La Ligue des familles ne veut pas du compte épargne-carrière

26 janvier 2018


Le Conseil national du travail (CNT) n’a pas trouvé d’accord pour revoir la loi Peeters sur le « compte épargne-carrière ». Ce dispositif, qui permet aux salariés de mettre des congés de côté pour plus tard entrera dès lors en vigueur le 1er février.

Les 4 critiques de la Ligue des familles

Même si 8 parents sur 10 ont des difficultés à concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle (Baromètre de la Ligue des familles, 2017), le « compte épargne-carrière » n’est pas la bonne solution pour y répondre. Et ce pour 4 raisons :

  1. Avec le compte épargne-carrière, un parent qui a besoin de plus de temps pour ses enfants devra d’abord travailler davantage et faire une croix sur certains congés. Or de nombreux parents ont des enfants assez tôt dans leur vie professionnelle. Ils ont donc besoin de dispositifs permettant de mieux concilier famille et travail avant même d’avoir eu l’occasion d’épargner des congés. 
  2. Le compte épargne-carrière risque d’aboutir à un renforcement des inégalités entre les hommes et les femmes. Les expériences française et hollandaise montrent que les femmes épargnent des congés pour s’occuper des tâches familiales, surtout quand les enfants sont petits, tandis que les hommes en profitent pour partir plus tôt à la pension.
  3. Le compte épargne-carrière n’est pas accessible de la même manière à tous les salariés. Les exemples étrangers montrent que ce sont plutôt les personnes qui jouissent déjà d’une certaine liberté au travail (cadres supérieurs âgés) qui bénéficient de cette disposition.
  4. Le compte épargne-carrière sera mis en œuvre au niveau d’un secteur ou même d’une seule entreprise, avec à la clé une grande insécurité pour les parents : « Pourront-ils encore bénéficier des congés qu’ils ont épargnés s’ils changent d’emploi ? Et comment un parent qui a épargné beaucoup de congés sera-t-il accueilli par un employeur potentiel ? » s’inquiète Delphine Chabbert, Secrétaire politique de la Ligue des familles.

Les 3 demandes de la Ligue des familles pour limiter les effets négatifs

Dans la mesure où ce dispositif sera mis en œuvre, la Ligue des familles tient à exprimer 3 demandes aux partenaires sociaux qui le négocieront au niveau des secteurs ou des entreprises afin de limiter ses effets négatifs pour les familles :

  1. Évaluer l’impact du dispositif, notamment en matière d’égalité femmes-hommes, après un an ; rappelons que c’est une des raisons principales pour laquelle les Pays-Bas ont mis fin à ce dispositif.
  2. Garantir son caractère facultatif : chaque travailleur doit pouvoir y souscrire ou non.
  3. Donner uniquement la possibilité d’épargner les congés extralégaux, pas les heures supplémentaires, ceci pour ne pas augmenter le temps de travail ni mettre la pression sur le travailleur.

Enfin, la Ligue des familles rappelle qu’il est important de conquérir de nouveaux droits pour les parents sans que cela nécessite un sacrifice par ailleurs : mieux rémunérer les congés parentaux, rendre le congé de paternité obligatoire et l’allonger…