Prix Versele 2020 - Même confinés, rien n’arrête le plaisir de la lecture partagée

10 juin 2020


Chaque année, la Ligue des familles fait circuler des milliers de livres avec l’appui précieux de ses volontaires. Dans les écoles, les bibliothèques et les familles, les 5 livres sélectionnés pour chaque tranche d’âge sont lus par les enfants qui désignent ensuite leurs préférés. Si le confinement a forcément pesé sur le nombre de suffrages récoltés cette année, plus de 24.500 enfants ont pu partager leurs coups de cœur. Parents, ces livres, vos bambins vont les adorer !

Ecoles et bibliothèques fermées, retards pour l’encodage des bulletins de vote… Le coronavirus aurait pu couler cette édition du prix Bernard Versele. C’était sans compter sur la volonté et la créativité de centaines de passeurs de livres passionnés. PDF mis à disposition par les éditeurs, livres contés en vidéos… les livres ont continué à circuler malgré tout, permettant finalement à plus de 24.500 enfants de partager leurs coups de cœur !

Pour Michèle Lateur, coordinatrice du concours, « toutes ces mobilisations ont resserré les liens entre les acteurs du monde du livre pour mettre à l'honneur des œuvres de qualité, porteuses de sens, de valeurs qui contribuent à tisser des liens intergénérationnels et favorisent l'épanouissement des jeunes lecteurs. » 

Par leur vote, les enfants offrent à leurs parents un conseil judicieux pour de futurs achats de livres. A l’approche des grandes vacances, ces recommandations sont précieuses et permettent de découvrir des auteurs et illustrateurs qui ne sont pas nécessairement ceux qu’on retrouve en tête de gondole des grandes surfaces. Après une période compliquée pour les libraires et bouquinistes, c’est le bon moment pour pousser leur porte et contribuer à leur rendre le sourire.

 

Les livres primés en 2020

 

Vous trouverez ci-dessous les livres primés pour chaque catégorie ainsi que la présentation de ces livres.

 

1 chouette (dès 3 ans)

Enfin avec ma mamie !

Taro Gomi - Traduit du japonais par Fédoua Lamodière

nobi nobi

Dès la couverture, gros plan sur une grand-mère et sa petite fille, illustrées de face, tout en rondeur, avec un grand sourire, dans des couleurs chaudes. La simplicité du trait et l’expressivité des visages créent d’emblée l’altérité.

Le décor est installé : sur la première double page, au format à l’italienne, se déploie le paysage où va se jouer un tendre chassé-croisé entre les personnages. Les enfants vont pouvoir visualiser le trajet effectué par la petite fille et par sa grand-mère pour fêter leurs retrouvailles. Elles sont toutes les deux –et au même moment– animées par un désir de se revoir, de vivre leur complicité.

Le côté « tragi-comique » de l’histoire fonctionne à merveille grâce à la mise en page efficace : simultanéité des situations, diversité des moyens de transport, croisement des chemins (qui présage une fin heureuse), couleurs en harmonie, grande place laissée aux espaces blancs…

Les lecteurs sont entraînés dans cette course folle et attendent avec impatience la chute de l’histoire. Ils ne sont pas les seuls à être témoins de ce « drame » : la maman et le chat observent la cavalcade de la petite fille ; du côté de la grand-mère, le mari et la chèvre assistent au départ précipité de la mamie. Plus loin dans l’histoire, ces personnages secondaires s’animent et expriment leur désarroi face à ces rendez-vous manqués.

De nombreux moyens de locomotion sont mis en oeuvre et entraînent les lecteurs dans cette histoire haletante : le bus, le train, le taxi, la bétaillère, la moto et la trottinette. Enfin, les joyeuses retrouvailles entre les deux protagonistes se font juste dans le pli de deux pages. Chute apaisée et pleine de tendresse sous un pommier.

Taro Gomi est né à Tokyo en 1945. Il est diplômé de l’école d’art de Kuwazawa. Il a pris la nationalité américaine. Artiste prolixe reconnu au Japon, il signe près de 400 albums. Il a créé des films animés, des vêtements, des jeux, des dessins à colorier…

 

2 chouettes (dès 5 ans)

Menace verte

Aaron Reynolds - Peter Brown - Adaptation de l'américain par Gaël Renan

Le Genévrier

Comment se débarrasser d’une culotte « d’Enfer d’une lueur vert fluo macabre » et qui brille toute la nuit dans la chambre de Jasper le lapin ? Pas simple : quoiqu’imagine notre héros pour s’en défaire, la culotte résiste et revient à chaque fois vers lui.

Après le succès de Menace rouge, le tandem Aaron Reynolds et Peter Brown récidive avec ce nouvel album des aventures de Jasper le lapin. Récit toujours aussi décalé et terrifiant mêlant humour et suspense.

Les illustrations de Peter Brown crayonnées tout en noir avec pour seule couleur du vert fluo –de la fameuse culotte, qui rayonne dans le noir à chaque apparition- servent de façon magistrale le récit. Ce livre est un régal pour « les petits lapins » qui ont peur du noir et de la nuit !

