Pour une école vécue sereinement

27 avril 2011


Le soleil d’avril nous a généreusement découverts de plus d’un fil pendant ces vacances de Pâques. À présent, place à la dernière et courte séquence de l’année scolaire avec un goût d’été en tête. L’école, dans notre société inquiète et agitée par la lutte des places, est loin d’être un terrain serein de formation

Mal au ventre

Les effets pervers de la version 3bis du décret Inscriptions se sont multipliés. Plus de soixante écoles ont dépassé le nombre annoncé de places disponibles. Dans beaucoup, sans cette volonté de sauver le mécanisme mort-né mis en place par le prédécesseur du prédécesseur, il n’y aurait eu aucune difficulté : chacun aurait été inscrit directement et aurait pu se concentrer sur l’obtention du CEB. Beaucoup de familles sont à nouveau dans l’attente, sans files spectaculaires mais silencieusement, en ordre dispersé. J’en ai rencontré une la semaine dernière : leur fille a bien des difficultés à s’endormir. Elle aurait dû terminer joyeusement ses primaires, par la présentation d’un projet assez original. Depuis peu, un point d’interrogation s’est installé dans son estomac : où et avec qui sera-t-elle l’an prochain ? On rechange ? On abroge ? On admet… que la mixité sociale, c’est un peu plus complexe et diffus qu’un décret.

Vite, un prof de math !

Restons à l’école. La Ligue vient d’être à nouveau interpellée sur la question de la remédiation. Le décret Missions, en 1989, avait mis en avant le droit de tout enfant à la réussite. Les mots étaient et restent lourds de sens : la responsabilité de la réussite ne repose plus uniquement sur l’enfant, c’est la société et l’institution-école qui doivent tout mettre en œuvre pour amener chacun à réussir un parcours de formation à la hauteur de ses aspirations et de ses talents. Mais ceci étant dit, le taux d’échec reste lourd et le système du redoublement, minoritaire dans le monde, accueille en Communauté française, primaire et secondaire confondus, un enfant sur deux.

Si chaque mois, une nouvelle école de devoirs voit le jour, le marché des cours privés, avec des formules de plus en plus "alléchantes" et sophistiquées, est aussi en pleine expansion. De 10 à 50 € par heure … mais qui refuserait le meilleur pour son enfant ? Fatalement, nous voulons tous éviter l’échec scolaire, avec ce qu’il amène comme désenchantement et comme inquiétude pour l’avenir social de nos jeunes.

Pas normal

Le grand piège serait de finir par croire que cette privatisation de la gestion des difficultés d’apprentissage est une fatalité : "Que voulez-vous, à l’école, ils sont trop nombreux, trop difficiles, et les programmes sont trop lourds !" On en viendrait à capituler face aux limites de l’institution officielle. La Ligue a déjà affirmé la nécessité d’un renforcement des moyens alloués au sein même de l’école pour l’accompagnement des élèves en difficulté. Les formules, individuelles ou en groupe, au sein de la classe ou en dehors, ne manquent pas. Le travail en équipe, avec un réel souci pour la cohérence et la progressivité du parcours de Dorothée, Matthias et Saïd, ainsi qu’un renforcement de la formation initiale aux pédagogies différenciées de tous les "maîtres" semblent indispensables. Tout cela a un coût, mais le redoublement aussi. À terme, la mise à l’écart progressive de ceux qui ne peuvent faire appel à une forme moderne de précepteur est catastrophique pour l’épanouissement professionnel et citoyen de ceux qui sont amenés à décrocher ou à être réorienter.

Beaucoup d’enseignants offrent leur temps de midi pour emmener un maximum d’enfants vers la réussite. Merci ! D’autres, parfois les mêmes, ont trouvé dans la remédiation privée une source de revenus complémentaires. Le propos ici n’est en rien de les juger.

Simplement, un système parallèle s’est solidement mis en place, reproduisant plus que jamais les inégalités sociales. Il occulte le devoir d’une société d’investir dans sa jeunesse, dans son école, avec audace et solidarité.


Pierre Scieur,

Président de la Ligue des familles

 

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