur la toile et dans les faits.

Et après ? Un long travail commence…

Jean-François Cannoot
Directeur du Mouvement


#183 A boire et à manger….Ou comment allier satisfaction des besoins et poursuite des désirs…

En cette période de bilans ou d’introspections induits par nos statuts (Assemblée Générale) ou nécessaires à notre situation (le maintien de nos ressources), c’est aussi ce que nous pensons de nous, du mouvement, de nos actions, volontaires ou salariés; à boire et à manger, plusieurs issues possibles…

L’adhésion à un mouvement comme le nôtre s’explique au moins par deux raisons. En premier satisfaire des besoins, consommer des services avec “retour sur investissement”…..légitime…

Mais à côté de ceci, et cela a encore été constaté et exprimé lors de la dernière Assemblée Générale, on peut adhérer parce que les idéaux et le désir de changement sont forts et partagés….enivrant… Il subsiste ici une démarche plurielle et forte qui ne dispense pas d’être autocritique, sévère sur les faiblesses à traiter tout en cherchant à construire. Sans angélisme excessif et  bien ancré dans la réalité…

Et les deux peuvent très bien cohabiter, s’accommoder…

L’humain, le citoyen est ainsi fait…une pincée de calcul…un zeste de désir….Un peu noir...un peu blanc…

Pas mieux du côté du politique, en ces temps de dégagisme risquant de sombrer au poujadisme : nous pourrions oublier qu’à côté des intérêts -excessivement personnels parfois- subsiste du désir, certes noyé dans une perte de distance et d’esprit critique…voire une trop grande distance des réalités de tous…

Apparaît alors un chemin étroit à fouler, tel un fil tendu entre morosité ambiante et optimisme béat ; celui qui nous rend acteur plutôt que spectateur voire commentateur, celui de ce qu’il faudrait qualifier de mobilisme….

 

Se mobiliser pour (rendre et disposer) des services mais aussi nous engager pour se donner l’opportunité d’oser dire non, d’exprimer des idées, d’en tester de nouvelles et pour être acteur de la chose publique.... Entrer dans un mouvement pour superposer services et puissance d’agir collectivement, pour combiner démocratie représentative à la dimension participative dans un juste équilibre….Tel est notre horizon….Tel est l’engagement qui se prend actuellement par la base du mouvement avec notamment la création collective d’une charte…

La question de l’égalité -objet du dossier “Focus sur”- et de tout ce qui reste à faire pour contrer le cancer des inégalités appelle des dépassements. De soi. De eux. De nous. Dépassement de la fatalité, du consumérisme ambiant et des intérêts partisans…

Il n’y a pas de remède miracle et l’horizon (politique, social et économique) est à bien des égards plongé dans le brouillard…

Mais dans cette purée de pois il est utile de donner à chacun, non pas la même échelle mais de quoi pouvoir, selon sa condition, voir par-delà le mur…dès que le brouillard se lèvera…

Avec de l’information, des services, de l’action politique et de l’action militante qui bouscule les préjugés…

Un discours sans doute répété…Un propos d’éducation populaire…. Cet été, mangez et buvez avec sagesse !

Jean-François Cannoot
Directeur Mouvement 


# 182 Soyons livres dans nos têtes !

Ou comment l’éducation populaire percute l’éducation d’excellence….

La lecture –et de manière plus générale- la pratique culturelle est un des piliers de l’action de la Ligue et de nombreux volontaires qui s’y dévouent avec passion dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles. La Ligue rassemble les générations, adultes et enfants, parents ou pas, autour de la littérature jeunesse, que ce soit pour la forme ou pour le fond, en s’inspirant des lectures du monde données par les auteurs et illustrateurs. Au travers de ses prix (Versele et Forum), le mouvement s’inquiète du devenir des citoyens de demain. Des ateliers d’écritures voient aussi le jour (Thieu), des ateliers de parole autour de la littérature érotique à Bruxelles, de la gravure à La Louvière et encore plein d’autres projets dans les cartons. Lire pour partager. Ecrire pour agir et Dire pour exister. Et participer à la conscience collective.

Eduquer ce n’est pas juste apprendre (des savoirs, des trucs, des astuces) mais c’est aussi questionner et rêver…Nous proposons ainsi une édition spéciale du Ligueur du Mouvement diffusée à l’occasion de la foire du Livre où nous sommes heureux de partager notre engagement. Et pour suivre, des questionnements y afférents, sous forme de dialogue imaginé…

 

L’éducation populaire : Salut quoi de neuf ? Tu as l’air contrarié…

L’éducation d’excellence : Le monde va mal, on va dans le mur…

L’éducation populaire : Oui c’est vrai, moi non plus je n’ai pas le moral….

L’éducation d’excellence : On est assommés par la médiocrité…Il faut réformer tout ça !

L’éducation populaire : Par les inégalités tu veux dire ? Tu as une idée ?

L’éducation d’excellence : Non, non, faut plus de réussite ! Plus de compétitivité. Développer le matching, le benchmarking.  Au final, augmenter le pouvoir d’achat. Il faut un pacte fort. Définir une méthodologie, des indicateurs et s’entourer de meilleurs consultants pour relever le niveau.

L’éducation populaire : Ouh là, tu m’effraies…C’est très néoliberal tout ça ! Oui bon d’accord l’enseignement est à revoir et doit être la base d’une société plus juste mais tout ne se résume pas à des calculs d’efficience et de coûts bénéfices…Ne faut-il apprendre que pour réussir ? Ne peut-on pas simplement apprendre pour apprendre, pour exister ?

L’éducation d’excellence : Ca y est, te voilà avec tes airs de gauchiste ! Toujours à critiquer et à rester sur ton pré carré…c’est dingue ça ! Y’a trop d’échecs, on ne peut pas continuer comme ça !

L’éducation populaire : Rien à voir. Non du tout, réformons !…On peut envisager de revoir les rythmes scolaires, les contenus, et même pourquoi pas supprimer les réseaux…Mais ne nous trompons pas de combat… Le redoublement ne doit-il être vu que comme un échec ou une charge financière ? N’est-ce pas aussi s’adapter au rythme des individus ? C’est le pouvoir de rêver qu’il faut augmenter. Sans rêves, pas de changements !

L’éducation d’excellence : Mais justement, dans les contenus, il est question de développer les activités socio-culturelles, tu vas voir, notre école de demain va remonter dans les rankings…On aura plus rien à envier aux voisins !

L’éducation populaire : Tu n’y es pas je crois ! Il faudra non seulement y mettre les moyens, réellement…les moyens publics. Pas les privés. Et avant tout, changer d’idéologie qui nous conduit à une société clivée et menacée.

Une des portes d’entrée (ou de sortie) est la culture. La musique, les beaux-arts, le livre sont autant de médias qui permettent de se dépasser, de s’élever et de s’ouvrir à la diversité et au monde tel qu’il est. Par le récit, l’imaginaire et la démultiplication des champs du possible nous repousserons les frontières pour aller vers des lendemains qui chantent…C’est dans la culture qu’il faut investir, toutes les cultures. Un chemin vers la démocratie.

Oui, soyons livres partout, à l’école, à la maison... Pas juste pour briller ou pour écraser mais pour éclairer ! Davantage une question de volonté que de moyens. Nous n’y sommes pas encore, continuons !

Jean-François Cannoot
Directeur du Mouvement