Mon corps, mes droits : une campagne d’Amnesty International

5 mars 2014


Le 8 mars, les droits des femmes seront, comme chaque année, mis à l’examen.

L’occasion d’aborder la campagne d’Amnesty International et de SOS Viol lancée sur base d’une enquête sur les violences sexuelles en Belgique. Commentaires sur certains résultats qui nous semblent être au cœur des préoccupations de la Ligue des familles.

http://www.amnesty.be/doc/local/cache-vignettes/L700xH259/rubon2228-eb60a.jpgSi beaucoup pensent que les choses sont acquises, l’actualité de ces dernières semaines nous rappelle que dans de nombreux domaines, dont celui de l’emploi ou des règles régissant les revenus de remplacement, les femmes restent discriminées. Dans le couple, la grande majorité des situations de maltraitance concerne les femmes. Zoom sur le viol.

Le viol en chiffres

En Belgique, chaque jour, huit plaintes pour viol sont enregistrées et 137 dossiers pour violences sexuelles sont ouverts. 50 % de ces plaintes seront classées sans suite faute de preuves suffisantes, ce qui ne veut pas dire que la victime a menti (il est notamment difficile de prouver le viol conjugal ou le viol après ingestion de drogues ou d’alcool). Plus inquiétant encore : sur l’ensemble des plaintes, seules 4 % aboutissent à un jugement (contre 14 % au niveau européen).

Ces chiffres sont impressionnants, mais l’enquête des deux associations montre qu’ils sont en deçà de la réalité. En effet, d’après cette étude, 46 % des personnes interrogées ont subi des violences sexuelles qualifiées de graves au cours de leur vie. Il s’agit en grande majorité de femmes. Parmi elles, 25 % ont déjà subi des relations sexuelles imposées au sein de leur couple (passé ou actuel), 7 % ont été victimes d’un viol alors qu’elles étaient mineures, 7 % se sont vues imposer un rapport sexuel dans le cadre d’une relation d’autorité, 13 % ont connu un viol en dehors de leur couple…

Une affaire de famille ?

L’enquête conforte les faits déjà rappelés par les professionnels du secteur et confirmés par les chiffres des services compétents : les violences sexuelles graves sont le plus souvent le fait de proches (une connaissance, un ami, un supérieur, un membre de la famille) de la victime. Cela alors que les représentations du grand public pensent que les auteurs sont en majorité des inconnus.

Contrairement aux idées reçues, les agressions sexuelles touchent tous les types de jeunes filles et de femmes, elles relèvent d’une certaine conception de la masculinité et des rapports de sexes et non d’attributs des victimes. Or, trop souvent encore, les victimes se voient sommées de se justifier.

Dans ce contexte, 40 % de ces jeunes filles et de ces femmes n’ont jamais entrepris la moindre démarche, même pas celle de se confier à un proche ou une connaissance. La honte, la peur, le sentiment d’impuissance, la culpabilité (Qu’ai-je fait pour provoquer cela ?) réduisent les femmes au silence. De plus, leur confiance dans les institutions de prise en charge des victimes se révèle très faible. Par ailleurs, une partie d’entre elles semble résignée, trouvant presque « normal » de subir ce type d’agression...

Le rôle des parents

Face à cette réalité, que pouvons-nous faire en tant que parents ? Comment prévenir les risques sans tomber dans la paranoïa ? Comment soutenir nos ados confrontés à des abus de ce type ? Il importe avant tout de transmettre à nos filles et aussi à nos garçons, la notion du respect du partenaire et de son réel consentement comme base de toute relation. Comme le proclame la campagne lancée par Amnesty International : « Quand c’est non, c’est non ». Par ailleurs, une connaissance des lieux d’écoute et d’accueil est nécessaire : combien de jeunes ignorent encore l’existence des centres de planning familial !

Ensuite, il nous faut réserver des espaces d’écoute et de dialogue afin que nos ados se sentent libres de se confier sans jugement de valeur. Ce n’est pas à nos jeunes de porter la responsabilité d’une agression : n’importe quel détail vestimentaire ou comportemental peut faire office de justification aux yeux du prédateur !

Plus difficile est de reconnaître les abus intrafamiliaux. Souvent ils sont récurrents et blessent l’ensemble de la cellule familiale. Il importe dans ce cas de se tourner vers les services d’aide compétents, dont celui de l’Aide à la jeunesse.

Le rôle des pouvoirs publics

La loi belge en matière de viol a été révisée en 1989. Sa définition inclut le viol technique et le viol entre conjoints. Les textes sont là et sont adéquats. C’est dans l’application que les choses doivent être améliorées, notamment en ce qui concerne la formation à l’accueil des victimes au niveau des hôpitaux, des services de police et judiciaires.

Par ailleurs, il n’existe pas de service SOS Viol en Wallonie et le service bruxellois fonctionne en sous-effectif, ce qui devrait être modifié. Plus largement, soutenir et renforcer tous les services qui assurent un accompagnement et un suivi des victimes est essentiel.

Enfin, il faudrait aussi s’interroger sur le rôle de la publicité, des médias, d’internet dans la diffusion de messages machistes sur les rapports entre femmes et hommes et sur la manière de vivre la sexualité. Le Ligueur leur a d’ailleurs consacré tout un dossier : rendez-vous sur leligueur.be (tapez « pornographie » dans le moteur de recherche).

Anne-Marie Dieu, vice-présidente de la Ligue des familles