À la rigueur

6 décembre 2011


Saint-Nicolas a apporté à la Belgique un nouveau gouvernement composé de six partis et d’un Premier ministre francophone, Elio Di Rupo. Y-a-t-il quatorze ou quinze ministres ? Qui est ministre de quoi ? À l’heure où ces lignes sont écrites (vendredi passé), ce n’est pas encore décidé. Au moment où vous lisez ces lignes, si l’info n’est pas encore disponible, c’est qu’un nouvel épisode dramatique s’est abattu sur la Belgique. Mais soyons optimiste, mettons qu’on a un nouveau gouvernement.

 

Faute de mieux

Désormais, en Belgique, former un gouvernement est à la fois une gageure et un aboutissement en soi. Après plus de 535 jours, on est soulagé d’avoir enfin un gouvernement. Ouf. Nous avons été réduits pendant plus de 535 jours à débattre de la réussite d’un accord plutôt que de débattre du contenu d’un accord. Nous avons été réduits pendant plus de 535 jours à dresser l’inventaire de tous les clivages d’une Belgique incertaine sans cesse remise en cause : les incompréhensions communautaires entre Flamands et francophones, le débat gauche-droite, les contradictions entre le fédéral et les entités fédérées, le fossé entre les citoyens et le monde politique. Ce gouvernement n’est ni de gauche, ni de droite, ni du centre, ni du centre-centre, il est tout cela à la fois en fonction des rapports de force ou de l’éparpillement des forces. La NV-A n’est pas dans ce gouvernement. Tant mieux. Mais il n’empêche que ce gouvernement est un produit dérivé d’une situation inextricable créée par le vote conservateur, nationaliste et populiste d’une majorité de Flamands. Faut-il jeter la pierre à ceux qui ont essayé de former un gouvernement ? Non. Tirons une leçon du côté francophone : on a trop tardé à ouvrir un dialogue avec la Flandre. Mais surtout, remontons à la source des problèmes : il faut combattre partout en Europe cette vague montante du nationalisme et du populisme.

 

Sans illusion

Une fois l’accord institutionnel engrangé en octobre 2011, on aurait pu croire que le plus difficile avait été fait pour aboutir à la formation du gouvernement. C’était sans tenir compte des contraintes de la rigueur et même de l’austérité. Nul ne peut contester la nécessité de réduire le déficit de l’État et de réduire le poids de la dette de la Belgique. Les efforts pour trouver 11 milliards d’euros ont-ils été équitablement répartis ? Même si tout le monde va être mis à contribution, les plus démunis, les allocataires sociaux, les travailleurs pauvres, les jeunes, les familles monoparentales… vont subir de plein fouet les mesures budgétaires. La précarité et la pauvreté vont gagner du terrain. Pour les plus fragiles, il aurait fallu renforcer les allocations, ouvrir de nouveaux droits, rendre plus accessibles des services collectifs. L’épure proposée résulte davantage de décisions prises pour satisfaire ou ne pas trop mécontenter les uns et les autres plutôt que de décisions prises pour tracer un vrai projet d’avenir. Directement ou indirectement, chacun va payer pour la cupidité et l’aveuglement d’un système financier qui marche sur la tête et qui continue à dominer des démocraties politiques tantôt velléitaires, souvent impuissantes, toujours soumises à des diktats. En Belgique, il faudrait revoir le système des impôts pour mieux équilibrer la contribution les revenus financiers et spéculatifs par rapport aux revenus du travail. Il faut aussi revoir la progressivité de l’impôt. L’austérité est inefficace parce que c’est plus que jamais le moment de soutenir une relance économique maîtrisée : l’emploi, le pouvoir d’achat, le développement de services collectifs peuvent générer un cercle économique et social vertueux là où l’austérité engendrera encore plus d’inégalités et de replis égoïstes.

 

Malgré tout

Le Premier ministre, Elio Di Rupo, a indiqué que le gouvernement n’était pas tout seul pour faire face à la crise. Il a appelé à la participation des entreprises, des partenaires sociaux et des associations. La Ligue des familles, comme mouvement de citoyens, accepte l’invitation. Nous voulons continuer à cultiver des solidarités au travers de tous nos nombreux projets (voir à ce sujet l’encart dans ce Ligueur en pages 15 à 18). Nous allons bien entendu continuer à faire entendre la voix des parents. Il y a du pain sur la planche. Les allocations familiales vont être défédéralisées. Nous souhaitons que la voix de la Ligue des familles soit entendue et que les propositions que nous avons mises sur la table soient utiles à la construction d’une politique cohérente de soutien à la parentalité en Wallonie et à Bruxelles. Le budget pour l’accueil extrascolaire (le FESC) va être défédéralisé. Nous allons être extrêmement lucides et vigilants pour que la casse soit limitée. L’accueil extrascolaire doit être autre chose qu’un parking pour enfants ou un marché juteux pour parents qui en ont les moyens. Nous allons être attentifs à la transposition en Belgique des directives européennes qui organisent les congés parentaux. Nous allons être offensifs pour proposer des solutions dignes pour les familles monoparentales qui cumulent les risques de précarité et de pauvreté. Nous allons faire le boulot d’un mouvement de citoyenparents.

 

Denis Lambert,

Directeur général de la Ligue des familles

 

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