Annualisation du temps de travail

29 avril 2016


L’évolution de l’organisation du travail proposée par le Ministre Kris Peeters doit augmenter la compétitivité et faciliter la vie familiale. « Faux », affirme la Ligue des familles après analyse. Parce que le temps des enfants n’est pas flexible. La flexibilité du temps de travail doit être choisie, anticipée et maîtrisée. La proposition actuelle du Ministre de l’Emploi va à l’encontre de cette nécessité.

Le Ministre de l’emploi Kris Peeters a proposé une nouvelle organisation du travail qui permet plus de flexibilité des heures prestées, calculées sur une base annuelle. Toute modification de l’organisation du travail a des effets bien plus larges que sur la seule compétitivité des entreprises. Cela touche à la vie familiale et sociale. C’est tout un débat de société qui s’ouvre et c’est à ce titre que la Ligue des familles s’y invite.

L’objectif du Ministre est de rendre le travail plus flexible pour les employeurs et plus soutenable pour les employés. La Ligue des familles a analysé l’impact d’une telle mesure pour les parents et s’inquiète de conséquences lourdes : à l’approche du Premier mai, les parents-travailleurs ne sont pas à la fête.

Concilier c’est prévoir

Le maître-mot de la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle est « prévoir ». Aujourd’hui, 8 parents sur 10 affirment déjà avoir des difficultés concrètes d’organisation entre vie de famille et travail (source : Baromètre des parents de la Ligue des familles, décembre 2015). L’annualisation n’est pas une bonne solution pour les parents parce que les périodes de travail seront dictées par les bons de commandes et les pics de production. Comment faire si deux parents connaissent les mêmes périodes de pics ? Et que dire des parents solos ? Faudrait-il demander aux enfants de se débrouiller seuls lors des semaines de 45 heures ?

Le temps des enfants

Le respect des rythmes biologiques des enfants est essentiel à leur bien-être. Une bonne nuit de sommeil, des heures de repas régulières, des temps de repos et d’attention sont nécessaires à un bon équilibre. « Quelle sera la santé de nos enfants, plus tard, si leurs rythmes et leurs besoins ne sont pas respectés, interroge Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles. Et comment concilier des journées de travail plus longues avec des crèches qui accueillent un enfant 10 heures par jour maximum? Devra-t-on flexibiliser et ’’annualiser’’ le temps des structures d’accueil des enfants, et même l’école, pour permettre aux parents de travailler ? »  

Le temps des hommes n’est pas celui des femmes

La conciliation entre vie familiale et vie professionnelle concerne tous les parents, pères et mères, mais elle repose encore aujourd’hui essentiellement sur le dos des femmes : ce sont elles qui assument ce qui s’apparente à des ’’doubles-journées’’. Un temps de travail instable et imprévu aura des conséquences inévitables sur l’emploi des femmes et leur qualité de vie. Plus encore pour les familles monoparentales. Comment faire varier ses horaires en vivant seule avec un enfant ?

Tous les parents ne sont pas égaux. Tous ne peuvent pas organiser leur temps de travail aussi simplement. Certaines fonctions et certains profils profiteraient d’une annualisation. Mais une petite minorité seulement. La grande majorité aspire davantage à des formes de flexibilités plus proches de leur vie quotidienne, à l’échelle de la journée ou de la semaine. Des possibilités d’horaires flottants sont intéressantes car elles permettent de mieux organiser la vie quotidienne. La semaine des 4 jours aussi. Cette flexibilité doit être renforcée. Car au fond, l’enjeu c’est bien la qualité de vie, pour chacun. Pour soi-même, pour ses enfants, pour la vie collective.