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La Louvière : pas des marionnettes !

Depuis de nombreuses années, la Ligue des familles propose des ateliers de français langue étrangère à un public non francophone de la région de La Louvière. Un des objectifs de ces ateliers est d’ouvrir un espace de réflexion, d’échange, de débat, de rencontre et de mise en projet à tous les participants afin de leur permettre de prendre leur place en tant que citoyen.

Pour développer leurs capacités d’analyse, aiguiser leur esprit critique et participer pleinement à la vie économique, sociale, politique et culturelle, des outils leur sont proposés. Ceux-ci sont imaginés de telle sorte que les participants puissent surmonter dans un premier temps les barrières de la langue.

Qui suis-je ?

« Cette année, explique Caroline Salvatori, chargée de projets Éducation Permanente dans la région du centre, nous avons proposé à un des groupes de s’engager dans une démarche réflexive autour de l’identité et de la place que chacun pouvait prendre dans la sphère publique, dans le cadre d’une production artistique. » Son public : des femmes issues de l’immigration, entre 35 et 40 ans, avec des langues d’origine variée. Le hasard, car il n’y a pas de volonté à cela, a voulu qu’il n’y ait pas d’homme.

Les participantes se sont ainsi lancées dans la fabrication d’une marionnette, qui pouvait revêtir à la fois certaines des caractéristiques de leur propre identité ou personnalité, mais également inclure d’autres aspects rêvés, des idéaux, comme l’image de la femme mariée ou la vie rêvée de princesse dans leur enfance, mais aussi jouer un personnage à l’opposé de leur personnalité, masculin, enfantin ou proche du clown par exemple. Au-delà de cette représentation d’elle-même, elles se racontent  beaucoup et disent des réalités personnelles parfois difficiles, tout en renforçant leur maîtrise de la langue française. « Elles prennent peut-être position plus facilement à travers une marionnette, analyse Caroline Salvatori, que si elles devaient s’exprimer en public par exemple. Ce tiers qu’est la marionnette permet, entre autres, de dépasser les difficultés liées à la maitrise de la langue, de jouer le registre de l’humour quand il s’agit d’aborder des sujets graves, de transmettre une émotion qui se passe de l’oralité… » Des sujets comme le choix ou non d’avoir un enfant, des méthodes d’éducation complétement opposées, la gestation pour autrui, les attentats, l’hyper connectivité, le harcèlement scolaire, la rencontre de l’autre…

Les participantes ont également assisté à un spectacle du Tof Théâtre de Genappe, J’y pense et puis… (http://toftheatre.be/). Cette pièce sensibilise de manière décalée et poétique à la politique de l’exil via l'histoire de deux déménageurs et de la découverte par ceux-ci d'un passager clandestin parmi leurs caisses. Interactive, la mise en scène joue entre l'acceptation de l’autre et le rejet motivé par la peur. Ce fut aussi l’occasion de montrer comment on peut développer un sujet fort comme celui de l’exil à partir de l’outil-marionnette.

Michel Torrekens