Mendicité : la place des enfants n’est pas dans la rue, mais…

12 juin 2013


La commission de l’Intérieur du Sénat travaille actuellement sur une proposition de loi destinée à pénaliser la mendicité accompagnée d’enfants. Si en théorie, on ne peut qu’être opposé à voir des enfants mêlés à la mendicité, en pratique, lutter contre ce phénomène demande une réponse sociale adéquate. Voilà pourquoi la Ligue des familles, avec d’autres associations, est défavorable à cette proposition de loi dont le « remède » ne s’avère pas pertinent au regard du mal qu’elle prétend combattre.

Pauvreté et exclusion sociale

Une partie des enfants mendient avec leurs parents. En fait, ces derniers n’ont souvent pas d’autres choix en raison de leur situation illégale ou de l’impossibilité dans laquelle ils se trouvent d’obtenir un permis de travail et une place à l’école.

Plutôt que de laisser leurs enfants seuls dans un squat ou dans un autre lieu où ils pourraient se trouver en danger, ils les emmènent avec eux. Ces parents ne sont pas maltraitants, même si la situation dans laquelle ils se trouvent n’est pas appropriée au bien-être physique et psychique de leurs enfants. Il s’agit majoritairement, quoique non exclusivement, de parents Roms qui ont fui les persécutions dans leur pays d’origine, mais n’ont pas obtenu de statut de réfugiés dans notre pays.

 

Traite d’enfants : la législation existe

Certains parents, certains jeunes aussi, sont par contre pris au piège dans des réseaux et mendient dans des conditions qui permettent de penser qu’ils n’agissent pas « librement ». On se trouve là dans un autre cas de figure.

Comme le dit le communiqué de presse signé par l’ensemble des associations : « La traite des êtres humains est une des pires formes d’exploitation des enfants en Europe, et il convient d’adopter une position claire et concertée tant au niveau national qu’international puisqu’elle dépasse largement les frontières de notre pays. Selon les acteurs de défense des droits de l’enfant, notre arsenal législatif permet cependant déjà de prendre des mesures à l’égard des parents qui exploitent leur enfant dans le cadre de la mendicité ou qui mettraient en péril leur intégrité morale, physique, psychique ou sexuelle. Dans les cas de traite, qui doivent faire l’objet de poursuites approfondies et complètes, la législation existante relative à la lutte contre la traite et le trafic d’êtres humains fournit tous les outils nécessaires pour lutter contre l’exploitation des enfants, y compris dans le cadre de la mendicité forcée. Il n’est dès lors pas nécessaire de modifier la loi. »

 

Soutien à la parentalité plutôt que répression

Les lois actuelles semblent donc suffisantes en matière de répression. Mais pas en matière de soutien et d’aide aux familles avec enfants précarisées et contraintes de vivre dans la rue. Par ailleurs, la situation est complexe et nous nous posons tous les mêmes questions face à celle-ci quand nous y sommes directement confrontés. Les adultes qui accompagnent les enfants mendiants sont-ils vraiment leurs parents ? Comment distinguer les familles des filières ? Les enfants que nous croisons ont-ils été drogués, maltraités pour se retrouver là ? Pourquoi ne sont-ils pas à l’école ? Faut-il signaler le fait à la police ? Qui peut aider ces enfants et leurs familles ? En résumé, en tant que citoyen lambda, que pouvons nous faire en faveur de ces enfants ?

 

Actions solidaires

Il est sans doute difficile de détecter en un coup d’œil à quel type de mendicité on se trouve confronté dans un face-à-face aussi éphémère que celui qu’on a dans la rue. Comme dans n’importe quel autre cas, il faut s’adresser à la police locale si on est témoin d’une situation de maltraitance avérée. Pour le reste, il nous est possible de prendre contact avec des associations qui œuvrent sur le terrain et connaissent la situation.

Plusieurs pistes d’action solidaire s’ouvrent également à nous. Rejoindre, en tant que bénévole actif, une de ces associations qui s’engagent pour changer la situation des Roms en Europe ou/et pour apporter une aide juridique, sociale, matérielle aux familles vivant dans la rue. Soutenir financièrement ces organisations, relayer auprès des décideurs politiques les différentes revendications qui peuvent contribuer à changer les choses… Ou encore, si on s’en sent capable, échanger quelques mots avec les familles ou les jeunes rencontrés et leur donner l’une ou l’autre adresse utile… La solidarité n’est-elle pas un maître mot de notre association ?

 

Anne-Marie Dieu, Vice-présidente de la Ligue des familles