« Travail faisable », cette loi qui fera du tort aux parents

1 février 2017


La Loi Peeters sur le « travail faisable » vient d’être votée en Commission « affaires sociales. Cette nouvelle loi inquiète la Ligue des familles tant elle pourrait compliquer encore la vie des parents. Les études menées par l’association montrent que la conciliation entre vie familiale et professionnelle est déjà la principale difficulté des parents. Face aux besoins des enfants et à l’augmentation du nombre de burn-out, la loi Peeters n’est pas une solution.

Une flexibilité mal orientée

Après des semaines de débats, le parlement fédéral vient de voter le projet de loi du Ministre de l’emploi, Kris Peeters. Durée légale du travail hebdomadaire, épargne des jours de congés, don de congés… Les modifications sont nombreuses, la plus notable étant la possibilité de travailler jusqu’à 45 heures par semaine à certains moments de l’année. L’objectif majeur de ces évolutions ? Renforcer la flexibilité pour les entreprises afin d’augmenter leur compétitivité. Fort bien. Mais les parents sortent oubliés de cette réforme. Si la flexibilité leur est précieuse, il doit s’agir à l’inverse une flexibilité choisie, anticipée et maîtrisée afin de permettre une meilleure conciliation entre temps de travail, vie familiale et loisirs.  

Depuis 2014, la Ligue des familles fait entendre la voix des parents dans ce débat, afin que leur réalité soit prise en compte. Le Baromètre des parents de la Ligue des familles de décembre 2016 a mis des chiffres sur leurs difficultés. 8 parents sur 10 manquent de temps et déplorent des difficultés pour concilier travail, famille, activités personnelles, etc. Ce manque de temps entraine du stress et de la fatigue à tel point que plus d’un parent sur cinq indique ressentir un risque de burn out parental. « La bonne conciliation entre temps de travail et vie familiale devient dès lors une question de santé publique, analyse Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles. Dépression, arrêts de travail, burn-out… Autant de difficultés graves au niveau personnel, qui entraînent aussi une explosion du budget de l’Inami sur la santé mentale. La nouvelle loi n’y répond pas, c’est une aberration. » Enfin, les femmes sont les plus touchées : elles portent encore le poids de la double journée entre travail rémunéré, soin aux enfants, entretien de la maison, etc.

Des inégalités renforcées

La Ligue des familles pointe trois conséquences négatives de la loi « travail faisable » sur la vie familiale.

1. Les parents, dont l’horaire quotidien ou hebdomadaire va augmenter, vont rencontrer plus de difficultés pour prendre en charge leurs enfants. C’est particulièrement le cas pour les parents solos qui travaillent.

2. Les services de prise en charge des enfants (crèche, école, garderie etc.) offrent une flexibilité forcément limitée. Faudra-t-il que les enfants soient accueillis en crèches plus de 12 heures par jour ? Ou que les écoles restent ouvertes jusqu’à 20h ?

3. Le compte épargne-temps, présenté comme une mesure facilitant la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, va malheureusement piéger les femmes et renforcer les inégalités. Les exemples européens, notamment celui des Pays-Bas, montrent que les hommes utilisent le temps épargné en fin de carrière pour partir plus tôt à la retraite, tandis que les femmes l’utilisent pour s’occuper des tâches familiales, surtout quand les enfants sont petits. Les Pays-Bas ont d’ailleurs fait marche arrière sur ce compte épargne-temps.

Cette loi a des conséquences négatives … mais manque aussi de propositions innovantes pour répondre aux attentes des parents tels que l’allongement du congé adoption et le congé de paternité obligatoire.

Documenter les impacts de la loi pour l’aménager positivement : la Ligue des familles appelle les personnes concernées à témoigner

La Ligue des familles défend des mesures qui améliorent concrètement l’articulation entre la vie personnelle et la vie professionnelle des parents, qui respectent le rythme des enfants et de la vie familiale, et qui favorisent l’égalité entre les hommes et les femmes. L’association entend donc suivre attentivement les conséquences de l’entrée en vigueur de la loi travail et les documenter. A cette fin, la Ligue des familles invite toutes les personnes concernées à témoigner. Grâce à son Observatoire, elle pourra ainsi évaluer objectivement les conséquences de la loi et proposer des aménagements sur base du vécu des familles. Les témoignages recueillis seront aussi utilisés en vue des prochaines élections de 2019. « De cette façon, explique Delphine Chabbert, nous veillerons à ce que l’amélioration des conditions de vie des parents qui travaillent ou recherchent un emploi soit une priorité dans les programmes des partis politiques. »

 

--- fin du communiqué ---

 

Appel à témoignages

Les parents impactés par la loi Travail sont invités à déposer leurs témoignages à : etudes@liguedesfamilles.be  ou par téléphone au 02/507 72 82.

L’Observatoire de la Ligue des familles

Pour suivre au plus près l’évolution des familles et les besoins des parents, la Ligue des familles a créé son Observatoire. Il repose sur deux éléments complémentaires :

  • Un outil quantitatif, le Baromètre des parents. Ce sondage fouillé est réalisé annuellement auprès d’un échantillon représentatif des parents francophones.
  • Un outil qualitatif, le Thermomètre des parents, qui vise à collecter des témoignages et ainsi mieux comprendre le vécu des parents.

Les enseignements du Baromètre 2016 de la Ligue des familles

1600 parents, vivant à Bruxelles et en Wallonie, ont été interrogés par IPSOS du 28 octobre au 10 novembre 2016. Ils livrent le portrait des familles d’aujourd’hui. Vous y retrouverez notamment une série d’informations précieuses liées à la conciliation entre temps de travail et vie familiale (pages 12 à 16).

https://www.laligue.be/association/etude/2016-12-19-barometre-des-parents-2016

Burn-out et budget de l’INAMI

  • Selon l’INAMI, il y aurait 80 000 belge en burnout par an ce qui représente 600 millions d’euros par an en indemnisation , soit 10% du budget de l’assurance invalidité.
  • En comparaison, 350 000 belges sont en incapacité de travail pour des raisons diverses chaque année soit un cout de 6 milliards d’euros par an.