Allocations familiales : notre mise au point

22 janvier 2018


Avis du Conseil d’État sur la réforme wallonne, blocage à Bruxelles… les allocations familiales sont au cœur de l’actualité. La Ligue des familles en profite pour remettre quelques pendules à l’heure et lancer un appel.

En Wallonie, le Conseil d’État a demandé au gouvernement wallon de mieux argumenter ses choix sur la transition entre le modèle actuel d’allocations familiales et le nouveau à partir de 2019. À Bruxelles, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que cet avis soit utilisé et exacerbe les tensions déjà vives entre les ministres bruxellois. Mais qu’en est-il vraiment ?
En Wallonie, le gouvernement a finalement adopté ce 11 janvier le décret instituant un nouveau système d’allocations familiales. L’avis du Conseil d’État ne change rien : le décret est maintenant au parlement pour un vote prévu avant Pâques. Pour les familles, le calendrier est, à ce jour, respecté : les allocations changeront le 1er janvier 2019 pour les enfants nés après cette date. Ceux nés avant continueront de percevoir les mêmes montants qu’aujourd’hui. (1)
À Bruxelles, par contre, c’est au point mort. Rappelons que c’est la seule Région qui n’a pas réussi à se mettre d’accord sur un nouveau modèle d’allocations familiales. À moins de deux ans de l’échéance finale du transfert, c’est à peine concevable...

La Ligue des familles défend les familles,
pas les partis

Si la Ligue des familles soutient le modèle wallon, ce n’est pas pour des raisons politiques, encore moins partisanes. Nous avons été les premiers, dès 2012, à proposer un nouveau système d’allocations, élaboré en étroite collaboration avec les milieux académiques, les partenaires sociaux et les cabinets politiques.
Notre objectif, depuis le début de cette (regrettable) défédéralisation, est de nourrir le débat pour un modèle plus en phase avec les familles d’aujourd’hui, dirigé vers un meilleur soutien à la parentalité et la lutte contre la pauvreté infantile ; le tout dans une approche constructive et pluraliste. Preuve que nous avons bien travaillé : le précédent gouvernement wallon PS-cdH, qui a décidé du futur modèle, a repris l’essentiel de nos propositions. Raison pour laquelle nous soutenons l’actuelle majorité dans la mise en œuvre concrète de ce modèle.
Autrement dit, et pour corriger ce qu’on a pu lire dans la presse, la Ligue des familles ne soutient pas un parti plus qu’un autre. Ce sont plutôt certains partis qui soutiennent nos propositions, la nuance est de taille. Nous restons cohérents et nous continuons à défendre un modèle dont nous avons la conviction qu’il sera meilleur pour les familles wallonnes dans le futur.

Pour des systèmes d’allocations familiales proches en Wallonie et à Bruxelles

De la même manière, depuis 2012 nous demandons à ce que les systèmes soient proches entre les Régions wallonne et bruxelloise (et même germanophone et flamande). Et ce, pour trois raisons essentielles :
► Les familles déménagent plus d’une région à l’autre. Les écarts entre les montants ne doivent pas être trop grands, afin de limiter les impacts sur le niveau de vie des familles. Dans le même ordre d’idées, les parents séparés sont nombreux à vivre dans des régions différentes. Il est donc important de ne pas rajouter des motifs de négociation sur le choix de la domiciliation de l’enfant.
► Il faut renforcer la mixité sociale à Bruxelles. Attention à ne pas faire fuir encore plus les familles avec des montants d’allocations beaucoup plus bas que dans les autres Régions.
► Respectons l’accord politique conclu en 2013 par les partis qui ont voté la 6e réforme de l’État (PS, MR, cdH et Ecolo) et qui prévoit que « les partis francophones signataires de l’accord institutionnel s’accordent dès à présent pour (…) mener les politiques les plus similaires possibles en la matière - compétence allocations familiales - en Wallonie et à Bruxelles ». Qui se souvient encore, à part la Ligue des familles, de cet accord dit de la Sainte-Émilie ?

Une urgence : Bruxelles

Ce transfert des allocations familiales est complexe pour toutes les entités qui reçoivent cette compétence. Bien sûr. Mais, aujourd’hui, l’urgence est à Bruxelles. Il faut un accord politique, le plus vite possible. Il est inconcevable que les familles bruxelloises restent dans un système dépassé, là où partout ailleurs en Belgique, les nouvelles familles bénéficieront d’un meilleur soutien financier.
Nous adressons trois demandes urgentes au gouvernement bruxellois  : ré-ouvrir les négociations entre partenaires de la majorité,  auditionner la Ligue des familles, les caisses d’allocations familiales et les autres mouvements familiaux présents à Famifed pour trouver une solution au blocage et, enfin, rendre, publiques les projections budgétaires des différents modèles envisagés pour Bruxelles. Une telle opacité n’est plus tenable. Il faut  tout tenter pour trouver une solution. Et vite. Un échec est impensable.

 

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles