Ensemble sous le même toit

22 novembre 2018


Cohabitant : ce statut qui pénalise les solidarités

Héberger un parent en perte d'autonomie ? Permettre à son jeune de rester à la maison après ses études ? Se serrer les coudes et cohabiter entre amis ? Les allocataires sociaux qui veulent faire ces choix de solidarité sont frappés par une forte diminution de leurs rentrées financières. Avec la campagne « Ensemble sous le même toit », la Ligue des familles dénonce cette situation et appelle à la suppression du statut de cohabitant.

Si vous touchez des revenus de remplacement et que vous décidez de vivre avec un autre adulte, vous perdez jusqu'à 50% de vos revenus. Ce principe a un nom : le statut de cohabitant. Créé dans les années 80 pour faire des économies, ce principe fait coup double : il limite la solidarité institutionnelle et pénalise dans le même temps les solidarités entre individus.

Le statut de cohabitant a des conséquences dramatiques sur le terrain. Pour les personnes qui vivent déjà en situation précaire, le statut de cohabitant impose trop souvent un cruel dilemme : vivre séparé, frauder ou basculer dans la grande pauvreté. C’est ainsi que des jeunes se retrouvent à la rue, que des amoureux ne peuvent pas vivre ensemble ou que des personnes âgées ne peuvent être hébergées chez un de leurs enfants... pour ne citer que quelques exemples parmi d’autres, trop nombreux.

Des situations concrètes et chiffrées

Chaque situation étant particulière, il est impossible de donner un chiffre unique qui résume à lui seul l’impact du statut de cohabitant. La Ligue des familles a donc examiné en détails quelques cas – fictifs mais basés sur des témoignages – pour chiffrer cet impact. Une constante est claire : passer d’allocations sociales à taux isolé à des allocations à taux cohabitant, c’est perdre beaucoup et se retrouver largement en dessous du seuil de pauvreté.

Au-delà de cet impact financier et de l’isolement qu’il entraîne pour ceux qui veulent y échapper, le statut de cohabitant est une ineptie à plus d’un titre :

  • ​il surestime les économies générées par la cohabitation,
  • il repose sur l’idée fausse que des personnes qui cohabitent partagent forcément leurs revenus,
  • il nécessite un contrôle coûteux des allocataires sociaux,
  • il renforce un climat de suspicion à leur égard et bafoue leur droit à la vie privée,
  • empêchant des personnes de vivre ensemble, il les contraint à occuper plusieurs logements, alors  que les logements disponibles à bas prix manquent cruellement.

Pour Maco Méo, chargée de campagne à la Ligue des familles, « au lieu de soutenir les familles les plus fragiles, le système actuel favorise leur précarisation, piétine leur droit à la vie privée et les prive de pouvoir faire librement des choix de vie. » La Ligue des familles appelle donc les citoyens à se mobiliser pour supprimer ce statut.

Un ton caustique assumé

Si tu restes, j'y perds.Face à un sujet très technique et à des réalités dramatiques, la Ligue des familles a fait le choix d’un ton décalé, noir, pour illustrer l’absurdité du système. L’organisation a pour cela fait appel à la dessinatrice de presse Cécile Bertrand pour mettre en image des réalités tragiques.

La campagne se déroule en ligne sur www.souslememetoit.be, mais aussi dans l’espace public grâce à des animations organisées par la Ligue des familles et son réseau de volontaires ainsi qu’avec l’appui d’organisations partenaires. 25.000 cartes postales sont ainsi mises en circulation. L’objectif est de réunir un maximum de signatures afin d’interpeller les pouvoirs publics au lendemain des élections. Même si plusieurs partis ont déjà pris position pour une suppression du statut de cohabitant, la voix des citoyens est essentielle pour que l’on passe de la parole aux actes.

--- fin du communiqué ---


Sur la campagne

La campagne « Ensemble sous le même toit » est mise en place grâce au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la province du Brabant wallon. Elle se poursuivra jusqu’en juin 2019. Une vingtaine d’actions de terrain sont déjà planifiées avant la fin de cette année. Le call-to-action : signer la pétition sur www.souslememetoit.be.


Infos complémentaires : deux analyses

Ensemble sous le même toit : le coût de la solidarité des familles

Novembre 2018 - Le propos de cette analyse est d’exemplifier l’incidence des taux « cohabitant » sur la vie des familles à travers cinq situations.

https://www.laligue.be/association/analyse/2018-11-22-ensemble-sous-le-meme-toit

Taux cohabitant : frein à la solidarité et entrave à la vie familiale

Juillet 2018 - Analyse de l’arrêt de la Cour de  cassation du 9 octobre 2017 sur le statut des colocataires.

https://www.laligue.be/association/analyse/2018-07-23-taux-cohabitant-frein-a-la-solidarite-et-entrave-a-la-vie-familiale