Baromètre des parents de la Ligue des familles

30 novembre 2018


Un manque notable d’avancées

Chaque année, la Ligue des familles sonde les parents dans une grande enquête réalisée par IPSOS. Tout y passe : composition familiale, garde des enfants, budget, séparation… et cette année, un zoom révélateur sur les relations entre hommes et femmes dans la famille. Au-delà de quelques évolutions réjouissantes, le constat est que les principales difficultés des parents ne connaissent pas d’amélioration sensible.

La photo de famille n’a pas changé

Comme les années précédentes, les ’’familles classiques’’ restent majoritaires (63%). A leur côté 21% sont monoparentales et 16% recomposées. Au total, presque 4 parents sur 10 ont connu une séparation. Les parents solo s’appauvrissent encore plus, comme chaque année depuis que la Ligue des familles fait ce baromètre. En tête, les femmes qui cumulent des difficultés de tous ordres. A noter toutefois que le nombre de pères solo (33%) est en augmentation depuis 2015. On constate aussi des évolutions marquées au niveau des séparations : depuis 2016, la durée moyenne de la relation a baissé de près d’un an (de 10,6 à 9,7 ans), le nombre de parents passant par une procédure judiciaire pour régler la garde des enfants a diminué (de 42 en 2015 à 35%) et l’hébergement exclusif est en baisse (de 37 à 30%).

Une stabilité inquiétante : des besoins non rencontrés

Beaucoup des chiffres du Baromètre sont stables d’année en année. Ces chiffres sont ceux du manque de solutions subi par une majorité de parents. Presque 8 parents sur 10 déplorent des difficultés pour concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle ; 1 parent sur 4 ressent un risque de burn out parental ; presque 1 parent sur 4 ne met pas son enfant en crèche à cause du prix ; 1 sur 4 qui a trouvé une place renonce à des dépenses de santé ou d’alimentation à cause du coût de la crèche ; 4 parents sur 10 ne perçoivent pas leur contribution alimentaire régulièrement... « Comme si c’était normal, par exemple, que les débiteurs n’assument pas leurs obligations alimentaires et que les pouvoirs publics restent impuissants pour garantir ces paiements, indique Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles. Ça nous fait osciller entre malaise et colère, car des besoins essentiels, des droits même, ne sont pas reconnus. Et c’est bien tout l’enjeu de ce Baromètre de le faire savoir. »

Bonnes nouvelles et attente de solutions nouvelles

Nous avons demandé aux répondants leur réaction par rapport à des pistes de solution qui pourraient être défendues à l’avenir. Elles sont toutes plébiscitées. Les parents sont ainsi très preneurs d’un « congé de conciliation ». L’idée est de proposer un volume d’heures (30 heures annuelles par exemple) que le travailleur pourrait utiliser quand il veut, sans justification. Toujours sur les congés, nous avons osé la proposition d’un congé de paternité d’une durée égale à celui d’un congé de maternité (15 semaines). Et là, grande et heureuse surprise, avec 60% de réponses positives, les pères y sont en grande majorité favorables ! Seuls 12% d’entre eux rejettent l’idée. En attendant, ils sont une majorité aussi à souhaiter que le congé de paternité actuel (10 jours) devienne obligatoire. La marque d’un vrai changement de perception de leur rôle.  

Hommes et femmes dans la famille, des relations peu égalitaires

2018, un an après le mouvement #metoo, qui a mis sur le devant de la scène les questions de genre et d’égalité, nous avons voulu jeter un coup de projecteur sur les relations hommes/femmes dans la famille. Nous avons questionné les parents sur leur organisation familiale entre père et mère (pour les couples hétéros soit 96% de l’échantillon) : qui du couple a modifié son temps de travail pour s’occuper des enfants, quelle relation à l’argent et aux décisions du ménage, quelle répartition des tâches domestiques et de la charge mentale, et enfin sur la mobilité liée aux enfants. Résultat ? Le combat pour l’égalité femme-homme a de beaux jours devant lui. Ainsi, ce sont les femmes qui modifient leur mode de travail pour s’occuper des enfants : 62% l’ont fait seule contre 10% des hommes et 10% de couples où les deux conjoints ont changé de rythme. Elles assument toujours l’essentiel des tâches domestiques et sont plus nombreuses à subir le poids de la charge mentale. De leur côté, les hommes sont nombreux à réaliser les tâches qui leur sont traditionnellement associées (bricolage, réparation et jardinage).

