Activités MouvementLe Ligueur du Mouvement

Sans emploi… mais combattant.e à Bruxelles

Permettre à des personnes sans emploi de reprendre confiance en elles, d’appréhender certaines notions juridiques, de découvrir leurs droits de manière participative, d’échanger sur certains sujets importants comme celui du logement, de découvrir d’autres domaines comme le droit de s’exprimer, la politique, l’art, Bruxelles et l’Union européenne… Telle est la dynamique mise en place depuis mi-2018 entre la Ligue des familles et Cenforgil à Bruxelles. Rencontre avec Estelle Dubost, chargée de projets Éducation Permanente de la Régionale Nord.

Le Ligueur du Mouvement : Comment ce projet s’est-il mis en place ?

Estelle Dubost : « En mai 2018, la Ligue des familles a été contactée par l’asbl Cenforgil, un centre de formation professionnelle qui a pour mission de favoriser l'insertion sociale et professionnelle des demandeurs d'emploi peu qualifiés de la Région bruxelloise. Le public auquel s’adresse Cenforgil est composé en majorité de femmes, y compris en situation de monoparentalité ou avec un frère ou une sœur à charge. Presque tous dépendent du CPAS et tous ont des difficultés financières. Ces personnes souffrent souvent d’un manque de confiance en elles qui entrave leur capacité de concrétiser leur projet professionnel ainsi que celle de se réaliser en tant que citoyens dans des actions collectives et participatives. D’où l’idée de proposer des séances collectives d’éducation permanente, en plus de la formation, pour permettre à ces personnes de s’approprier certains sujets qui leur sont chers, de renforcer leur cohésion de groupe et de les initier aux possibilités de vie participative et citoyenne. »

L.D.M. : Quelles ont été vos activités ?

E.D. : « Lors de la première rencontre , la question du logement est ressortie comme étant la préoccupation prioritaire. Il a donc été décidé d’y consacrer un certain temps. Par ailleurs, comme les élections communales d’octobre 2018 étaient  toutes proches et que plusieurs élections importantes (fédérales, régionales et européennes) étaient prévues pour mai 2019, les participants ont souhaité aborder ce point, non seulement par rapport à leur droit de  vote mais aussi par rapport à leur droit de s’exprimer en tant que citoyens et de manifester. Enfin, toujours à leur demande, les participants ont souhaité découvrir certains savoirs qui ne sont pas souvent mis en avant bien qu’ils soient essentiels dans une vie et une société, comme apprendre à sauver des gens ou à bien connaître sa ville, mais aussi certains horizons inconnus jusqu’alors comme l’art et l’esthétique. »

L.D.M. : Concrètement ?

E.D. : « Compte tenu de l’échéance électorale, les ateliers d’Éducation Permanente ont commencé par une séance d’information sur le vote communal ainsi que sur les élections de mai 2019. Les participants ont abordé différents points mais se sont plus arrêtés sur la question du droit de vote des étrangers, certains ne pouvant pas voter, et sur le sens de l’action citoyenne dans l’acte de vote. Des études de cas sur les compétences communales leur ont permis de mieux comprendre ces compétences, mais aussi les revendications que les citoyens peuvent avoir par rapport à leur commune. Ils ont également bénéficié d’une visite guidée de la Chambre des représentants et du Sénat qui les a fort intéressés, leur a donné envie d’assister à une audience plénière publique de la Chambre et, pour certains, carrément d’entrer en politique ! »

L.D.M. : Est-ce que cela veut dire que les participants sont allés au-delà de leurs seules préoccupations ?

E.D. : « Oui, les  participants ont abordé le thème de la contestation, individuelle mais surtout collective et des changements que peuvent occasionner un refus d'accepter la norme. Ils sont allés voir un documentaire sur Mai 68 en France, ce qui leur a donné envie de rechercher les prolongements de Mai 68 en Belgique et de se rappeler que certains membres de leur famille ou certaines connaissances avaient été actifs en Belgique dans cet élan contestataire. »

L.D.M. : Et le logement qu’ils voyaient comme une priorité ?

E.D. : « Les participants ont d’abord eu besoin de partager leurs expériences, parfois très difficiles, et souhaité s’informer des possibilités d’améliorer leur situation, comme la procédure d’octroi de certaines indemnités logement ou la nouvelle règlementation sur le contrat de bail entrée en vigueur début 2018.

Cela leur a permis de mieux comprendre leurs droits et l’importance de ne pas se laisser imposer certaines clauses dans la signature d’un contrat de bail. Ils ont aussi souhaité découvrir des formes alternatives de logement. Comme le système du "Community  Land Trust". Ils ont assisté à une séance d’information donnée par le Fonds du logement sur les emprunts hypothécaires aux personnes à revenus modestes. Ces découvertes  ont certainement ouvert l’horizon de certains participants, notamment quant aux possibilités pour des personnes à revenus modestes de devenir propriétaires à Bruxelles. »

M.T.