Transport scolaire vers l’enseignement spécialisé - Un calvaire quotidien pour certains enfants !

7 mars 2018


1500 enfants passent plus de trois heures chaque jour dans les transports scolaires en Wallonie. C’est l’un des problèmes liés au transport des enfants vers l’enseignement spécialisé. Conséquences : stress, fatigue, absence de vie sociale, voire déscolarisation. Parents, associations, institutions, transporteurs… tirent la sonnette d’alarme depuis des années sans succès.

Suite à une étude réalisée par la Ligue des familles sur la question, le Délégué général aux droits de l’enfant, UNIA et la Ligue des familles réunissent les principaux acteurs de la thématique ce 7 mars en vue d’améliorer la situation. 

« E-mobile », pour enfant (im)mobile, c’est le nom de ce rendez-vous participatif qui réunit ce 7 mars les différents protagonistes pour échanger leurs points de vue avec comme objectif commun de dégager des solutions pour améliorer la vie des élèves concernés. Au-delà des contraintes logistiques ou financières, E-mobile vise à remettre l’essentiel au cœur des débats : les enfants, qui restent trop nombreux à vivre une maltraitance au quotidien.

Une situation intolérable

Les enfants ont besoin d’être physiquement et psychologiquement reposés, disponibles, pour affronter une journée d’école avec ses exigences et ses contraintes. C’est encore plus vrai pour les enfants à besoins spécifiques dont certains ont plus de mal à se concentrer ou à rester attentifs toute une journée. Pourtant, selon les seuls chiffres wallons, 1500 enfants qui utilisent les bus scolaires y passent plus de trois heures par jour. Ce sont très majoritairement des enfants en situation de handicap qui se rendent vers l’enseignement spécialisé. Un grand nombre d’entre eux quitte la maison avant 7h du matin pour n’y rentrer qu’après 18h. Ces mêmes enfants ont aussi souvent besoin d’une prise en charge lourde (kiné, logopédie…)

Outre la longueur des trajets, le manque de formation de personnel accompagnant pose également question. Les crises de stress,  la fatigue extrême, une dégradation des facultés d’apprentissage, une absence de vie sociale et familiale, parfois une aggravation du handicap sont les conséquences de cette réalité douloureuse. Il arrive que certains enfants soit exclus du bus et déscolarisés. Peut-on abandonner ces enfants sous prétexte qu’ils ne représentent pas une frange suffisamment significative de la population ? Poser la question c’est évidemment y répondre. Et la réponse est « non ».

Le transport scolaire des enfants de l’enseignement spécialisé implique de multiples acteurs – écoles, accompagnateurs, transporteurs, autorités politiques… - qui se renvoient la balle. Sans vouloir pointer un responsable unique, le Délégué général, UNIA et la Ligue des familles font un constat : le système actuel ne fonctionne pas, il doit être repensé et refinancé.

Une solution réaliste et efficace : l’école inclusive

La solution idéale existe et la Belgique est invitée à la mettre en place rapidement : l’école inclusive. Si toutes les écoles accueillaient des enfants en situation de handicap, moyennant les aménagements nécessaires, chaque enfant pourrait aller à l’école près de chez lui, ce qui aurait pour conséquence de  diminuer fortement les problèmes liés au transport scolaire. L’école spéciale est actuellement un modèle très ancré dans notre société, le chemin pour généraliser l’enseignement inclusif est malheureusement encore long.

Des améliorations à court terme sont possibles

Tant que l’école inclusive n’est pas généralisée en Fédération Wallonie-Bruxelles, d’autres solutions sont envisageables à court terme moyennant une vraie volonté politique. Le Délégué général aux droits de l’enfant, la Ligue des familles et UNIA présentent les changements qui leur semblent indispensables aujourd’hui :

  • Instaurer une durée maximale de trajet (1h/trajet = 2h/jour, temps d’attente compris), fixée par décret,
  • Diminuer la taille des bus à maximum 12 enfants/bus (et donc la distance à parcourir pour aller chercher tous les enfants),
  • Améliorer le statut des accompagnateurs pour diminuer le turn-over et garantir leur formation
  • Désigner une personne de référence chargée de répondre aux demandes des parents et de leur garantir une réponse en cas de problème,
  • Assurer les transports en commun gratuits pour les parents qui ne recourent pas au transport scolaire et accompagnent leurs enfants pour aller à l’école.

Le Délégué général aux droits de l’enfant, la Ligue des familles et UNIA appellent les Ministres en charge du transport scolaire respectivement en Cocof (Bruxelles) et en Wallonie, à dégager les moyens nécessaires pour mettre fin à cette situation indigne.