Cuisine d'automne

19 octobre 2012


C’est quand même gai, un dimanche d’élections communales. Après le petit déjeuner, en route vers l’école des enfants pour aller voter. Comme il fait beau, on décide d’y aller à pied. Sur le chemin, on croise plein de monde qui va au même endroit pour faire son devoir. Et on se dit bonjour : bises pour les amis, petits signes pour les voisins de la rue et regards pour les autres déjà vus quelque part. La démocratie a du bon.

 

Pendre les jeunes de 14 ans à un crochet

Les sanctions administratives communales sont prévues pour faire face à des comportements ou des petites infractions qui, isolément, sont d'une gravité réduite, mais dont la multiplication peut être génératrice de nuisances considérables. Le 5 octobre 2012, le gouvernement fédéral a décidé d’abaisser l’âge minimal pour les sanctions administratives communales de 16 à 14 ans.

Le délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos, a mené une enquête auprès de 191 communes wallonnes et bruxelloises qui montre que, de manière générale, les sanctions administratives communales ont été utilisées de manière très limitée pour les jeunes de plus de 16 ans.

  • Près de sept communes sur dix (67,5 %) appliquent effectivement des sanctions administratives communales. Une sur huit (16 %) n'y a pas recours.
  • Une large majorité des communes sondées (71 %) ne sanctionne pas les mineurs de 16 à 18 ans.
  • Dans les 50 communes qui sanctionnent, le nombre de procédures enclenchées entre 2009 et 2011 a été marginal : entre une et cinq procédures en trois ans pour 40 communes.
  • Au total, l'enquête fait état de 349 mesures effectivement prises en trois ans à l'égard des 16-18 ans.

 

Fallait-il abaisser l’âge minimal pour les sanctions administratives communales à 14 ans ?

Oui, il peut exister des cas de jeunes qui posent problème et pour lesquels il faut impérativement agir. Mais c’est la mission des juges de la jeunesse qui sont formés pour cela et qui agissent dans un cadre judiciaire qui offre des garanties d’impartialité. La solution est là.

 

Non, il n’existe pas de données sérieuses et établies qui démontrent par les faits la nécessité d’abaisser l’âge minimal pour les sanctions administratives communales. Il n’est pas sûr que l’efficacité des sanctions administratives communales soit avérée pour les jeunes de plus de 16 ans. Qui paie les amendes ? Les parents qui sont déjà en grande difficulté et qui s’y enfoncent encore un peu plus !

 

Non, il n’est pas acceptable de prendre des mesures d’esbroufe, annoncées à la Sarkozy à grand renfort de musculation électorale et sécuritaire, qui n’ont de portée réelle que d’affaiblir l’État de droit qu’est la Belgique. Stigmatiser les jeunes, c’est en fait montrer son impuissance.

 

Oui, il y a des jeunes de plus en plus nombreux qui expriment une souffrance que révèlent des enjeux sociaux sous-jacents : chômage des jeunes, absentéisme scolaire, abandon scolaire.

 

Face aux incivilités de certains jeunes, loin de nous l’idée d’opposer la prévention aux sanctions et réparations. À condition de mettre des mesures justes et efficaces dans les trois paniers. Pas des chimères sécuritaires.

 

Mettre la famille dans un frigo ou à la poubelle

En Europe, chaque citoyen jette en moyenne 179 kg de nourriture par an. Dans le monde, selon la FAO, un tiers des aliments produits est gaspillé.

La faute aux grandes multinationales agro-alimentaires qui ont standardisé nos appétits de consommateurs sur des produits tout aussi aseptisés et qui ont étranglé des agriculteurs dans une logique productiviste. La honte sur la grande distribution qui préfère préserver ses marges et détruire des produits plutôt que créer un deuxième circuit de distribution pour les plus démunis.

Comment changer tout cela ? Je vous livre une recette. Mettre le nez de la famille dans le frigo ou dans la poubelle. Prendre le temps d’analyser le contenu de tout ce qui s’y trouve. Ensuite, mitonner ensemble un bon plat pour réduire les 179 kg. Déguster et partager.

 

Passer à table

À Anvers, la plus grande ville de Belgique (pardon, la plus grande ville de Flandre !), la NV-A récolte un triomphe à faire enfler la tête de Bart de Wever qui avait pourtant maigri. Pour l’ensemble de la Flandre, la vague nationaliste a également déferlé même si le tsunami annoncé a été contenu. Pour le reste du monde, entendez la Wallonie et Bruxelles, tout le monde a gagné. Les majorités se sont ensuite faites et défaites. La démocratie a donc parlé.

Dans ce contexte, chacun s’interroge sur les prochaines élections de 2014. La Belgique va-t-elle tenir face à la vague nationaliste et populiste qui déferle sur la Flandre ? La mise en œuvre de la sixième réforme de l’État par le gouvernement Di Rupo sera-t-elle suffisante et arrivera-t-elle à temps pour canaliser les exigences de confédéralisme qui s’expriment en Flandre ? Le tout, sur fond de crise économique et financière qui est quand même plus déterminante pour l’avenir de chacun d’entre nous que le sort de BHV.

Le mieux à faire pour les Wallons et Bruxellois est de ne pas se laisser entraîner dans le piège de la peur et de l’immobilisme. La Wallonie et Bruxelles doivent avoir confiance en leur capacité de créer des richesses, d’assumer leur place dans une Belgique rafraîchie. Il est indispensable pour cela de se fixer des objectifs clairs et partagés entre partis politiques, partenaires sociaux, monde associatif. Il est temps de passer à table.

 

Denis Lambert,

Directeur général

 

 

 

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