Le retour des cigognes

6 février 2013


Le ministre de la Petite Enfance, Jean-Marc Nollet, a annoncé la création de 16 000 places d’accueil de la petite enfance pour les dix prochaines années. C’est le plan Cigogne III. Première réaction de la Ligue des familles : « On prend ! ». Comment ne pas saluer un investissement public dans un service collectif de soutien à la parentalité ?

Mais, à y regarder de plus près, il n’y a pas de quoi faire des bonds au plafond. Si l’on tient le cap d’une programmation qui rencontre l'objectif du droit de l'enfant et de 100 % de satisfaction des besoins des parents, ce n’est pas 16 000 places qu’il faudrait créer mais bien 40 000 ! Ce chiffre ne vient pas de nulle part. Si l’on tient compte que 65 % des parents ont besoin régulièrement d'une place (lire à ce propos le Ligueur du 14 mars 2012 qui publiait les résultats de notre enquête auprès des parents), si l’on tient compte qu'une place peut être occupée par plus d'un enfant et si l’on tient compte de l’évolution démographique (surtout à Bruxelles), le besoin total de places est d’environ 77 600 places. En déduisant les places déjà existantes, on arrive au chiffre de 40 000 places, soit 4 000 par an.

Bien entendu, tout cela a un coût. Une place d’accueil coûte environ 7 000 euros par an à la collectivité. Et c’est là que l’ambition de créer suffisamment de places pour répondre à la demande de tous les parents vient buter sur les réalités budgétaires et les difficultés financières. À la Ligue des familles, nous proposons de retourner l’argument : combien coûte la non-création d’une place d’accueil à la collectivité ?

Un accueil préscolaire de qualité est un outil essentiel de prévention. L'action de lutte contre les inégalités sociales est efficace lorsqu'elle offre, le plus tôt possible, les mêmes conditions de développement pour chaque enfant. Ne pas investir dans les crèches coûtera plus cher à la collectivité en termes d’échec scolaire. Même si comparaison n’est pas raison, osons un rapprochement. En 2010, la Fédération Wallonie-Bruxelles a dépensé 109,2 millions d'euros pour l’accueil de la petite enfance et 365 millions pour le redoublement des élèves.

Un accueil préscolaire de qualité est également un outil de mixité socioéconomique et culturelle et la fréquentation d'un milieu d'accueil est un vecteur d’intégration sociale. Un accueil de qualité est également un instrument de lutte contre la pauvreté infantile. Ne pas investir dans les crèches coûtera très cher à la collectivité pour maintenir de la cohésion sociale.

La politique d’accueil de la petite enfance a une fonction économique. Des emplois sont créés pour les travailleurs du secteur. Mais surtout, davantage de parents peuvent être disponibles sur le marché de l’emploi parce qu’ils ont une solution de garde. Impossible d’augmenter le taux d’employabilité sans augmenter le nombre de places d’accueil. Davantage de personnes sur le marché de l’emploi créent du pouvoir d’achat et de la contribution à l’impôt.

Quand on vous parle de crèches, ne dites plus dépenses, mais retour sur investissement.

Denis Lambert,

directeur général de la Ligue des familles