Prix Versele 2021

26 mai 2021


Le meilleur conseil pour un livre jeunesse ? Le vote de 34.000 enfants


Ils ont lu et aimé ! Malgré les difficultés liées à la situation sanitaire, le prix Bernard Versele de la Ligue des familles a permis à 34.350 enfants de vivre des aventures et de belles émotions en découvrant le meilleur de la littérature jeunesse. Grâce à l’appui de centaines de volontaires, professeurs, (grands-)parents et bibliothécaires, les enfants se sont plongés dans une sélection de livres adaptés à leur âge et ils ont élu leurs favoris. Des pépites à mettre entre toutes les mains !

34.350, c’est 10.000 enfants de plus que l’année précédente, malgré des conditions pas franchement meilleures. Un succès énorme pour cette opération, à l’heure où le secteur culturel souffre tant de la crise.

Forcément, quand le monde semble s’arrêter, la lecture est une belle échappatoire. Alors, les enfants ont lu avec plaisir, que ce soit chez eux ou en classe. Une belle satisfaction pour Michèle Lateur, coordinatrice du concours : « Nos passeurs de livres ont bravé les conditions sanitaires compliquées, trouvant des solutions créatives pour l’accès des plus petits à nos livres : capsules vidéos de lecture enregistrée, organisation de visioconférences pour leur lire les livres sélectionnés… Je suis impressionnée par leur généreuse participation malgré toutes ces interdictions sanitaires. » 

Pour participer, chaque enfant a découvert les 5 livres proposés par notre comité de sélection pour son niveau de lecture. Le Versele fait ainsi circuler des milliers de livres à travers toute la Belgique francophone. Les partenaires de la Ligue des familles (Fédération Wallonie-Bruxelles, Cocof, Fifty-One International, Fonds Marinette M. De Cloedt) offrent les moyens nécessaires à l’achat et à la circulation de ces livres.

Cette année, les votes des enfants ont souvent été tranchés : dans les 5 catégories d’âge, les livres gagnants étaient simplement au-dessus du lot. Et comme souvent, les enfants se sont démarqué de tout simplisme. Ils apprécient quand les histoires abordent des thèmes profonds : exorciser ses peurs, le deuil, l’empathie, la quête de l’idéal, l’intégration, la pauvreté…

Par leur vote, les enfants ont offerts à tous les parents un conseil judicieux pour de futurs achats de livres. L’occasion de s’éloigner des grands classiques archi-connus pour découvrir sans risque des auteurs et illustrateurs qui sauront donner aux enfants le goût de la lecture. Après une période compliquée pour les libraires et bouquinistes, nous ne pouvons que donner un conseil : poussez leurs portes et faites le plein !

 

--- fin du communiqué ---

Les livres primés en 2021

Vous trouverez ci-dessous les livres primés pour chaque catégorie ainsi que la présentation de ces livres.

1 chouette (dès 3 ans)

Moi, j'ai peur du loup

Emilie Vast
MeMo, Tout-petits memômes, 13€

Titre et couverture donnent le ton : ce livre abordera la peur. Sur fond noir mat, évoquant la nuit, deux yeux jaune or effrayants surplombent deux lapins qui se font face et dialoguent.

Les confidences commencent entre nos deux protagonistes : « Je peux te confier un secret ? Oui, bien sûr ! »  On sait que, pour les petits, confier un secret, c’est important : cela engage l’écoute, l’altérité et la confiance. Ce sont les marques d’une belle amitié.

Le lapin brun évoque les éléments du loup qui lui font peur, le lapin blanc s’amuse à trouver des animaux à qui appartiendraient ces éléments. Ce sont tous des animaux inoffensifs pour les lapins, soit de par leur éloignement, soit parce qu’ils vivent la nuit…

Cet album tendre, aux illustrations délicates, permet de prendre distance avec la peur, d’en rire et, enfin, de la dépasser. Une nouvelle façon d’aborder l’amitié, le soutien et la confiance. 