 

3 chouettes (dès 7 ans)

Claude et Morino

Adrien Albert

l'école des loisirs

Une BD ! L’emmerdeur !!! Non ce n’est pas Jacques Brel et Lino Ventura. Ici l’emmerdeur est atypique et touchant malgré les apparences peu avenantes… Morino, un jeune taureau, voudrait passer des vacances tranquilles sur la côte avec sa caravane. Sans le faire exprès, en faisant pipi par la trappe de sa caravane, il réveille Claude, un squelette enfoui sous terre. Claude, le pot de colle, le gaffeur, l’emmerdeur, mais un emmerdeur émouvant. Planches au découpage varié, avec ou sans texte, ce qui donne au récit un rythme soutenu. Texte simple, lisible, efficace. Rien de trop. Une histoire amusante, gaie, enjouée, pleine d’entrain et la découverte d’une belle amitié : « Quand je suis arrivé chez toi, je me suis senti tellement bien que j’ai voulu rester. Alors j’ai inventé cette histoire. » « Mais moi, ça ne me dérange pas que tu sois avec moi. Je peux même dire que j’aime plutôt bien. »

Image finale « clin d’oeil » pour boucler le récit : Morino sort de la caravane et, devant la pleine lune, fait pipi dans la mer ! Brel aurait aimé !

4 chouettes (dès 9 ans)

Une super histoire de cow-boy

Delphine Perret

Les fourmis Rouges

Quelques traits suffisent à Delphine Perret pour créer une atmosphère et caractériser un personnage. Cette économie de moyens au service de l’efficacité du propos, on la retrouve également dans ses textes. La simplicité poétique des histoires de Björn vous avait précédemment convaincus. Vous la retrouverez dans cette super histoire de cow-boy ! Le titre prometteur se détache de la couverture or et noire, traversée par un singe nonchalant qui mâchonne une banane. Le jeu commence, avec toutes les suppositions suscitées par cette entrée en matière. On peut s'amuser d'une première lecture à voix haute du texte de gauche pour découvrir l’image ensuite. On peut également commencer par ne lire que l’image. On peut lire le texte de gauche et de droite dès le départ, ou plus tard. Toutes les combinaisons sont possibles et permettent de multiples lectures de l’album. Un singe flegmatique, une autruche en jambières d’aérobic, une poule qui sert de monture : les dessins sont remplis d’humour. Une fois associés aux textes, l’ensemble devient aussi inattendu qu’hilarant. Les commentaires de Delphine Perret génèrent eux aussi l’absurde. L’illustratrice s’adresse au lecteur et justifie ses choix, elle l’emmène dans les coulisses de l’histoire et crée une complicité. Mais la saveur ne s’arrête pas là : un niveau de lecture supplémentaire permet de déceler une critique de la censure (et de l’autocensure) dans les publications destinées à la jeunesse. « Au lieu de lancer des jurons il lance des confettis, c’est plus sympa » révèle une moquerie du politiquement correct : l’humour devient mordant ! Finalement, en dernière page, une santiag entre de l’image, laissant présager une glissade sur peau de banane. Promesse tenue : c’était bien une super histoire de cow-boy !

5 chouettes (dès 11 ans)

Jefferson

Jean-Claude Mourlevat

Gallimard Jeunesse - Roman junior

Depuis belle lurette, on attendait un nouveau Mourlevat destiné aux jeunes ados. Voici enfin Jefferson. Traité à la manière d'un polar, l'histoire se déroule dans deux mondes que sépare une frontière perméable : celui des animaux où les humains sont rares et celui des humains où les animaux sont tolérés. En fuite, alors qu'il est accusé à tort du meurtre d'un blaireau coiffeur, Jefferson, un jeune hérisson, décide de mener l'enquête pour découvrir le vrai meurtrier. Mais le livre va bien au-delà d'une aventure policière qui finit bien. L'exergue, « A mes enfants qui m'ont ouvert les yeux », met le lecteur sur la voie. A quel propos les enfants Mourlevat auraient-ils ouvert les yeux de leur papa ? Avant tout sans aucun doute, à propos des relations que nous entretenons avec les animaux. Car en effet les pérégrinations de Jefferson dans le pays des humains lui font découvrir des horreurs et l'amènent à des conclusions tout à fait intéressantes, qu'il résume ainsi : "Tout en haut, les humains, pas peu fiers de leur supériorité. En dessous, il y a nous, que les humains regardent de haut, mais bon, on a la parole, on peut se défendre un peu. En dessous encore, les animaux de compagnie, qui n'ont pas la parole mais que les humains ont choisis, à qui ils donnent des noms et qu'ils protègent. Et en dessous, tout en bas, il y a la sous-catégorie des animaux d'élevage, des animaux de boucherie quoi… Et alors là, mon ami, ça craint !". C'est autour de ces animaux de boucherie, leur élevage, leur transport et leur abattage que se resserre l'intrigue. C'est sans doute une première en fiction jeunesse. Ou presque. En cela, Jefferson est un livre essentiel.

 

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