Notons encore un constat qui prête à rire… jaune : chaque parent estime participer davantage aux tâches ménagères que ce que pense son ou sa conjointe. Ainsi, si 39% des hommes estiment partager de façon égalitaire le nettoyage et le rangement, seules 25% des femmes ont la même perception. Bonne nouvelle, ils s’accordent mieux quand il s’agit des enfants : 77% des hommes et 63% des femmes notent s’occuper égalitairement de l’éducation des enfants avec leur conjoint·e. Les décisions financières sont elles aussi majoritairement prises en commun. En résumé, l’égalité progresse… à petits pas.

 

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Sur l’enquête

 

Panel

Cette enquête d’opinion a été réalisée par l’institut de sondage Ipsos, via un questionnaire en ligne accessible du 8 au 22 octobre 2018. La durée moyenne de réponse était de 20 minutes. 1315 adultes de 18 ans et plus, vivant au moins à temps partiel avec au moins un enfant ou bel-enfant de 0 à 25 ans, résidant en Wallonie ou à Bruxelles, ont répondu au questionnaire. La marge d’erreur  au seuil de confiance de 95% est de +/- 2.7%. Les caractéristiques de cet échantillon de parents sont identiques à celles de 2015, 2016 et 2017 afin de comparer les résultats et de pouvoir mesurer les évolutions.

Analyse

L’analyse complète du Baromètre des parents 2018 de la Ligue des familles est disponible sur le site de la Ligue des familles.

 

Chiffres-clés

  • 1 parent sur 5 vit seul avec ses enfants
  • 8 parents sur 10 vivent avec maximum 2 (beaux-)enfants
  • 1 parent sur 2 a adapté son rythme de travail ou changé d’emploi pour s’occuper de son enfant
  • 8 parents sur 10 éprouvent des difficultés à articuler leur travail et leur vie de famille
  • 7 parents sur 10 sont favorables à un nouveau congé de « conciliation », par ex. 30h à prendre librement sur l’année
  • 1 parent sur 5 n’a pas pris de congé parental à cause de la rémunération trop basse de ce congé
  • 1 parent sur 10 n’a pas pris de congé parental car il ne savait pas que cela existait
  • 1 parent sur 10 n’a pas pris de congé parental car il ne savait pas qu’il y avait droit
  • 2 pères sur 3 sont favorables à un congé de paternité obligatoire
  • 6 pères sur 10 sont favorables à un congé de paternité aussi long que le congé de maternité
  • 1 père sur 5 qui n’a pas pris de congé de paternité ne savait pas que ça existait et 1 sur 4 n’y avait pas droit
  • 1 parent sur 3 n’est pas informé de la réforme des allocations familiales
  • 1 parent sur 2 a des craintes par rapport à la réforme des allocations familiales ; en 1er lieu : recevoir moins
  • 8 parents sur 10 ressentent le poids de la charge mentale
  • 7 parents sur 10 s’occupent égalitairement de l’éducation des enfants
  • 4 parents sur 10 de catégorie socio-économique inférieure mettent leur enfant de moins de 3 ans en structure d’accueil contre 8 parents sur 10 de catégorie socio-économique supérieure
  • 1 parent sur 4renonce à des dépenses de santé et/ou d’alimentation pour payer une structure d’accueil
  • 4 parents sur 10 ont besoin d’une solution de garde avant l’ouverture de la garderie scolaire et presque autant après la fermeture de la garderie
  • 4 parents sur 10 (6 sur 10 à Bruxelles) jugent le coût de la garderie scolaire excessif
  • 8% des parentsse séparent dans l’année qui suit la naissance d’un enfant
  • 1 parent séparé sur 3 pratique l’hébergement égalitaire des enfants
  • 4 parents sur 10 ne perçoivent pas la contribution alimentaire de manière régulière
  • Plus d’1 parent sur 10 ne perçoit pas de contribution alimentaire car il n’a pas osé en demander une à son ex