Allocations familiales, faire mieux demain

15 mars 2012


Le message de la Ligue des familles sur les allocations familiales est-il passé 5 sur 5 ? Une chose est sûre, les cinq partis politiques sont venus au rendez-vous de notre mouvement de citoyenparents. Nous les avons invités à participer chacun à leur tour à un petit déjeuner convivial pour échanger sur le thème. Ils ont répondu à cette invitation pour se prêter à cet exercice de démocratie associative.

 

Le premier message de la Ligue des familles portait sur l’impact budgétaire de la défédéralisation des allocations familiales. "Êtes-vous bien sûr que le transfert des allocations vers la Wallonie et Bruxelles ne va pas être défavorable aux francophones, ce qui conduira à disposer au final de moins de moyens à redistribuer aux parents ?" Notre service d’études s’est penché sur la question. Les francophones pourraient y perdre jusqu’à 50 à 70 millions d’euros si l’on n’utilise pas les bonnes clés de répartition. Les responsables politiques nous ont répondu à peu près unanimement : "Ne vous inquiétez pas". Mais, dans le même temps, comme les explications techniques variaient de l’un à l’autre, pour tout dire, ils ne nous ont pas vraiment rassurés. La Ligue des familles ne peut baisser la garde sur ce sujet. C’est notre job de porte-voix des parents. Nous restons bien entendu "en mode vigilance".

 

Le deuxième message de la Ligue des familles portait sur les opportunités que représente la défédéralisation des allocations familiales. "C’est un moment historique à saisir pour repenser le système pour faire mieux !" Nous aurions pu ajouter : "Et faire plus", aurions-nous pu ajouter. Mais nous avons préféré concentrer notre message sur le mieux parce que nous connaissons la situation économique et budgétaire qui plombe l’atmosphère. Pour la Ligue des familles, il faut que les allocations familiales deviennent le droit de chaque enfant et un soutien à tous les parents dans leur diversité. C’est pour cela que nous plaidons pour une allocation universelle pour chaque enfant (de l’ordre de 160€). Ce serait une très belle avancée pour les jeunes parents qui accueillent un premier enfant. Pour la Ligue des familles, il faut aussi que les allocations familiales renforcent la lutte contre la pauvreté infantile. Notre mouvement de citoyenparents défend des valeurs de justice sociale et de solidarité. Nous pensons qu’il y a là deux objectifs prioritaires pour les familles à faibles revenus : être attentif au risque de pauvreté des familles monoparentales et tenir compte des particularités des familles nombreuses. En plus d’une allocation familiale universelle, nous plaidons pour un supplément significatif pour les familles monoparentales à faibles revenus et un autre supplément consistant (et cumulable) pour les familles nombreuses à faibles revenus. Et nous maintenons les suppléments pour les enfants handicapés et les enfants orphelins.

 

Ce deuxième message a-t-il eu un écho auprès des responsables politiques ? Clairement oui. D’abord, nous avons pris les compliments sans bouder notre fierté. "Bravo pour la qualité de vos travaux de réflexion. Ils sont utiles au débat démocratique". Ensuite, nous avons pris acte de leurs engagements vis-à-vis de notre mouvement : "Oui, la Ligue des familles doit continuer à être un acteur impliqué dans la gestion future des allocations familiales". Enfin, nous nous doutions bien que l’on n’aurait pas une réponse ferme et définitive sur nos propositions. Mais ils n’ont pas rejeté nos propositions d’un revers de la main. Loin de là. Ils sont conscients que les modèles familiaux ont évolué et bousculent une vision traditionnelle de la famille. Ils voient bien que lier les allocations familiales au statut socioprofessionnel des parents est une exception belge qui va devenir obsolète. Ils perçoivent que faire la différence entre un 1er, un 2e et un 3e enfant ne correspond pas à la réalité du coût des enfants. Ils sont sensibles à la nécessité de ne pas lâcher les familles monoparentales et les familles nombreuses. Autant d’éléments qui accréditent les premiers jets de propositions de la Ligue des familles.

 

Cela dit, on sent bien que la tête des responsables politiques était un peu ailleurs. Trois raisons :

1. Le contexte budgétaire global.

2. La mise en place d’une nouvelle Belgique. Plusieurs d’entre eux ont utilisé la même expression : "Nous entrons dans un autre monde".

3. Le souci légitime d’organiser une transition non chaotique entre l’actuel et le futur système des allocations familiales. C’est tout à leur honneur mais cela en dit long sur le pilotage à vue et dans le brouillard de la réforme de l’État.

 

Prochaine étape dans ce débat sur les allocations familiales ? Elle est toute proche pour la Ligue des familles. Le jeudi 22 mars 2012, nous organisons notre Université de printemps sur le futur des allocations familiales en Wallonie et à Bruxelles. Avec l’objectif de faire mieux.

 

Denis Lambert,

Directeur général de la Ligue des familles

 

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