2 chouettes (dès 5 ans)

Le jardin d’Evan

Brian Lies
Traduit de l'américain par Françoise de Guibert
Albin Michel Jeunesse, 13,90€

Cet album tout en phrases courtes et au vocabulaire simple raconte avec pudeur et sans pathos l’amitié très forte qui lie Evan (renard jardinier) et son chien, le décès de ce dernier et comment Evan va malgré tout continuer à vivre.

Le point de vue choisi par l’illustrateur (pratiquement au ras du sol) donne des images panoramiques dans lesquelles le lecteur plonge littéralement. Le jardin est décor mais pas uniquement. Il est aussi à l’image de tout ce que ressent Evan : très coloré et luxuriant de bons légumes quand Evan est heureux avec son chien, dans l’ombre quand Evan enterre son ami, foisonnant de mauvaises herbes quand Evan est triste et en colère. 

S’ajoute le texte composé d’un vocabulaire simple et adéquat qui dit les choses comme elles se déroulent, sans tourner autour du pot, ni dramatiser.  Cette sobriété rend le propos fort, émouvant mais laisse une part de délicatesse, de légèreté qui fait grandir.  Bien sûr rien ne sera jamais plus comme avant, mais Evan nous montre que l’on peut aller de l’avant.

 

3 chouettes (dès 7 ans)

Coyote et le chant des larmes

Muriel Bloch
Marie Novion
Seuil Jeunesse, 12,50€

« Tel est pris qui croyait prendre », « Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre », « Rira bien qui rira le dernier » …

Imbu de lui-même, autoritaire, violent, cruel et incapable d’entendre l’autre, le coyote éprouvera, mais apparemment sans faire de retour sur lui-même, ce qu’il a fait endurer à la colombe.

Une histoire bien construite à la fin réjouissante, servie par une mise en page inventive utilisant habilement les ressources du format à l’italienne, ainsi que par des images élégantes, expressives, joyeusement colorées.

 

4 chouettes (dès 9 ans)

La face cachée du prince charmant

Guillaume Guéraud
Henri Meunier
Rouergue, 15€

Jeu littéraire, le caviardage, en biffant des mots d'un texte, en révèle un nouveau dont le sens n'a rien à voir avec celui de départ. Telle est la technique adoptée ici par ce virtuose de Guillaume Guéraud pour inventer un anti prince charmant.

Le prince bascule dans le grotesque, l'insolence, le scatologique, une façon habile de jouer avec les codes du conte. La narration de la première double page propose un prince lisse comme un mannequin, maniaque de la propreté. Henri Meunier le représente en cliché de prince, sous le balcon de sa blonde. Page suivante, texte et illustration caviardés, la face cachée du prince révèle une brute dégoûtante. Ainsi s'alternent les contrastes.

Guéraud compose des textes de départ où le ton habituel du conte est métissé d'ironie. L'illustrateur crée des scènes de désordre, drôles et colorées, proches du rythme de certains jeux vidéos. Sa technique s'accorde bien au style provocateur de son compère.

Le mot de la fin de cet album malin rassure le jeune lecteur : « Le prince charmant est juste comme toi et moi. » Un enfant ordinaire et imparfait, donc. Pas une image idéale à atteindre. Ce livre est une désopilante ouverture au jeu et à la discussion. 

5 chouettes (dès 11 ans)

Un été d'enfer !

Vera Brosgol
Traduit de l'américain par Alice Delarbre
Rue de Sèvres, 12,50 €

Avec l'album jeunesse, Vera Brosgol entame une nouvelle carrière. Elle a en effet d'abord travaillé dans le monde des comics et du cinéma.

Un été d'enfer est une sorte d'antidote à La Patrouille des Castors ! Deux-cent cinquante pages à partager entre les générations. C'est juste et finement observé. C'est drôle. C'est émouvant.

Quiconque a fréquenté une fois dans sa vie une colonie de vacances y retrouvera des moments vécus passé au filtre d'une unique couleur verte. Non pas le vert vivifiant de nos belles forêts de sapins et de feuillus. Mais un vert olive un peu glauque tellement en accord avec les événements que traverse la petite Vera.