Séparation et argent : les familles monoparentales dans la tourmente

21 avril 2017


Une enquête de la Ligue des familles se penche sur les effets de la séparation dans le budget des parents. Aujourd’hui, plus de 40% des familles sont concernées. Pourtant, les effets de ce fait de société sont peu pris en compte. Retards dans le payement des contributions alimentaires, relogement, recours au soutien psychosocial… Autant d’éléments qui appauvrissent de plus en plus de parents, essentiellement des femmes, trop peu soutenus.

La séparation, c’est la fin d’un projet commun. C’est traverser d’intenses émotions contradictoires. C’est craindre pour le bien-être de ses enfants. Et puis, très souvent, c’est un appauvrissement financier. La Ligue des familles a récolté le témoignage de 563 parents (90% de femmes), vivant en Wallonie et à Bruxelles, qui ont connu une séparation avec enfant(s). Au moins un de leurs enfants a moins de 25 ans. 58% d’entre eux sont parents solos pour 42% de familles recomposées.

Le constat d’appauvrissement saute aux yeux.

85% des parents indiquent avoir des difficultés à joindre les deux bouts depuis la séparation. Leurs difficultés se concentrent sur deux postes principaux : les frais liés au logement et ceux liés aux enfants (loisirs, vêtements, mobilité). 35% des répondants disent que la séparation les a rendus « fortement » pauvres et 39% « moyennement ».

Un soutien psy pour un parent sur deux

Les causes de cet appauvrissement ? Il y a bien sûr les frais directs liés au divorce. Il y a aussi ses conséquences matérielles : après la séparation, un grand nombre de parents ont dû louer ou acheter un nouvel appartement ou une nouvelle maison, ou racheter un prêt hypothécaire (79%). Racheter des meubles est souvent nécessaire (75%). Plus surprenant, peut-être : plus d’un parent sur deux a payé des frais de soutien psychosocial (psychologue, coach, etc.) pour lui-même et ils sont tout aussi nombreux à avoir eu recours à ce type de soutien pour leur(s) enfant(s).

Recevoir la contribution alimentaire : un problème dans 40% des cas

Un parent sur deux devrait bénéficier d’une contribution alimentaire. Pourtant, nombre d’entre eux ne la perçoivent pas (14%) ou seulement de façon irrégulière (14%) à très irrégulière (12%). Pour une immense majorité, il s’agit de femmes. Ces chiffres sont influencés par le mode d’accord sur le montant : 88% des parents qui se sont arrangés à l’amiable perçoivent la contribution alimentaire de façon régulière contre 64% des parents passés par la médiation et 55% des parents passés par un jugement.

Des situations contrastées et des inégalités fortes selon le niveau socioéconomique

L’enquête permet de distinguer de grandes tendances. Ainsi, la séparation est moins chère et ses effets sont atténués lorsque les parents réussissent à discuter. On constate aussi que les familles à revenus modestes sont celles qui ont le plus souvent recours à la Justice pour les questions financières et l’hébergement des enfants. Ces familles sont aussi les moins satisfaites des arrangements conclus et souffrent plus d’un mauvais paiement des rentes alimentaires. De nouveau, les femmes sont les plus touchées.

Un autre constat fort est l’absence de différence notable entre les parents solos et les familles recomposées. Ces dernières sont confrontées dans une même mesure aux difficultés liées à un parent démissionnaire, au non-paiement de la contribution alimentaire et elles passent d’ailleurs plus souvent par la justice pour régler les différends. Autrement dit, les familles recomposées sont les anciennes monoparentales et leurs problèmes ne sont pas pour autant résolus.

Face à ces chiffres, la Ligue des familles lance un appel. Pour Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles, « les mécanismes de solidarité prévus pour aider ces familles à passer le cap sont insuffisants. Nous faisons face à une absence de réflexion collective qui a pour effet de laisser s’appauvrir un nombre toujours plus grand de ménages, principalement des femmes. La société ne peut se contenter de renvoyer à la responsabilité individuelle des parents ce qui constitue une évolution profonde qui bouscule notre société. »

Des solutions à débattre et à mettre en place

Une des difficultés majeures pour ces parents solos est le mauvais paiement des rentes alimentaires. Or, l’obligation alimentaire est inscrite dans le Code civil. C’est un droit de l’enfant. Le Secal, l’administration prévue pour la récupération de ces rentes et les avances en cas non-paiement, ne répond pas efficacement aux difficultés financières de ces familles.

Pour répondre aux besoins urgents de ces parents et construire une société solidaire entre tous les types de familles, la Ligue des familles demande :

  • un refinancement immédiat du Secal,
  • la mise en place d’un service universel de créances alimentaires dès la prochaine législature,
  • le Contriweb comme méthode de référence pour le calcul des créances alimentaires,
  • une réflexion sur un modèle assurantiel de protection contre la séparation dans le cadre de la Sécurité sociale,
  • un débat de société sur les nouvelles solidarités à organiser au regard des situations réelles vécues par les familles.

 

 --- fin du communiqué ---

 

Plus d’informations

Le document à télécharger en haut de page présente les principaux  chiffres-clés qui ressortent de l’enquête.

Contriweb

Le Contriweb est une méthode pratique, objective et transparente de calcul de la contribution alimentaire pour les enfants lors d'une séparation. Développé par le Gezinsbond, l’outil permet l'évaluation de la contribution alimentaire sur base du salaire mensuel et la vérification sur base de l'avertissement extrait de rôle.