Pour être parent, il faut s’y mettre à plus que deux

2 février 2011


D’accord, pour faire un bébé, deux parents suffisent. Mais pour être parent, il faut être plus de deux. Pourrions-nous être parent sans le relais de notre entourage (les proches, les amis, les voisins…) et sans l’accès à des services organisés par les collectivités publiques ? La parentalité relève à la fois de la sphère individuelle, collective et publique. Notre enquête "Pour une société parents admis" explore vos avis sur la question. De quoi nourrir les combats de la Ligue des familles.

 

Temps mieux

Au premier abord, on pourrait se dire que la gestion du temps est une affaire privée qui ne regarde que vous. En fait, nous ne sommes pas seuls à décider de notre temps. D’un côté, il y a toutes les contraintes, voir les entraves : les horaires du boulot, de l’école ou de la crèche, les bouchons et bien d’autres choses pas toujours agréables. De l’autre, il y a tout ce qui peut nous faciliter la vie : la souplesse des horaires, les congés parentaux, les services relais… Voilà pourquoi, comme mouvement de citoyenparents, nous nous mêlons de conciliation des temps entre vie professionnelle et parentale sans oublier la vie sociale et personnelle. Nous ne nous résignons pas à l’idée qu’on ne peut rien y changer au point de ne plus imaginer un autre mode d’organisation de la société. Nous voulons refuser la régression d’une société qui ferait de nous des individus isolés, casés, stressés et parcellisés face une société marchande qui envahirait encore plus nos vies pour faire de nous et nos enfants des consommateurs qui courent après on ne sait quoi. Notre campagne "Re-prendre le temps" n’est pas une incantation nostalgique d’un passé qui aurait été meilleur. C’est l’expression d’un avenir à conquérir.

 

L’enquête le montre : les hommes et les femmes ne sont pas égaux face au temps. En période de crise économique, la tentation est grande d’imposer, plus ou moins ouvertement, aux femmes d’être "la valeur d’ajustement" de la politique de l’emploi : retour au foyer, temps partiel imposé, congés parentaux mal rémunérés… Ce serait revenir à un autre temps. Mieux vaut pour nous soutenir une meilleure implication des hommes dans le quotidien des familles et des femmes dans le monde du travail. Ce qui n’exclut évidemment pas d’autres choix personnels, à condition que ce soit un choix libre et pas une imposition.

 

Nous courons dans tous les sens entre la maison, l’école, la crèche et le boulot. Changer tout cela va prendre du temps parce que c’est une question de conception des villes et des quartiers qui devraient offrir la possibilité d’habiter, de vivre et de travailler. Autrement dit, il est temps de développer une vision cohérente entre les politiques d’aménagement du territoire, du logement et de la mobilité. Cette exigence de qualité de vie rencontre d’autres exigences : égalité sociale et développement durable.

 

L’Union européenne débat des congés pour les parents. Quand les décisions seront prises, la Belgique devra s’adapter. Nous sommes favorables à une simplification du système. Actuellement, il existe onze différentes versions ! Et nous optons pour des congés pour les parents mieux rémunérés, peut-être plus resserrés. Pour être lucide et direct, pour que les hommes prennent ces congés, il faut soit les obliger soit mieux les rémunérer. Et il n’y a pas de raisons que ce soient les femmes qui sacrifient leur parcours professionnel en interrompant trop longtemps leur carrière.


Pas de place pour le manque de places

Un tiers des parents galèrent pour trouver une crèche ou une accueillante. Le constat est encore plus édifiant pour les parents qui vivent seuls, particulièrement dans les villes. Imaginez que l’on dise qu’il n’y ait pas de place pour votre enfant dans une école, peu importe laquelle. Impensable pour vous et pour la société. Pourquoi alors l’accepter pour les enfants de moins de 3 ans ? Comment se satisfaire du manque de place d’accueil pour les enfants de 0 à 3 ans ?

Heureusement, l’opinion publique change. Une écrasante majorité affirme qu’une place d’accueil à prix abordable pour chaque enfant est un droit. Ne tournons pas autour du pot. Pour atteindre un tel objectif - tout à fait légitime - il faudra en faire une priorité budgétaire et mettre des sous dans les caisses. Les deux sans doute.

Vous avez été très clairs à propos de l’école. Il devrait y avoir à l’école après 16h un service intégré pour les devoirs, la remédiation et des activités extrascolaires. Certains pourraient crier à l’école-parking. Nous y voyons plutôt un encouragement et une reconnaissance pour un travail d’équipe pluridisciplinaire au sein de l’école. Nous y voyons un appel à développer des partenariats avec le monde associatif et des opérateurs publics. Nous voulons y voir la recherche de solutions publiques et collectives face aux menaces de marchandisation et privatisation de la remédiation ou de l’accueil extrascolaire.

 

Merci pour vos nombreuses contributions à propos de la refonte du système des allocations (version II). Continuez ! Cela nourrit notre réflexion.


Denis Lambert,

Directeur général

 

 

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