Allocations familiales en Wallonie, un changement historique

1 mars 2017


La région wallonne vient de dévoiler son nouveau modèle d’allocations familiales pour 2019. Une victoire pour la Ligue des familles : l’essentiel de nos propositions s’y retrouve. Une victoire pour tous les parents : personne ne perdra et les futures familles seront mieux soutenues.

La Ligue des familles fut la première, et presque la seule, à proposer un nouveau système d’allocations familiales suite à l’annonce de leur défédéralisation fin 2011. Notre proposition chiffrée, réaliste et innovante, s’est affinée dans le temps.
Nous avons mobilisé plus de 10 000 familles via une campagne et une pétition remise aux ministres compétents à Bruxelles et en Wallonie. Nous avons organisé des dizaines de débats avec des parents, des professionnels et le monde associatif. Nous l’avons portée au sein des cénacles politiques concernés : parlements et partis.

Changer de système d’allocations familiales est historique et… périlleux

Notre rigueur et notre ténacité ont payé. Depuis cinq ans, nous plaidons en faveur d’une suppression des rangs, d’une forte revalorisation de l’allocation pour le premier enfant, d’un supplément pour tous les enfants de 14 ans et plus, de suppléments sociaux en fonction des revenus et du maintien des majorations pour enfants handicapés et orphelins. Aujourd’hui, nous sommes satisfaits et soulagés. (1)

Personne ne perdra

Le risque était grand. Changer de système d’allocations familiales est historique et… périlleux. Nous nous sommes battus pour les droits acquis, autrement dit, personne ne doit perdre. On ne change pas les règles en cours de route pour les familles actuellement bénéficiaires. Nous avons obtenu cette victoire, importante notamment pour les familles nombreuses.
Pour les familles d’un seul enfant qui se sentent lésées parce qu’elles « ne gagneront pas », la Ligue des familles a toujours défendu une position « maximaliste ». C'est-à-dire que, durant la période de transition, le calcul soit fait pour chaque famille en fonction de l’ancien et du nouveau modèle et que soit attribué le montant le plus favorable. Nous continuerons à défendre cette position au sein des instances régionales de gestion des allocations familiales et auprès des responsables politiques.

Toutes les familles vont y gagner

La suppression des rangs (la même allocation que l’enfant soit 1er, 2e, 3e, etc.) était attendue. Fini, le temps des politiques natalistes d’après-guerre. Les enjeux aujourd’hui sont ailleurs. Tout d’abord, mieux aider les familles dès le premier enfant : le montant du premier va presque doubler. Ensuite, ne plus pénaliser les familles recomposées qui sont les grandes oubliées du système actuel.

Les familles à revenus faibles et moyens seront mieux soutenues

Le système actuel est injuste. Aujourd’hui, les travailleurs pauvres n’ont pas de suppléments. Cette injustice est réparée avec l’octroi de suppléments en fonction des revenus et non plus du statut socioprofessionnel.
Deux plafonds sont retenus pour mieux soutenir les familles à revenus faibles, mais aussi celles à revenus moyens. Plus de deux tiers des familles wallonnes auront droit à ces suppléments, c’est considérable.
Enfin, ces suppléments seront eux-mêmes majorés pour les familles nombreuses (3 enfants et plus) et les familles monoparentales. Précisons également que les allocations de naissance et les allocations de rentrée sont maintenues.

La Ligue des familles, gestionnaire, vigilante et ambitieuse

À un autre niveau, nous avons obtenu en Wallonie et à Bruxelles de demeurer membre des instances de gestion des allocations familiales, comme c’est le cas depuis leur création. Une satisfaction.
Pour l’essentiel, la Ligue des familles est satisfaite des options choisies par le gouvernement wallon. Mais des inconnues subsistent. Le supplément d’âge à 18 ans sera-t-il réservé aux étudiants ou accordé à tous les jeunes jusqu’à 25 ans ? Quid des accords de coopération avec les autres Régions ? Quid du coût de cette réforme et de son financement ?
Les enjeux se concentrent aujourd’hui sur la cohérence entre les différents modèles, la coopération entre les régions du pays, le suivi de la transition et l’assurance qu’aucun retard de paiement n’aura lieu. À ce jour, notre inquiétude se porte essentiellement sur la Région bruxelloise où nous sommes dans le plus grand flou à trois ans à peine de l’échéance…
Et puis, nous voulons voir plus loin. Pourquoi ne pas profiter de cette régionalisation pour penser des politiques de soutien à la parentalité enfin cohérentes, articulées et adaptées à leur territoire ? Pourquoi ne pas imaginer d’adosser la gestion de l’offre d’accueil de la petite enfance, l’octroi des bourses d’enseignement supérieur ou la garantie de paiement des rentes alimentaires au sein de caisses ou de bureaux administratifs régionaux ? Le gouvernement wallon a marqué un bon point dans ce moment historique de la régionalisation des allocations familiales. Aura-t-il la capacité et l’ambition de faire un pas plus loin ?

1. Pour connaître le détail du futur modèle wallon et nos analyses, lire notre FAQ

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles