La Ligue avec Amnesty

16 février 2011


L’injustice arrive quand les gens de bien ne font rien, dit-on.

S’il est un domaine où cela se vérifie tous les jours, c’est bien dans les ménages. Une femme sur cinq en Belgique est victime de violences conjugales. Vingt pour cent des femmes font l’objet de violences de la part de leur conjoint. Cela veut dire que chacun d’entre nous, au boulot, à la maison, dans la famille… fréquente souvent, et sans le savoir, une femme battue.

Bien sûr, il y a de nombreuses raisons qui expliquent pourquoi nous ne sommes pas au courant. De nombreuses femmes refusent de reconnaître qu’elles sont victimes de violences ; elles n’arrivent pas à mettre les mots qu’il faut sur ces pratiques violentes. Pour certaines, c’est une "preuve d’amour". Leur conjoint s’excuse, leur promet une nouvelle lune de miel, avant que les violences ne reprennent : c’est ce qu’on appelle le "cycle de la violence". D’autres se sentent honteuses et n’osent pas se confier à leurs amies, collègues ou voisines. Enfin, beaucoup ont tout simplement peur, peur de se voir victimes de violences supplémentaires si elles osent se plaindre.

Alors, que pouvons-nous faire ? Avant tout, être attentif(ve) et ouvert(e). Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, dit un autre proverbe.

De petits détails, des remarques apparemment anodines peuvent constituer autant de signaux que la personne nous envoie. Nous pouvons alors, en fonction de l’intimité que nous entretenons avec cette personne, essayer d’entamer une discussion sur ce thème. Mais que lui proposer ? Après tout, nous ne sommes pas des spécialistes ou des policiers…Eh bien, il existe des outils pratiques qui permettent d’aider concrètement une personne victime de telles violences.

Le premier est la ligne téléphonique 0800 300 30 où la personne pourra recevoir une écoute attentive et les premiers conseils.

Ensuite, Amnesty International a publié un petit dépliant pratique qui peut considérablement aider les victimes, des victimes potentielles ou des proches de victimes. Gratuit, ce dépliant est rempli de conseils et d’adresses utiles auprès desquelles les femmes pourront trouver une aide concrète. Vous pouvez l’obtenir très simplement en téléphonant à Amnesty (02/538 81 77) ou via le site web www.amnesty.be/femmes.

Vous pouvez aussi agir de manière préventive.

Pourquoi ne pas mettre à disposition du personnel de votre entreprise le dépliant de la campagne ? Vous travaillez dans une administration ou une association en contact avec le public ? Déposez sur votre comptoir d’accueil une pile de ces brochures. Vous pouvez en obtenir autant que vous le désirez et gratuitement. Même chose avec l’affiche que vous tenez en main : n’hésitez pas à la placer dans un endroit visible, au travail, à la maison, dans votre bibliothèque communale… Vous pouvez aussi commander des exemplaires supplémentaires auprès d’Amnesty, toujours gratuitement.

Mais que font les pouvoirs publics ?

S’il faut bien reconnaître que les autorités, tant fédérales, régionales que communautaires, ont fait des efforts concrets ces dernières années (financement de la ligne téléphonique, politique de tolérance zéro…), il reste encore du chemin à parcourir. C’est pourquoi nous vous invitons à signer la pétition lancée par Vie Féminine. Il y est demandé qu’une véritable politique de prévention qui s’attaque aux racines de ces violences et aux causes de ces inégalités entre les sexes soit mise en place, avec les moyens humains et financiers suffisants. Il est demandé également aux institutions (police, justice, milieu médicale, CPAS, médias…) de porter un autre regard sur les femmes victimes de violences. Enfin une application rigoureuse et obligatoire de la circulaire "Tolérance 0" sur tout le territoire belge doit être exigée.


Denis Lambert,

Directeur général de la Ligue des familles

 

 

a