Le don de congés. La Ligue des familles ne ferme pas la porte, mais…

3 février 2016


Le MR a déposé en décembre 2015 une proposition de loi permettant le don de congés à un collègue dont l’enfant de moins de 21 ans est victime d’une maladie ou d’un accident grave. Le cdH a emboîté le pas ce lundi 1er février 2016. Si les intentions sont louables et les propositions généreuses, la Ligue des familles pointe les risques d’une telle mesure et demande que le soutien à ces parents vivant un drame familial soit pris en charge par la Sécurité sociale.

Au premier abord, une générosité pleine de vertus

L’idée de céder quelques jours de congés à un collègue dont l’enfant est malade est séduisante. Elle fait appel à la générosité et à la solidarité. Rien de nuisible pour personne et coût zéro pour la Sécurité sociale. Et puis, c’est dans l’air du temps : Téléthon, Viva for life, Télévie, etc.

Dans les faits, la mesure n’est pas si anodine

Elle induit un changement d’approche en termes de solidarité et d’intervention publique. Il ne s’agit plus de renforcer la Sécurité sociale mais de compter sur le bon vouloir des collègues et une générosité à géométrie variable. Le risque est bien un affaiblissement des politiques publiques face à une situation : la prise en charge et l’accompagnement d’un enfant très malade qui relèvent, selon nous, de la responsabilité de l’Etat.

La proposition soulève d’autres grandes questions, à ce jour sans réponse, dans le soutien à un proche ou à un enfant malade

Le don est-il la meilleure solution pour soutenir les personnes qui apportent de l’aide à leurs proches ? Quid de l’intervention publique dans le soutien aux personnes dépendantes ? Pourquoi avoir supprimé le crédit-temps sans motif qui était justement utilisé dans ce genre de situations ?

La Ligue des familles attire l’attention sur 4 risques

- Des inégalités entre entreprises

Les possibilités de don de congés ne sont pas les mêmes dans une entreprise de plus de 100 salariés que dans une petite entreprise.

- Des inégalités entre collègues et une générosité aléatoire

Faire appel à la générosité individuelle dépend de la bonne volonté et des possibilités des personnes ; ce qui est incontrôlable.

- Une exposition peu souhaitée par les parents concernés

Le travailleur touché par un drame familial pourrait avoir à « promouvoir » sa situation difficile auprès de ses collègues. Or, beaucoup de ces parents aspirent davantage à la discrétion par pudeur et besoin de protection.

- Une conciliation entre vie familiale et vie professionnelle fragilisée

Les travailleurs qui ont cédé leurs jours auront moins de possibilités de s’arrêter de travailler pour faire face eux-mêmes à un imprévu. En renonçant à ses congés, c’est la conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle qui est fragilisée.

La Ligue des familles ne ferme pas la porte mais demande :

- que les dispositifs publics actuels soit revalorisés : les crédits-temps et les congés thématiques ;

- plus de structures de répit et de structures d’accueil, de qualité et accessibles à toutes les familles.