Rencontre parents-profs: l'enfant a tout à gagner

9 octobre 2013


Nos vies fonctionnement rarement comme des commodes à tiroirs. Tout est un peu dans tout et inversement. Ainsi, le parcours de formation de nos enfants est indissociable des autres composantes de leur développement.

L'école est sans cesse envahie d'agents perturbateurs, illustrés dans le dossier de cette quinzaine. Et vous, parents, vous êtes envahis de petits et grands soucis d'école. La Ligue des familles peut jouer un rôle important dans le dialogue permanent entre l'école et les parents, entre les familles et les équipes éducatives.
Nous ne pouvons nous en tenir à une position d'observation, à des constats, un peu comme les spectateurs d'une joute verbale ou d'une partie de tennis de table. Au petit jeu du « Mais que font les parents ? » ou du « Les profs ne comprennent rien », le perdant de la partie est connu d'avance : l'enfant, le jeune, l'élève ou l'étudiant. Derrière, c'est toute la société qui peine. Les inégalités et les injustices se creusent. Heureusement, de nombreuses pratiques favorisent un regard plus optimiste.

L’école fait ce qu’elle peut

L'école accueille les enfants et les adolescents de son temps. Elle-même est située en permanence dans un discours plus ou moins dominant et entretient croyances et idéologie. En France, l'école de la République a toujours eu une mission politico-sociétale très claire. Par exemple, lorsque François Mitterrand commanda la série L'Instit, il voulait repositionner l'institution scolaire.
Chaque enfant arrive avec un cartable plus ou moins rempli, un dos plus ou moins solide et un regard sur lui-même plus ou moins confiant. L'école pourra-t-elle modifier les trajectoires ? Chacun rencontrera-t-il un instituteur ou un professeur qui aura les mots ou l'art qui l'aideront à décoller et à se réaliser ? Nous connaissons tous des success stories, mais parfois nous portons aussi bien longtemps les souvenirs d'une remarque humiliante.

Trop d’illusions ?

La Fédération Wallonie-Bruxelles est régulièrement pointée comme incapable d'inverser les destins, d'emmener ses élèves dans l'ascenseur social. Les inégalités initiales sont criantes à qui veut les voir... et semblent pires à l'arrivée.

Certes, la plupart des portes sont ouvertes à tous les jeunes à l'issue du secondaire. Même les plus infranchissables. Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? Faut-il faire croire à des cohortes entières que tout sera possible ? Que les études supérieures, avec un peu d'organisation et beaucoup de travail, sont tout à fait à la portée de chacun, même s’il n’a eu qu’une heure de mathématiques et aucun cours de langue à la fin des humanités ? Les moments d'auto-évaluation initiale instaurés dans certaines facultés sont louables, mais n'arrivent-ils pas déjà fort tard ? Débat très difficile qui se situe quelque part entre la liberté individuelle et la responsabilité collective.

Et pourtant, il y a un projet…

La Ligue des familles doit continuer à jouer à la fois un rôle d'interpellation des décideurs et de médiation entre l'école et la famille. Trop de clichés ont la vie dure et les zones de non-information sont béantes.
Trop de parents ignorent encore les choix de base opérés dans l'enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 1997, moment où le parlement a reprécisé les missions de l'école et les approches pédagogiques qui peuvent les mettre en œuvre.
Derrière le CEB, il y a un projet : le réduire à la question de sa facilité n'aide personne. Combien de parents ont compris le système du 1er degré commun au début du secondaire ? Laisser le jeune acquérir des compétences de base, l'aider à se développer, à se connaître avant de choisir une orientation qui ne se fera qu’après 14 ans : tout cela a un sens qui doit être expliqué.
Les épisodes du décret Inscriptions, qui ont pu être anxiogènes pour certains parents, ont pour effet de masquer le sens de cette approche progressive du choix.

La ligue, médiatrice

La Ligue peut jouer un rôle important dans la réconciliation des images : celle du professeur qui a la belle vie et du parent qui ne joue plus son rôle.

Dans nos écoles, il est important que les équipes éducatives comprennent les réalités des familles, de toutes les familles, pas uniquement de celles qui ressembleraient au modèle d'équilibre rêvé. Tant de papas et de mamans seuls. Tant d'adultes qui ont peur de perdre leur job en ces temps de crise. Tant de cultures familiales différentes, en fonction de l'origine et de l’éducation des personnes.

Dans les familles aussi, il est important de comprendre tout ce que les écoles mettent en place pour surmonter les inégalités scolaires et amener un maximum d'élèves à la réussite.

Je citerai, juste pour l’exemple, le rôle essentiel des éducateurs. Leur écoute, leur analyse, leur dialogue avec les parents est un complément majeur à l'action des enseignants. Ces derniers sont de plus en plus sensibilisés aux difficultés potentielles des uns et des autres : voici dix ans, la dyslexie était juste l'affaire du PMS, ce n'est plus le cas aujourd’hui.
Il faudrait aussi redire tout le temps passé par des instituteurs et des professeurs à dialoguer avec l'élève, à l'encourager à poursuivre son apprentissage scolaire malgré les orages de la vie. Le temps passé, aussi, à réexpliquer, à recadrer, à accompagner.

Le sentiment de confiance n'est pas qu'une affaire de déclaration, il se travaille à chaque moment de dialogue. Les membres de la Ligue des familles ont un rôle à jouer pour dynamiser les conseils de participation, en veillant à y amener leur voisin non-membre !

La Ligue des familles prépare son mémorandum en vue des élections. Elle espère que les politiques auront le courage de faire le choix d'investir massivement dans l'éducation en général, dans la formation des futurs citoyens, dans le soutien aux chercheurs, aux innovants, aux ouvreurs de portes d’avenir. Elle encourage le dialogue école-famille et le souci de surmonter les inégalités scolaires.
Pour étoffer ce mémorandum, pour le rendre encore plus proche de vos réalités, nous aurons besoin de vos témoignages de parents, mais aussi ceux de constructions plus collectives portées sûrement par certains de nos membres. Quels sont les besoins des parents pour réussir l'école avec les professeurs ? Construisons ensemble la réponse à cette question via vos témoignages que vous pouvez envoyer à redaction@leligueur.be dans un premier temps, puis au Congrès que nous organisons sur les attentes des parents (qui vont bien au-delà de l’école !) et le rôle de la Ligue. Ce Congrès se tiendra le 23 novembre. Vous retrouverez toutes les infos dans le prochain Ligueur du 23 octobre. Merci de réserver déjà cette date dans votre agenda… nous espérons vous y voir très nombreux !

 

Pierre Scieur,
président de la Ligue des familles