Être ou ne pas naître

10 octobre 2012


Le contrôle des naissances a fait une irruption intempestive dans les débats de la campagne pour les élections communales. C’est l’actuel bourgmestre de Bruxelles qui a lancé cette provocation en guise de réponse à la croissance démographique qui s’annonce dans la région bruxelloise et face à laquelle les responsables semblent désemparés et impréparés.

 

Passons sur le fait que ce n’est évidemment pas à l’échelle communale que l’on pourrait mettre en place une politique de contrôle des naissances. Plus fondamentalement, ce qui est en jeu est la réaffirmation d’un principe : faire le choix d’avoir un ou plusieurs enfants est un droit fondamental. Fort heureusement, ce principe est partagé par une écrasante majorité de responsables politiques et de citoyens.

Le dérapage (in)contrôlé du bourgmestre de Bruxelles, monsieur Thielemans, n’ébranle pas le consensus autour du droit d’avoir un ou plusieurs enfants : il interroge sur la réalité du boom démographique dans la Région de Bruxelles-Capitale. Mais il y a erreur de diagnostic. Le boom démographique est la résultante de plusieurs facteurs qui se combinent : le vieillissement de la population, l’arrivée de citoyens d’origine étrangère et la progression de la natalité, le tout sur fond d’appauvrissement de la population dans la mesure où la classe moyenne a tendance à quitter la région de Bruxelles.

Il manque de logements de qualité, il manque de logements à des prix abordables, y compris pour la classe moyenne, il manque de crèches, il manque d’écoles primaires et secondaires, il manquera ensuite d’écoles supérieures. Les problèmes de mobilité ne cessent de se compliquer. Cette liste des problèmes, non exhaustive, laisserait supposer que l’arrivée de nouveaux habitants, plus jeunes, est un handicap pour une ville-région.

 

Donner des racines et des ailes

À la Ligue des familles, nous pensons exactement l’inverse. Le rajeunissement d’une ville, sa diversité sociale et culturelle, la présence de quatre - et même cinq ! - générations est une incroyable opportunité qu’il faut saisir pour traduire tout cela dans une dynamique de croissance et de rayonnement économique basés sur des investissements socialement actifs. Ce qui est vrai pour l’Europe face à un monde multipolaire en pleine révolution l’est aussi pour une ville d’Europe, a fortiori sa capitale. C’est possible à condition de développer une vision à vingt-cinq ans avec une volonté et une cohérence et de ne pas accepter que Bruxelles soit asphyxiée dans un schéma institutionnel étriqué, notre mal belge.

Soutenir une telle vision ne signifie pas pour autant que la Ligue des familles est favorable à une politique nataliste. Nous partons d’un autre point de vue. Le choix d’avoir ou non des enfants, un ou plusieurs enfants, est un choix individuel qu’il faut respecter. Et les parents doivent pouvoir être soutenus par la société pour élever leur(s) enfant(s) : ils ont besoin de ressources financières, ils ont besoin de temps, ils ont besoin de services collectifs. Ces trois éléments fondent une politique de soutien à la parentalité, à ne pas confondre avec une politique nataliste.

 

L’avenir est au futur

Campagne électorale oblige, dans la foulée, un autre bourgmestre, celui d’Etterbeek, y est allé d’un nouveau brûlot. Il propose un autre système pour les allocations familiales, basé sur un principe de dégressivité en fonction du rang de l’enfant. Les familles nombreuses devraient recevoir moins d’allocations familiales. Passons encore une fois sur le fait que la politique des allocations familiales n’a rien à faire dans un débat à l’échelon communal. Passons aussi sur la médiocrité de l’effet de manche qui laisserait penser que l’on fait des enfants pour avoir des allocations familiales, avec un sous-entendu insupportable : « Les étrangers et les pauvres font des enfants pour avoir des allocations familiales. »

La défédéralisation des allocations familiales a été décidée dans le cadre de la sixième réforme de l’État. Reste à mettre en œuvre cette décision prise dans le cadre du plan de sauvetage de la Belgique. À la Ligue des familles, nous n’avons jamais cessé de dénoncer le fait que l’on allait défédéraliser les allocations familiales sans connaître les orientations sur le pourquoi et le comment d’une politique de soutien aux parents en Wallonie et Bruxelles.

Peut-être ce débat va-t-il enfin surgir de nulle part après l’échéance des élections communales ? Nous sommes prêts, à la Ligue des familles, à y contribuer. Notre revendication est claire et crédible : 160 € pour chaque enfant. On ne tient plus compte du rang de l’enfant et de la situation socioprofessionnelle des parents. Un supplément de 50 € pour les familles monoparentales à faibles revenus. Un supplément pour les familles nombreuses à faibles revenus. Sans oublier un même système en Wallonie et à Bruxelles malgré les subtilités qui découlent de compromis institutionnels.

La Ligue des familles a étayé, argumenté, chiffré ces propositions. Nous sommes prêts à participer à un débat démocratique sur le futur des allocations familiales qui tiennent compte de la réalité des familles dans leur mobilité et leur diversité.

 

Denis Lambert,

Directeur général de la Ligue des familles

 

a