La liste noire des listes de fournitures scolaires

17 août 2020


A l’approche de cette rentrée 2020, la Ligue des familles a passé au crible les listes de fournitures scolaires. Résultat : des pratiques illégales quasi systématiques et des coûts parfois exorbitants qui viennent frapper des familles déjà durement affectées par la crise du coronavirus.

Jusqu’à 520€ de fournitures scolaires

La Ligue des familles a examiné 44 listes de fournitures scolaires, émanant de 36 écoles de toute la Fédération Wallonie-Bruxelles, et a calculé le montant de la facture pour les parents. Le coût de ces listes varie de 52€ à 520€ (!) selon les niveaux de scolarité et les écoles.

En moyenne, les parents d’enfants de 1ère et 2e maternelles paient 76€ pour la rentrée (malgré l’entrée en vigueur de mesures tendant vers la gratuité), ceux de 3ème maternelle 134€, ceux de primaire 234€ et ceux de secondaire 406€.

« C’est donc chaque fois le coût pour un seul enfant, à multiplier par le nombre d’enfants dans la famille, précise Maxime Michiels, chargé d’études à la Ligue des familles. On voit donc que la rentrée pèse extrêmement lourd pour le portefeuille des familles. Il s’agit ici uniquement des listes de fournitures, donc il faut encore bien souvent ajouter à cela la garderie, le temps de midi qui est payant dans de nombreuses écoles, et évidemment tous les frais réclamés en cours d’année. »

« Cette situation est encore bien plus préoccupante que les autres années en raison de la crise sanitaire : le confinement a appauvri les familles, et la Banque nationale a montré que les ménages les plus pauvres sont ceux qui ont perdu le plus. Et maintenant ils se retrouvent, comme chaque année, à devoir sortir plusieurs centaines d’euros pour que leurs enfants puissent reprendre l’école… »

La gratuité des fournitures en 1ère et 2ème maternelle : pas du tout respectée

En 1ère maternelle (depuis l’an passé) et en 2ème maternelle (depuis cette année), la rentrée est censée être gratuite : les écoles ne peuvent plus demander qu’un cartable, un plumier et une tenue de sport. En pratique, ce n’est pas du tout respecté : toutes les listes reçues par la Ligue des familles demandent aux parents des achats supplémentaires et illégaux. Il s’agit bien souvent de rouleaux de papier de toilette, de lingettes, de mouchoirs, mais aussi parfois de fournitures plus classiques comme des crayons ou tubes de colle.

Aux autres niveaux d’enseignement aussi, rares sont les écoles à rester dans les clous et à respecter totalement la législation. Les écoles demandent ainsi très fréquemment des marques spécifiques (colle Pritt, tableau Velleda…), ce qui est interdit.

La Ligue des familles réclame l’extension des mesures de gratuité, et les moyens de les faire respecter

Pour la Ligue des familles, il est indispensable de prendre des mesures supplémentaires en faveur de la gratuité scolaire, à commencer par la gratuité des fournitures pour toutes les années d’études et l’interdiction de faire payer le temps de midi. Cela ne pourra se faire que si la Fédération Wallonie-Bruxelles en donne les moyens aux écoles, mais aussi en contrôle l’application effective. « Il y a toute une série de règles qui existent aujourd’hui pour réduire les coûts scolaires, mais on voit qu’elles sont très peu respectées, regrette Maxime Michiels. Aujourd’hui, la Fédération Wallonie-Bruxelles attend que les parents déposent plainte pour examiner ce qui se passe. Or, les parents ne souhaitent évidemment pas entrer en conflit avec l’école de leurs enfants. La Ligue des familles propose de mettre en place une « inspection gratuité » chargée de visiter aléatoirement les écoles pour vérifier leurs pratiques en la matière. Cela permettrait de vérifier que les parents bénéficient effectivement des mesures de gratuité, car si l’on vote des textes au parlement et qu’ils ne sont pas appliqués sur le terrain, ça ne sert à rien. »

 

--- fin du communiqué ---

Contact

Maxime Michiels

Chargé d’études

m.michiels@liguedesfamilles.be

L’analyse

Découvrez ici l’analyse complète réalisée par la Ligue des familles : « Les listes de fournitures scolaires sur liste noire ».

 

Méthode

Pour cette mouture de l’enquête, la Ligue des familles s’est concentrée sur le coût de la rentrée scolaire à travers la pratique des listes de rentrée distribuées aux parents. Suite à un appel sur les réseaux sociaux et aux lecteur·trice·s du Ligueur, le Service d’étude de la Ligue des familles a récolté 44 listes de rentrée pour 36 écoles différentes situées aux quatre coins de la Fédération Wallonie-Bruxelles. On compte ainsi 11 listes pour l’enseignement maternel, 17 pour l’enseignement primaire et 16 pour l’enseignement secondaire.

Sur base de ces listes, deux types d’analyse ont été menés. Une analyse quantitative d’abord sur les coûts que peuvent représenter ces listes pour les parents. Pour ce faire, le service étude s’est rendu dans les magasins (physiques et online) en tentant de reproduire un comportement de « consommateur·trice moyen·ne[1] » pour calculer le prix des fournitures demandées par les écoles. Une analyse davantage qualitative ensuite pour discuter du caractère légal ou non de ce qui se retrouve sur ces listes de rentrée.

Il est évident que les données présentes dans cette analyse n’atteignent pas les conditions pour prétendre à la représentativité statistique. Ce n’est pas leur objectif. Ici elles visent à illustrer, à partir d’exemples concrets et réels, comment la rentrée peut peser, parfois lourdement, sur le portefeuille des parents. 

 


[1] Pour ce faire, un équilibre a été cherché entre le prix et la qualité. Pour un même registre qualitatif, c’est toujours l’option la moins chère qui a été privilégiée. Le parti pris a également été de garder le même référent en termes de prix pour un produit pour toutes les listes.