La solidarité, ça passe par ma commune (IV)

23 mai 2012


Quatrième et dernier volet de la campagne de la Ligue des familles à la veille des élections communales : la solidarité. Dans les trois éditions précédentes du Ligueur, nous avions présenté les revendications de notre mouvement dans le domaine du logement (le 11 avril), de l’accueil de la petite enfance (le 25 avril) et de l’école (le 9 mai). À bord de notre Petit train citoyen, nous fonçons tous droits humains, faisant halte aux injustices en ayant choisi l’itinéraire des solidarités. Parce que notre commune, ce n’est pas le bout du monde.

Gouttes d’eau, grain de sable et gouttes d’huile

Malgré les apparences de la mondialisation, les inégalités Nord-Sud n’ont jamais été aussi importantes. La croissance économique spectaculaire de certains pays émergents cache une réalité insoutenable. Dans le monde, un enfant meurt de faim toutes les 5 secondes et de diarrhée toutes les dix-sept secondes, une personne sur trois a des carences en micronutriments, une personne sur quatre vit avec moins d’un euro par jour, une personne sur trois n’a pas accès à l’eau potable, une personnes sur trois n’a pas accès à l’assainissement.

Les migrations dues aux changements climatiques vont s’intensifier drastiquement dans les années à venir si rien n’est fait pour réduire les émissions de CO2. Relisez une nouvelle fois ces quelques lignes et cherchez à y mettre des visages. L’exercice est paralysant. Un sentiment de culpabilité nous envahit, nous qui avons la chance de vivre dans un pays riche, avec nos problèmes de riches.

Mais la culpabilité n’est pas un bon moteur pour l’action. Mieux vaut la solidarité. Définition de ce beau mot. La solidarité, ce sont des gouttes d’eau bien dérisoires dans l’océan d’injustice. Mais ce sont des gouttes d’eau bien rafraîchissantes pour celles et ceux qui ont soif d’un autre monde.

Ces gouttes d’eau peuvent être aussi des grains de sable à mettre dans les rouages de la machine d’un système économique et financier qui broie des êtres humains et saccage notre planète. À moins que la solidarité ne soit aussi la petite goutte d’huile qui vienne pimenter, assaisonner, relever les ingrédients des relations entre groupes humains.

Huiles communales

Nous avons besoin d’huile communale, entendez besoin d’actions concrètes Nord-Sud au niveau de chaque commune, pour permettre de développer des relations internationales entre des groupes de citoyens du Nord et du Sud qui coopèrent. Avec du concret et des moyens pour engager des projets dans un esprit de partenariat. C’est pour cela que nous avons besoin des "huiles communales", de toutes les forces démocratiques de la commune, bourgmestre, échevins, conseillers communaux, administration et, bien entendu, chaque citoyen pour aller vers des projets concrets. Ne croyez pas que la commune est sans ressource pour agir.

Levier n°1 : Montrer l’exemple. Une commune qui soutient des projets de coopération internationale combat un argument qu’il faut refuser comme la peste : "D’abord aider les pauvres chez nous". Un argument qui est souvent le paravent de ceux qui ne veulent ni aider les pauvres de chez nous ni les pauvres d’ailleurs. Un argument, quand il est sincère, qui se trompe d’approche. Ne pas opposer les pauvres d’ici et d’ailleurs, plutôt construire un modèle de développement qui offre à tous la possibilité de vivre dans la dignité. En démocratie, les symboles ont leur importance.

Levier n° 2 : Utiliser son pouvoir économique. Les communes ont un pouvoir d’achat, surtout si l’on prend en compte tous les acteurs : les élus, l’administration, le CPAS, les écoles communales, des asbl dépendantes… Par les volumes d’achats qu’ils représentent, les marchés publics donnent l’occasion aux communes d’agir en direct en faveur de modes de production équitables et socialement responsables. Il y a là une palette de choix positifs possibles :

  • Opter pour des produits du commerce équitable, les produits Oxfam ou Max Havelaar ; mieux, obtenir un commerce équitable en mobilisant les forces économiques de la commune.
  • Intégrer des critères de respect des droits des travailleurs dans les cahiers des charges des marchés publics. L’asbl Action Consommateurs Travailleurs - achACT - est à la disposition des communes pour les aider à rédiger ces cahiers des charges et à trouver les fournisseurs qui répondent à ces critères.
  • Soutenir les entreprises d’économies sociales de la commune ou de la Région.
  • Valoriser les producteurs de la région qui s’inscrivent dans un tissu économique local proposant des produits de qualité. Pensons aux produits de l’agriculture paysanne et/ou biologique.

Une nouvelle fois, dans ce domaine des achats, il ne s’agit pas d’opposer producteurs du Nord et producteurs du Sud. Il s’agit de donner un coup de pouce à des projets économiques qui correspondent à des options de développement durable, social et solidaire.

 

Levier n°3 : Informer les citoyens. Les outils sont nombreux et divers : le bulletin communal, le centre culturel, la sensibilisation dans les écoles, les commissions consultatives, un échevinat de la solidarité et des droits humains… chaque commune peut être un poumon d’information pour toute initiative de solidarité et pour tous les cris contre les injustices que portent de nombreuses associations. Reste à se montrer volontariste.

 

"La solidarité est la tendresse des peuples", écrivait le poète nicaraguayen Thomas Borge.

 

Denis Lambert,

Directeur général de la Ligue des familles

 

a