Adapter le monde du travail à la vie des parents

2 mai 2018


Au lendemain du 1er mai, les parents ne sont pas à la fête. 8 sur 10 ont des difficultés à mener de front leur vie familiale avec leur vie professionnelle. Et si on osait repenser la place du travail dans nos vies ?

Courir… derrière le temps parce que, en tant que parent, on a mille choses à faire. Perdre son temps dans des voitures à l’arrêt sur le ring ou dans des trains en retard. Être stressé·e d’arriver après la fermeture de l’école, oublier le sac de piscine ou carrément les tartines et être rongé·e de culpabilité.
Charge mentale, manque de temps, horaires de fous, flexibilité, recherche d’un emploi… les familles sont sous pression. 1 parent sur 4 ressent un risque de burn-out parental souvent ou en permanence. Les femmes sont en première ligne, toujours à davantage porter le poids de l’organisation familiale.
Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On pousse la flexibilité encore plus loin, partout ? On ferme les garderies d’écoles à 19h et on ouvre des crèches 24h/24 ? On flexibilise les enfants pour que leurs parents puissent continuer de travailler ? Ou alors, on ose. Et on propose.

Accorder les horaires d’école au monde du travail… ou l’inverse ?

L’histoire le démontre, notre manière de travailler n’est pas figée. Au siècle dernier, les parents ont pu offrir à leurs enfants des vacances en famille grâce à l’obtention de congés payés. Depuis, les parents ont progressivement acquis d’autres droits importants : les congés de maternité, de paternité ou d’adoption, le congé parental, les crédits-temps pour s’occuper d’un proche malade, etc. Ces congés sont imparfaits, insuffisamment rémunérés, mais si nécessaires qu’on ne pourrait plus s’en passer.
Or, cette évolution est aujourd’hui à l’arrêt. Rien dans les discours politiques du moment en matière de congés ou de nouvelles possibilités de mieux concilier l’activité professionnelle avec la vie des familles du XXIe siècle. Aucune audace et pire, certains reculs même, par exemple la réduction des allocations du crédit-temps.

Oser questionner la place du travail dans nos vies

Presqu’un siècle plus tard, l’enjeu (pour les parents, mais pas seulement) est peut-être d’oser questionner la place du travail dans nos vies. Les jeunes qui entrent sur le marché de l’emploi nous y enjoignent. Ils réclament une qualité de vie dans toutes ses dimensions, souhaitent être reconnus socialement et pas seulement par leur activité professionnelle.
Alors, pourquoi ne pas penser une organisation du monde du travail de demain en fonction de la vie des familles ? Une utopie ? Peut-être… mais réaliste aussi. Nous faisons le pari que, bien pensée, une nouvelle organisation plus « family friendly » serait aussi à l’avantage des entreprises et relève d’une politique de prévention en santé publique (moins de burn-out). La question, au fond, c’est bien « Quelle société voulons-nous ? ».
Et si nous, parents, nous nous emparions de ces questions sans a priori idéologiques, ni tabous ? Et si nous partions de notre vie pour réfléchir à un meilleur aménagement de nos journées, semaines ou mois de travail et à de nouveaux congés pour profiter de nos enfants (et pas seulement) ? Ici, quelques pistes à défricher, plus toutes celles que vous nous proposerez :

> Revoir le temps de travail pour apporter un peu d’air dans nos vies. Et - pourquoi pas ? - réduire sa durée. Réfléchir aux modalités les plus favorables à la vie de famille : semaine des 4 jours, des 30 heures, réduction sur l’année ou étalée sur la carrière… À débattre.
> Améliorer les dispositifs de congés parentaux pour pouvoir s’arrêter de travailler de façon sécurisée, en fonction des besoins de chaque famille, à différents moments de leur vie. Le système actuel est inadapté et inégalitaire.
> Permettre une flexibilité choisie qui profite aux travailleurs et pas seulement aux entreprises. Cette flexibilité doit être régulière et prévisible. Ce sont les deux maîtres-mots pour concilier vie professionnelle et vie familiale le plus sereinement possible. Et pourquoi pas imaginer d’autres types de flexibilité : travailler plus la semaine où les enfants ne sont pas là pour les parents séparés, travailler moins quand les enfants sont petits, etc.
> Autoriser le télétravail, quand c’est possible et voulu par les travailleurs.

De tous temps, la Ligue des familles a porté petits et grands combats pour améliorer le quotidien des parents. Au lendemain du 1er mai, alors qu’associations, syndicats et personnalités du monde académique s’unissent dans la campagne Tam Tam pour améliorer le travail, l’enjeu d’un meilleur équilibre entre vie familiale et vie professionnelle sera au cœur de notre réflexion et de notre action dans les prochains mois. Dans la plus grande ouverture aux débats et aux propositions, avec comme fil rouge, plus de qualité de vie pour toutes les familles.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles