Ouvrir le dialogue avec nos enfants et nos ados

19 mars 2013


L’image qui est souvent véhiculée par les grands médias quand il s’agit des jeunes est soit celle de l’enfant en danger à protéger, soit celle de l’adolescent en crise, mal dans sa peau ou qui commet des incivilités… On parle beaucoup moins souvent des jeunes comme citoyens et comme acteurs dans la cité.

On a parlé cette dernière semaine dans nos médias, de mamans adolescentes en grande difficulté avec leur bébé, d’enfants qui ont trouvé la mort dans un accident de la circulation, de bébés assassinés par un jeune forcené dans une crèche, des risques de la drague via Facebook, du viol et du meurtre d’une jeune fille par un garçon à peine plus âgé…

 

La jeunesse : le temps de tous les dangers ?

L’accumulation de ces faits divers renvoie aux enfants et aux jeunes l’image d’un monde dangereux et hostile à leur égard ainsi qu’un miroir déformé de leur propre identité. Les parents sont parfois pris dans une spirale de peurs : peur qu’il « arrive quelque chose » à leur enfant, peur « qu’il tourne mal »… Le dialogue entre les jeunes et leurs parents est dès lors parasité par ces représentations d’un danger omniprésent.

Pourtant, la majorité des jeunes se définissent comme heureux et en bonne santé comme nous le rappelle à point nommé l’étude menée auprès de 10 000 jeunes par l’ULB (Lire Le Soir du 11 mars 2013).

Si des enfants et des jeunes vivent de réelles difficultés, celles-ci sont le plus souvent d’ordre social et économique : précarité des familles, difficulté de trouver un logement, de décrocher ou de conserver un emploi, de se créer un réseau social soutenant.

 

Les jeunes sont des citoyens comme nous !

Sans nier l’importance d’un travail de prévention par rapport à des questions liées à la sexualité, aux addictions, aux conduites à risques, à la violence, au décrochage scolaire, etc., il est peut-être bon de se rappeler que la jeunesse ne peut être réduite à ces problèmes, que les jeunes ont une vie culturelle et sociale et sont des acteurs à part entière de notre société. Certains fréquentent des mouvements de jeunesse, des clubs et associations de tous ordres. Ils et elles créent aussi des groupes de pairs autour d’intérêts communs, se retrouvent dans la rue, dans les parcs pour jouer, faire du sport, lier des amitiés qui constitueront la base solide d’un réseau d’entraide et d’intercompréhension.

Bien souvent, la manière dont les jeunes se retrouvent et créent des projets qui leur sont propres n’est pas comprise des adultes. Les jeunes sont vite suspectés de fomenter des « mauvais coups « quand ils n’occupent pas les endroits qui leur sont explicitement dédiés et de la façon attendue par les adultes. Il est interpellant de constater que c’est souvent la logique de répression ou de surveillance qui prend le pas sur une logique de soutien aux initiatives prises par les jeunes.

La participation des jeunes aux décisions qui les concernent en termes d’offre culturelle et sportive, de mobilité, d’aménagement du territoire, d’insertion sociale, etc., est finalement peu sollicitée même si de bonnes pratiques existent (comme les conseils communaux d’enfants et de jeunes). On entend peu les jeunes dans les médias et des émissions comme Quand les jeunes s’en mêlent ne sont malheureusement plus programmées sur les grandes chaînes (D’autres initiatives, comme En ligne directe sont intéressantes mais cantonnées au web).

Pourtant, ils et elles ont des idées, des projets, des analyses à partager. Les enfants et les jeunes ont des choses à nous apprendre. Ainsi la Fédération des maisons de jeunes lance une campagne sur le thème des « communes jeunes admis » (www.communejeunesadmis.be).

Cette campagne peut être mise en lien avec des initiatives comme les « villes amies des enfants » de l’Unicef ou le réseau des villes éducatrices (www.villesamiesdesenfants.com). Autant de démarches qui reconnaissent l’enfant et le jeune comme acteurs à part entière dans la vie de leur quartier, de leur ville, de leur école…

 

Et les parents dans tout cela ?

Le regard que nous portons sur nos enfants et nos jeunes est partiellement conditionné par les messages médiatiques auxquels nous sommes exposés. Trier ceux-ci, couper parfois la télévision et la radio qui ressassent pour la centième fois le même fait divers pour écouter ce que nos enfants ont à nous dire, là maintenant, sur leur vie, leurs amitiés, leurs envies, leurs peurs et leurs enthousiasmes peut être un geste salutaire. Prendre du recul par rapport à l’exigence de performance scolaire pour permettre aux jeunes de s’épanouir dans d’autres champs de la vie en société peut également s’avérer judicieux.

Partager avec d’autres parents ses craintes, ses émerveillements et ses interrogations sur ces proches qui nous sont parfois si étrangers peut ouvrir des portes.

Un mouvement comme la Ligue des familles sert à cela aussi : à échanger entre parents pour découvrir de nouvelles manières de voir et de dialoguer avec ses enfants-citoyens !

Un mouvement comme le nôtre doit aussi contribuer à donner une autre image et une autre place à nos enfants et nos jeunes dans la société d’aujourd’hui et de demain.

 

Anne-Marie Dieu,

Vice-présidente du Conseil d’Administration