Notre plan P

20 octobre 2010


Une des trois missions de la Ligue des familles est de défendre des propositions politiques de soutien à la parentalité. Les deux autres missions : encourager des solidarités collectives entre citoyenparents et permettre des échanges d’expériences individuelles de parents. On le voit, le soutien à la parentalité est bien l’ADN, le fil conducteur, le core business, la colonne vertébrale, la marque de fabrique, l’identité de la Ligue des familles. Un soutien à la parentalité qui est développé par la Ligue des familles dans trois dimensions : individuelle, collective et politique. Avec quelles options ?

 

Les trois piliers. Plan P

Faire le choix de la parentalité est pour nous un choix personnel, si possible le plus librement consenti. Il ne nous appartient pas d’encourager ou de décourager la parentalité, nous voulons soutenir les parents quand ils le sont. Nous ne sommes pas un mouvement nataliste avec ses raisons morales, démographiques ou autres. Nous ne sommes pas l’opposé non plus. Notre propos est de soutenir la parentalité quand elle existe. Pas plus. Pas moins. Mais c’est déjà énorme et en tout cas, follement stimulant comme défi à relever.

 

Soutenir la parentalité repose sur trois piliers : le droit à des ressources financières ; le droit de disposer de temps ; le droit d’avoir accès à des services collectifs de qualité. Reste à savoir comment agencer ces trois piliers qui ont chacun leur importance et leur légitimité dans notre plan P comme Parent.

 

Des ressources financières : plan P/F

Comme parents, nous sommes des travailleurs, des chômeurs et/ou des allocataires sociaux. Avoir un salaire décent et pouvoir compter sur une sécurité sociale forte, avec des allocations liées au bien-être, reste la plus solide des garanties pour pouvoir exercer son boulot de parent. Mais il faut des "plus" pour soutenir les parents. On pense d’abord aux allocations familiales. Nous voilà encore en pleine actualité. Défédéralisation ou pas ? Si oui, vers quelles entités fédérées, les régions ou les communautés ? Selon quelles clés de répartition ? Et surtout pour quoi faire ? (voir le Ligueur du 1er septembre 2010, page 42).

Nous reviendrons prochainement et certainement sur le sujet (à l’heure où nous écrivons ces lignes, Bart de Wever n’a pas encore livré son verdict !). Juste ce rappel d’une enquête de la Ligue des familles. Pour 12 % de la population, les allocations familiales ne sont pas importantes. Elles sont cruciales. Par ailleurs, les allocations familiales ne sont pas l’unique objet d’attention pour soutenir financièrement la parentalité. La garantie de perception des contributions alimentaires en cas de séparation reste un autre point d’attention essentiel. Les familles monoparentales sont fragiles économiquement, certaines peuvent basculer de la précarité à la pauvreté. Toutes les études le montrent.

 

Des services collectifs : plan P/S

Pas de soutien à la parentalité sans places d’accueil pour la petite enfance (des crèches, des gardiennes à domicile, des haltes-garderies…). Sur ce point, le constat est rude. C’est la galère. Nous voudrions qu’il n’y ait "Pas de place pour le manque de places". Mais on est loin du compte. La Ligue des familles va prendre dans les prochains mois une initiative pour faire le compte du manque de places. En mettant en avant des chiffres mais surtout en donnant la parole à tous les parents qui vivent cette galère. Le secteur de la petite enfance est sous-financé. La crise des finances publiques ne va rien arranger, au contraire.

Si le secteur de la petite enfance est en sous-capacité, que dire de l’accueil extrascolaire ? Une cata ! Une vraie cata ! Les pouvoirs publics devraient faire des investissements massifs. Mais nous sommes à nouveau confrontés aux impératifs budgétaires. Dès lors, trois réflexions :

1. Les pouvoirs publics ne doivent pas s’affaiblir eux-mêmes en dispersant le pouvoir de décision (c’est tout l’enjeu d’une Communauté française qui deviendrait une fédération Wallonie-Bruxelles).

2. Il faut faire certains choix de priorités politiques plus nets, y compris avec un argumentaire économique. Le manque de services collectifs de qualité est un frein à l’accès au marché du travail. À moins que l’on veuille "renvoyer les femmes au foyer" pour faire diminuer les statistiques du chômage. Une option inacceptable pour le droit des femmes. Pour la Ligue des familles, soutien à la parentalité rime avec égalité. Entre les hommes et les femmes.

3. Osons appeler un chat un chat. Les pouvoirs publics ont besoin de moyens. Il faut que tous les revenus contribuent, en particulier les revenus financiers, scandaleusement exonérés en comparaison des revenus du travail. Vive l’impôt juste et progressif.

 

Du temps : plan P/T

Le temps est la troisième dimension d’une politique de soutien à la parentalité. On pourrait débattre de l’organisation du temps de travail, de la flexibilité, de la répartition du temps de travail, de la réduction collective du temps de travail. Et il faut le faire même si ce n’est pas le rôle premier de la Ligue des familles. C’est le domaine des partenaires sociaux. Sauf que nous avons des choses à dire sur la nécessité de pouvoir concilier vie professionnelle et vie parentale, sociale et personnelle. On doit débattre de l’organisation de la société. Les horaires quotidiens des crèches et des écoles sont-ils adaptés au rythme des enfants et aux réalités des parents-travailleurs ? L’organisation des vacances scolaires est-elle adaptée aux rythmes des enfants et à la vie professionnelle des parents ? Poser la question, c’est un peu y répondre. Tout le monde sait qu’il y a des problèmes. Faudrait peut-être passer par un débat ouvert puis des solutions. Enfin, la Ligue des familles est en première ligne sur la question des congés parentaux. Où en est-on ? Les 11 systèmes de congés parentaux ont le mérite d’exister. Nous pensons qu’une simplification serait bienvenue. Et nous voulons surtout que la différence entre l’indemnité pour ces congés parentaux et le salaire soit moins pénalisante (surtout pour les femmes) et plus incitatives pour les hommes. Autrement dit, nous voulons encourager une meilleure implication des femmes dans le monde du travail et des hommes dans la famille.


Denis Lambert,

Directeur général de la Ligue des familles

 

 

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