Parents, vivre ensemble, c'est plus facile.

8 janvier 2014


Patrick Binot est à la direction de la Ligue des familles depuis six mois. Pour l'ouverture de l’année 2014, il livre un premier édito dont le point central est le plan stratégique, autrement dit tout ce qui va définir les actions de la Ligue pour la demi-décennie à venir.    

Six mois. Le temps d’un sprint à travers les arcanes de la Ligue des familles et de ses groupes locaux. Six mois en mouvement mais, sans doute, pas assez dedans. Pas le temps de me poser. Juste le temps de faire connaissance avec l’équipe et de remettre un peu d’ordre. Juste le temps de saisir les combats que nous avons à mener dans l’intérêt des parents et de prendre le pouls auprès des bénévoles qui, à nos côtés, ne se ménagent pas pour rendre le métier de parent plus praticable.

Six mois de questionnement à la veille d’établir le plan stratégique pour les cinq années à venir. Et, déjà, un diagnostic s’impose à moi : je perçois qu’il y a urgence à tout niveau. Légitimement, nous réclamons de la part des pouvoirs publics plus de financement pour soutenir une parentalité qui connaît aujourd’hui des visages bien contrastés. En période de crise et de pleine austérité budgétaire, ce n’est pas une sinécure. Les logements à destination des familles à revenus modestes sont beaucoup trop peu nombreux, surtout à Bruxelles. Les places en crèche manquent cruellement. Et, ces déficits ne cessent de croître. Les familles monoparentales surtout éprouvent de plus en plus de difficultés à faire face au coût de la vie, sans compter qu’un cinquième d’entre elles connaît une absence de paiement de la contribution alimentaire qui lui est due. Pour noircir encore le tableau, le régime scolaire - horaires et congés - est peu conciliable avec l’exercice d’un emploi. La mule est chargée et c’est également à la Ligue des familles qu’il incombe la responsabilité de la délester.

Quelle voie ? Quelle voix ?

Une urgence qui pourrait nous inciter à prendre l’initiative, en débit de nos convictions les plus profondes. Nous faut-il rester dans notre rôle de lobbyiste ou bien devenir un agitateur de solutions ? Devant le désarroi de quantité de familles, il ne suffit plus de donner de la voix. Nous aurons sans doute à démontrer, par l’exemple, à nos responsables politiques qu’il existe certaines réponses efficientes aux difficultés des parents, en soutenant certains projets qui contribueraient à donner des conditions plus acceptables à celles et à ceux qui, au mépris de leur propre bien-être, élèvent nos bambins. Car, au risque d’en choquer plus d’un(e), quand il est question d’enfants en difficulté, ils sont aussi les nôtres. Cette pensée me semble refléter l’idée que je me fais de la mission prioritaire de notre organisation : le devoir d’assistance à ces héros de l’ombre que sont les parents.

Une urgence qui nous encourage également à améliorer l’accessibilité et la qualité de nos informations et de nos conseils à destination des mères, des pères et des grands-parents, à étendre, notamment au travers de nos groupes locaux, les services à nos membres et à leur donner accès à des avantages qui pourraient alléger quelque peu leur budget.

Six mois de course pour finalement dépeindre le tableau noir des urgences ? Bien au contraire ! Nous sommes aux portes de défis capitaux pour notre société, mais aussi pour la Ligue des familles. À l’heure de conclure mon billet, j’apprends qu’une équipe de chirurgiens français vient de réussir la transplantation d’un cœur artificiel. Saluons au passage la prouesse scientifique. Mais, pour nous, point question de technologie. Le cœur de la Ligue des familles est bien réel, lui. Il bat au rythme de celui des hommes et des femmes qui, chaque jour, agissent pour plus d’équité et plus de solidarité.

Belle gageure de prôner le service aux autres alors que le militantisme perd de son éclat et que l’engagement se fait de plus en plus par touches impressionnistes. C’est un changement de paradigme auquel nous devons nous adapter sans quoi la relève ne viendra pas.

Au final, peu importe ! En ces temps bousculés, si l’on considère le point de vue de ceux que nous avons à épauler, tout soutien, qu’il soit continu ou ponctuel, vient à point.

Un premier état des lieux sur fond de mobilisation. Quelle belle année 2014 se présente à nous !

Patrick Binot,
directeur-général de la Ligue des familles