L’accueil temps libre : un enjeu social

15 mai 2013


Les vacances d’été approchent à grands pas. Comme chaque année, le calendrier des congés des enfants et des parents n’est pas superposable. Dix à douze semaines de congé pour les uns contre une à quatre pour les autres. Il va falloir jongler entre les grands-parents (peut-être), le congé parental (parfois), les stages, les plaines de jeux, les camps (souvent)… Et donc se tourner vers ce qu’on appelle l’accueil temps libre.

 

La qualité et la quantité d’offres pour aider les parents à « boucher les trous » intelligemment s’améliorent au fil du temps. Beaucoup d’associations tentent d’être accessibles à tous en modulant leurs prix, mais trois, quatre ou six semaines de stage multipliées par le nombre d’enfants, cela fait un sérieux trou dans le budget familial. Pourtant, au-delà de sa nécessité en termes de conciliation des temps, l’accueil temps libre est un enjeu en termes de bien-être et d’éducation des enfants, mais aussi de justice sociale.

 

Justice sociale

Une étude de l’Observatoire français des vacances et des loisirs révèle que 25 % des enfants de 5 à 19 ans ne partiront pas en vacances cette année. Après une augmentation continue depuis 1965, année de la première enquête de l’Insee sur le sujet, l’accès aux vacances des enfants et des jeunes ne progresse plus depuis 2004. De plus, un accroissement des inégalités économiques est observé : le taux des départs des enfants des familles les moins aisées a chuté de neuf points entre 2004 et 2011.

En Belgique, 23 % des enfants de moins de 18 ans sont en danger de pauvreté ou d’exclusion sociale. L’offre de l’accueil temps libre est donc non seulement indispensable pour tous les enfants dont les parents travaillent, mais aussi pour tous les enfants dont les parents ne sont pas en mesure de leur offrir des vacances.

Par ailleurs, au sein des clubs, plaines et camps, les enfants s’initient à différentes disciplines sportives et artistiques, bougent, rencontrent d’autres enfants, apprennent de manière ludique et différente qu’à l’école… Même quand papa ou maman est à la maison, passer une ou deux semaines dans ce type de lieu leur ouvre le monde et leur donne davantage de chances pour réussir à l’école.

 

Offre encore insuffisante

L’état des lieux de l’accueil temps libre récemment publié par l’Observatoire de l’enfance, la jeunesse et l’aide à la jeunesse montre que, si l’offre s’est diversifiée et améliorée ces dernières années, elle est encore insuffisante dans différentes régions du pays.

Des plaines de jeux, et particulièrement celles qui sont les plus accessibles en termes financiers, sont souvent saturées. Les organisateurs de ces mêmes plaines ont des difficultés à trouver le personnel compétent en nombre suffisant.

Autre faiblesse. Les financements publics pour les associations qui désirent pouvoir accueillir les enfants des familles à faible revenu sont souvent limités, et certaines de ces associations font appel à des donateurs ou multiplient les demandes de subsides. Et la situation financière d’une série de communes, aujourd’hui, n’arrange pas les choses… Pour preuve, la ville de Charleroi qui a décidé, récemment, en raison des difficultés budgétaires de la commune, de rendre payants les repas et les transports pour les plaines de jeux. Conséquences : les enfants des familles les plus démunies n’y sont plus allés.

 

Un bon décret mais…

Par ailleurs, en dehors des vacances et congés, c’est toute l’année que les enfants fréquentent des lieux d’« accueil temps libre», que ce soit avant ou après l’école, le mercredi après-midi, le week-end... Cet accueil, organisé au sein des infrastructures scolaires comme en dehors de celles-ci, est réglementé par un décret depuis juillet 2003.

Bien des choses ont progressé en dix ans : les communes sont plus soucieuses de cet accueil (le nombre de communes qui ont nommé un échevin pour l’accueil de l’enfance a quasi doublé), les horaires d’accueil avant ou après l’école se sont élargis (75 % des lieux ouvrent avant 7h30 et 70 % ferment après 17h30 contre 40 % lors du recensement de 2002), la qualité de l’accueil s’est améliorée dans les lieux agréés, les accueillant(e)s sont entré(e)s dans des processus de formation....

Le décret semble donc avoir eu des effets positifs sur le secteur. Les taux de satisfaction par rapport à l’extrascolaire ont d’ailleurs nettement progressé depuis 2002 (on atteint 68 % de taux de satisfaction pour le respect des critères de qualité).

Mais tout n’est pas rose pour autant : le statut des accueillant(e)s reste trop précaire, les locaux pour l’accueil extrascolaire laissent (parfois fortement !) A désirer le mercredi après-midi et les « petites vacances » sont insuffisamment couvertes. La demande pour plus de soutien scolaire est importante, mais…. L’accessibilité en termes financiers continue à poser problème pour une série de familles, principalement en ce qui concerne les activités sportives et culturelles (65 % des parents les trouvent trop chères)...

Le soutien à un accueil temps libre accessible à tous reste un enjeu prioritaire car, comme les lieux d’accueil de la petite enfance, il remplit des fonctions à la fois économiques, éducatives et sociales.