Les crèches, ça passe par ma commune (II)

25 avril 2012


Deuxième volet de la campagne de la Ligue des familles à la veille des élections communales, les crèches. Dans l’édition précédente du Ligueur, parue le 22 avril, nous avions présenté les revendications de notre mouvement dans le domaine du logement. Cette fois, notre petit train citoyen prend la direction de l’accueil de la petite enfance. Va-t-il trouver assez de places ?


Évaluer les besoins

À l’échelle de la Wallonie et de Bruxelles, le constat est clair. Pour les moins de 3 ans, le Belgique est tenue de respecter un taux de couverture de 33%. Ce taux exprime le rapport entre le nombre de places disponibles et le nombre total d’enfants susceptibles d’être accueillis. Il est de 27,7%. Voilà pour l’évaluation côté offre. Côté demande, nous devons marteler sans cesse sur les résultats tirés de l’enquête citoyenne de la Ligue des familles. Pardon pour la répétition : 4 parents sur 10 n’ont pas trouvé la solution qui avait leur préférence. Un tiers de ces parents auraient voulu une place pour leur enfant dans une structure d’accueil collectif. Qu’en est-il au niveau communal ? Les données sur l’offre de places d’accueil existent commune par commune. Nous allons bien entendu les indiquer dans les guides de voyage du petit train citoyen. Ces chiffres doivent être au cœur de la campagne électorale. Mais ils ne sont qu’un point de vue sur la réalité. Dans les communes, il n’existe quasiment pas d’outils pour évaluer la demande réelle des parents. Combien de places sont nécessaires ? Quels sont les véritables besoins pour un accueil flexible (horaires particuliers…) ? Où faut-il implanter les crèches dans la commune (on en revient à la question de l’aménagement du territoire) ? Quelles collaborations avec les communes environnantes pour coller au mieux au bassin de vie ?


Nos revendications

  • Évaluer les besoins par une enquête auprès des parents afin d’avoir une véritable vue des besoins de la commune en place d’accueil. La concertation communale permet la remise à l’ONE d’un avis sur l’adéquation de l’offre de services à la petite enfance en rapport avec les besoins de la population. Elle peut aussi remettre un avis sur toutes les questions relatives à la petite enfance.
  • Veiller à une bonne information des citoyens sur l’offre de services en matière d’accueil des enfants.


Impulser, évaluer et coordonner

En matière d’accueil de la petite enfance, iI y a des communes dynamiques et d’autres pas. D’où l’importance d’une mobilisation citoyenne pour que chaque commune rassemble de manière volontariste les ressources nécessaires pour avancer. C’est vrai que la création de places d’accueil relève malheureusement du parcours du combattant pour dégager un budget communal, obtenir les subsides à la Région pour les infrastructures, obtenir les subsides à l’ONE pour le personnel et le fonctionnement, répondre aux exigences de normes. Tout cela devrait être simplifié. Mais cela ne peut être le prétexte pour s’installer dans une attitude de passivité, de suivisme ou de gestion à la petite semaine. La politique d’accueil de la petite enfance à l’échelle communale demande une vision, une volonté, des objectifs, une direction, un moteur, de l’énergie. Au final, des résultats à évaluer.


Nos revendications

  • Établir un plan d’action ambitieux, mesurable, réaliste, déterminé dans le temps.
  • Soutenir les milieux d’accueil : crèches, prégardiennats, maisons communales de l’accueil.
  • Coordonner les acteurs impliqués dans la commune pour mobiliser les ressources : agrément et subventionnement par l’ONE, financement de places d’accueil supplémentaires via le plan Cigogne, financement des infrastructures et emplois par la Région. Mettre à disposition des locaux, prêter du matériel. La commune peut aussi financer, en tout ou en partie, les travaux d’aménagement indispensables chez les accueillantes à domicile pour être en conformité avec les normes.
  • Initier la création de milieux d’accueil. La commune peut devenir un pouvoir organisateur, soit directement, soit par l’intermédiaire d’une asbl communale, d’une intercommunale ou encore en partenariat avec le CPAS.


Assouplir

L’accueil des enfants relève principalement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui a confié à l’ONE la gestion de l’accueil régulier des enfants de 0 à 12 ans. Cela signifie que l’accueil régulier ne peut s’organiser sans se déclarer préalablement à l’ONE et sans se conformer au Code de qualité. Notre enquête citoyenne a permis de connaître l’appréciation des parents sur la qualité de l’accueil : autour de 8 sur 10. La confiance est au rendez-vous et c’est très bien ainsi. Les normes de qualité pédagogique doivent être préservées. En revanche, nous plaidons pour que l’on assouplisse les normes techniques et matérielles. L’approche de l’ONE dans ce domaine est trop normative. Les acteurs de terrain ont plus besoin de soutien valorisant et de facilités effectives que de contrôles tatillons et de rapports administratifs envahissants. Il faut passer à une culture d’objectifs qui responsabilise les acteurs. La première norme de qualité d’une crèche, c’est d’exister ! Nous avons un questionnement similaire pour les clés de subsides pour les places d’accueil. Comment ne pas pénaliser les crèches qui accueillent des enfants dont la présence est irrégulière ? Et surtout, comment ne pas pénaliser les milieux qui accueillent des enfants de parents à faible revenu, en difficulté pour payer leur contribution ? Nous refusons toute logique qui conduit toujours plus à transformer les structures d’accueil de la petite enfance en marché compétitif avec priorité à ceux qui ont les moyens. Le vivre-ensemble de nos enfants vaut mieux que cela.
 
Denis Lambert,

Directeur général de la Ligue des familles

 

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