Allocations familiales : ce qui va changer en Wallonie et à Bruxelles

4 avril 2018


En Wallonie, les montants d’allocations familiales changeront en 2020. Idem pour la Région bruxelloise qui vient (enfin !) de dévoiler son futur modèle d’allocations familiales.

Allocations familiales : ce qui va changer en Wallonie et à Bruxelles

Le 1er janvier 2020 au plus tard, ce ne sera plus l’État fédéral (national) qui assurera le paiement des allocations familiales, mais bien les Communautés et Régions (wallonne, bruxelloise, flamande ou germanophone), en fonction du domicile de l’enfant. C’est un des plus gros transferts de compétences de l’histoire de la Belgique (une branche entière de la Sécurité sociale) et qui a des conséquences directes sur les familles. Aujourd’hui, les quatre futurs modèles sont connus.

En Wallonie, un report prudent

La Wallonie avait prévu de changer les montants d’allocations en 2019. Le gouvernement wallon a finalement décidé de reporter d’un an sa réforme. La Ligue des familles salue cette prudence. La priorité des priorités est que chaque famille continue de recevoir ses allocations familiales en temps et en heure. Aucun risque n’est acceptable. Raison pour laquelle nous soutenons cette décision… mais sur un sujet d’une telle importance, nous regrettons que les difficultés techniques n’aient pas été mieux anticipées.
Le système changera donc en 2020. Cela dit, des « nouveautés » feront leur apparition dès 2019. Les familles auront droit à des suppléments en fonction de leurs revenus. Une bonne nouvelle pour ces familles, spécialement pour les travailleurs pauvres qui, injustement, n’ont pas droit aux suppléments actuellement. Par ailleurs, des améliorations pour les enfants orphelins et l’automaticité du droit pour les jeunes jusqu’à 21 ans seront mises en œuvre. Positif également.

… mais qui embrouille les familles

Mais comment les familles vont-elles s’y retrouver ? Selon le Baromètre 2017 de la Ligue des familles, la moitié des parents ne sont pas informés de la réforme des allocations familiales. Les autres sont inquiets. Or, depuis des mois, nous annonçons que les allocations familiales changeront en 2019 pour les enfants à naître. Ce report d’un an accroît l’incertitude et l’insécurité des familles. C’est pourquoi il est essentiel que le gouvernement informe clairement les parents de l’ensemble des changements qui les concernent et des démarches qu’ils devront, le cas échéant, effectuer.
En attendant, la Ligue des familles a mis en ligne un « questions-réponses » pour informer des futurs montants d’allocations et des nouvelles règles pour les suppléments (en fonction du revenu du ménage, du nombre d’enfants, de la monoparentalité, du handicap et du statut d’orphelin).

À Bruxelles, enfin un accord

Quatre ans de tergiversations pour définir, enfin, le futur modèle d’allocations pour les familles bruxelloises. Il était urgent d’aboutir. Le gouvernement bruxellois a fait le choix de se démarquer des trois autres modèles adoptés en Wallonie, en Flandre et en Communauté germanophone. Un regret pour la Ligue des familles qui rappelle que les familles passent plus souvent d’une Région à l’autre, et que ce choix va fameusement compliquer la vie des parents séparés domiciliés dans des Régions différentes.
Autre critique, la complexité du modèle. Avec des règles qui changent si vous avez un ou plusieurs enfants et des montants différents en fonction du « rang » (1er, 2e ou 3e enfant), le modèle est illisible. Et puis, les petites familles (d’un enfant), qui représentent pourtant 46% des familles bruxelloises, sont les moins bien loties. Même les monoparentales, pourtant plus en risque de pauvreté, n’ont pas droit à un supplément spécifique.
Plus étonnant encore, la réintroduction d’une logique nataliste. En effet, plus la famille a d’enfants, plus le supplément social par enfant est élevé. Enfin, nous déplorons la baisse des allocations pour les orphelins et la diminution par deux de l’allocation de naissance.
Pour conclure, ce modèle est positif parce qu’il concerne tous les enfants bruxellois à partir de 2020 (y compris ceux déjà nés) et que personne ne perdra un seul euro. En effet, des compensations sont prévues pour les actuels bénéficiaires. Autre satisfaction, le montant de base est élevé (150 €) et les suppléments sont calculés sur base des revenus du ménage. Les familles nombreuses à faibles revenus sont très bien soutenues, ce qui aura un effet certain sur le taux de pauvreté infantile à Bruxelles, dramatiquement élevé.
Et puis, surtout, le gouvernement s’est engagé à refinancer cette politique essentielle pour les familles en dégageant 30 millions d’euros en plus par an. Il ne reste qu’à espérer que tout sera mis en œuvre dans les temps pour qu’en janvier 2020 chaque famille reçoive ses allocations sans un jour de retard. Nous veillerons à cela avec la plus grande attention. Comme pour la Wallonie, le compte à rebours est lancé.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles