Crèches. Ne dites plus 33

26 mars 2012


Revenons sur notre enquête concernant les solutions d’accueil pour les tout-petits. Bien entendu, tout le monde finit par trouver une solution pour garder ou faire garder son enfant de 0 à 3 ans. On ne va tout de même pas laisser son enfant seul ! Mais ces chiffres interpellent : 4 parents sur 10 n’ont pas trouvé la solution qui avait leur préférence. Un tiers de ces parents auraient voulu une place pour leur enfant dans une structure d’accueil collectif. Voilà qui en dit long sur le manque de places.

 

Une structure d’accueil collective (une crèche, une gardienne…) est un espace d’éveil et de socialisation stimulant pour le développement de l’enfant. L’intérêt de la formule réside dans la complémentarité du rôle des parents - irremplaçables -, de l’apport d’autres adultes - professionnels - avec la présence d’autres enfants. Les parents qui n’ont pu trouver de place dans une structure d’accueil collectif sont privés de choix. Regrettable !

 

Tous les enfants ne partent pas avec les mêmes chances dans la vie. La pauvreté infantile est une réalité où se conjuguent les inégalités de ressources matérielles et de bagages culturels. L’apprentissage des mots et du langage, par exemple, qui se joue très tôt, sera très différent d’une famille à une autre. Les structures d’accueil collectives, puis l’école maternelle sont des terreaux très fertiles d’inclusion sociale. Toutes les inégalités qui n’ont pas été corrigées à la source se démultiplieront par la suite en échecs lors du parcours scolaire. Absurde !

 

Comment avoir un emploi, en chercher un ou le conserver sans avoir trouvé une solution pour la garde de son enfant ? Interrompre ou adapter sa carrière pour élever ses enfants est un choix parfaitement louable et compréhensible. Mais on quitte le pays des merveilles ou des Bisounours quand le retour à la maison, très majoritairement pour les femmes, n’est pas réellement un choix mais une contrainte ou une imposition faute de solutions d’accueil. Le manque de places = galère pour les jeunes parents = danger pour l’indépendance économique des femmes = angoisse pour le parent qui vit seul = illogisme économique ! Le manque de places découle du manque de moyens budgétaires des pouvoirs publics. Améliorer les finances publiques passe par un niveau d’emplois plus élevé. Et pour permettre à plus de parents de travailler, il faudrait plus de places.

 

Un État qui investit dans les politiques d’accueil de l’enfance de qualité (fonctions éducatives, inclusion sociale, soutien à l’emploi) peut espérer un retour sur investissement équivalent à plusieurs fois le capital investi.

 

Le sous-financement ne trouve aucune justification, pas même économique. Pour les moins de 3 ans, la Belgique est tenue de respecter, à travers ses Communautés, un taux de couverture de 33%. Ce taux exprime le rapport entre le nombre de places disponibles et le nombre total d’enfants susceptibles d’être accueillis. Il est, dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, de 27,7%. Il y a deux manières d’exprimer les revendications de la Ligue des familles. Côté offre, l’objectif officiel et global des 33% doit être rapidement rencontré et affiné région par région. Que toutes les entités fédérées s’y mettent, surtout à Bruxelles, pour avancer avec des résultats. Que les communes s’y mettent. Voilà un bon sujet pour la campagne des élections communales. Nous ne manquerons pas de titiller les candidats sur ce sujet. Côté demande, celle des parents, notre revendication est exprimée de manière plus radicale : un droit de l’enfant rencontré à 100%.

 

La qualité de l’accueil des tout-petits est reconnue. L’enquête a permis de connaître l’appréciation des parents sur la qualité de l’accueil : autour de 8 sur 10. La confiance est au rendez-vous et il faut saluer la qualité du travail réalisé par le personnel des crèches ou par les accueillantes dont le statut reste trop précaire. Cette belle note de 8 sur 10 ne peut malheureusement pas occulter trois autres chiffres clés de l’enquête: 17% des parents n’ont pas trouvé de place dans une structure d’accueil collective ; 15% des parents n’ont pas trouvé de solution d’accueil pour des raisons financières ; 30% des familles monoparentales n’ont pas trouvé la solution souhaitée pour des raisons de distance géographique.

Pour la Ligue des familles, ces chiffres sonnent la mobilisation. Pas de place pour le manque de places. Des solutions pour chaque parent.

 

Denis Lambert,

Directeur général de la Ligue des familles.

 

 

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