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Des mamans questionnent l’école

Ou comment des mamans prennent conscience que pour régler des problèmes individuels, il est préférable d’agir collectivement et que vouloir améliorer l’école, c’est fondamentalement une démarche politique.

Tout part d’un article publié dans un journal associatif: Bruxelles en mouvements, de début 2017. Un père y décrit une situation interpellante dans une école communale. Ce ‘lanceur d’alerte’ évoque le manque de professeurs et de moyens, des méthodes pédagogiques inadaptées aux élèves concernés, la garderie devenue payante, la suppression de l’étude dirigée, de l’école de devoirs et des sorties à la piscine, l’absence de politique d’accueil pour les familles migrantes, etc. Pour lui, inégalités scolaires et milieux défavorisés sont liés, d’autant que certains parents cumulent analphabétisme, chômage, exiguïté du logement...

Pour décoller

Ce témoignage, parmi d’autres constats, sera à l’origine de l’atelier D’Écolage: l’école en questions. Objectifs: favoriser la participation citoyenne des parents dans les écoles de Molenbeek, porter un regard critique sur les dysfonctionnements scolaires, être une force de changement en lien avec les équipes éducatives.

L’asbl d’Education Permanente La Rue, qui mise sur le soutien scolaire des ados, l’alphabétisation des adultes, une école de devoirs mais aussi des actions en faveur du logement local, est approchée comme partenaire privilégié de l’atelier D’Écolage: l’école en questions.

Fin 2017, une première réunion concrétisait le lancement de ces ateliers avec une vingtaine de mamans et cinq papas. La soirée permettra d’identifier les attentes parentales d’une part, les difficultés rencontrées d’autre part. Parmi celles-ci, certaines sont ressorties prioritairement: les devoirs, souvent vécus comme des moments de souffrances et d’inégalités, ou encore les discriminations dans la relation entre les familles et les écoles. L’accès à l’information et l’inégalité d’accès à leurs droits en tant que parents à des moments clés de la scolarité de leur enfant (inscriptions dans le secondaire, orientation vers le spécialisé, etc.) sont aussi un vrai obstacle pour certain.e.s parfois.

Vers une école inclusive

Depuis des années, articles et analyses dénoncent un système scolaire belge inégalitaire. À leur niveau, les parents de D’Écolage veulent contribuer à la réalisation d’une école inclusive. Pensée pour tous, avec tous. C’est dans ce but que la Ligue des familles et La Rue ont signé la « charte de la Coalition de parents de milieux populaires et des organisations qui les soutiennent » visant à mener un travail d’Education Permanente afin de construire un rapport de force pour changer l’école (https://www.lepiment.org/le-fil/).

Depuis, ce groupe de mères belges et d’origine étrangère, inscrites pour certaines aux cours d’alphabétisation de La Rue,  s’est donné comme nom : « Collectif solidarité-espoir pour une école idéale ». Les sujets ne manquent pas, au premier rang desquels figure la réussite scolaire. La priorité a néanmoins été mise dans un premier temps sur la participation et l’accueil des parents à l’école. Très sensibles au climat de l’école, au respect des droits de l’enfant, à la bienveillance des différents acteurs et à leur disponibilité, les participantes ont invité un directeur d’école primaire pour connaître son point de vue. Elles ont ainsi pu en apprendre davantage sur son rôle et sur ses compétences ainsi que celles du pouvoir organisateur. Ensuite, elles ont dressé la liste de tous les intervenants dans et autour de l’école, en les représentant sous la forme de figurines en papier. Approche particulièrement intéressante pour mieux connaître le rôle des assistants sociaux, logopèdes, médiateurs, éducateurs, etc. Elles ont également découvert le paysage institutionnel belge à l’occasion des élections communales et se sont dans la foulée politisées, notamment en rejoignant la Coalition. « Ces parents ne sont pas démissionnaires, constate Annie Randazzo, chargée de ce projet pour la Ligue des familles, d’autant qu’ils fondent beaucoup d’espoirs sur l’école. »

Michel TORREKENS