L’avenir de l'école est-il numérique ? Retour en chiffres sur l'expérience des familles

7 juin 2021


Pendant plusieurs mois, dans le cadre de la crise sanitaire, les élèves à partir de la 3e secondaire ont suivi un enseignement « hybride » : ceux-ci voyaient leurs enseignants à l’école la moitié du temps, et poursuivaient le reste du temps l’apprentissage à distance. Bien souvent, il leur était demandé pour ce faire d’utiliser un ordinateur. Encore fallait-il qu’ils aient le matériel, la connexion suffisante et les compétences pour suivre les cours à domicile. En effet, la Belgique fait partie des pays les plus inégalitaires en matière d’accès au numérique : 29 % des ménages à faible revenu ne sont pas connectés à internet et 12 % des 16-24 ans les plus défavorisés n’ont qu’un smartphone comme seul moyen pour se connecter – contre 2 % des plus favorisés.

Pour répondre à ce problème d’équipement numérique qui vient encore renforcer les inégalités scolaires, et donc la fracture sociale, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a récemment mis en place une stratégie numérique de crise. Celle-ci prévoit, entre autres, que les écoles puissent proposer l’achat ou la location de matériel informatique aux élèves en assurant une petite partie de ce coût (75 euros) et laissant ainsi une charge importante sur les familles. Cet achat supposé facultatif mettra inévitablement une pression supplémentaire sur les parents, surtout dans la mesure où aucune alternative n’est prévue pour que leurs enfants puissent s’équiper.

Ainsi, la mise en place de ce dispositif pose une série de questions en termes de mise en œuvre et de coût pour les familles. Et, si le dispositif n’existe légalement que pour l’année 2021, il semble y avoir une volonté politique de le pérenniser. Ainsi la Ligue des familles a entrepris d’évaluer, avec les familles concernées, la mise en œuvre de cet enseignement numérique afin de dégager les problèmes posés par ces dispositifs et des points d’attention pour l’avenir.

De cette analyse, il ressort qu’une série de réflexion reste à mener afin qu’une transition numérique de notre enseignement puisse être durablement engagée. D’abord une réflexion pédagogique doit s’engager sur l’opportunité d’une numérisation des apprentissages et des scénarios pédagogiques dans lesquels cette numérisation a une plus-value. Au vu des difficultés techniques rencontrées par les élèves et les enseignant·e·s pendant l’hybridation, il faut également une réflexion sur l’accompagnement technique de ce matériel et de son utilisation. Dans le cadre où l’enseignement numérique donne également lieu à du travail à domicile sur ce support, une réflexion sur l’accessibilité du matériel informatique et de la connexion internet devrait être initiée pour permettre à terme à chaque famille d’avoir accès à l’enseignement.  De fait, si dans une réponse à la crise on pouvait comprendre une entorse au principe de la gratuité scolaire, ce principe doit être fortement réaffirmé maintenant que le fonctionnement normal de l’école va reprendre. L’école doit être accesible à tous les enfants en pleine égalité et cet accès en peut être entravé par de nouveaux coûts. Ensuite, une réflexion sur le droit à la déconnexion des élèves afin de limiter les risques d’hyperconnectivité et ses conséquences, parfois graves, sur leur santé. 

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