Bourses d’études, un pas en avant

20 septembre 2017


Après un an de discussions avec le cabinet Marcourt, la Ligue des familles et ses partenaires ont obtenu des avancées dans la réforme du système de bourses.

Un combat historique

C’est peu connu, mais la Ligue des familles est à l’origine des allocations d’études. En 1925, quelques années après sa création autour du combat pour un droit au logement (qui donna la création des actuels Fonds du logement), la Ligue des familles met en place une caisse de prêts - le Fonds des études - qui offrira aux familles nombreuses une aide pour les frais liés aux études.
Dans les années 1970, après plus de cinquante ans de services rendus aux familles, ce fonds est repris par la Communauté française au moment de la régionalisation et de la communautarisation du pays. Il se transforme en un dispositif public d’allocations d’études, accessible à toutes les familles qui remplissent les conditions.

La précarisation du monde étudiant s’aggrave. Alors exclure des jeunes d’un système de bourses est un non-sens.

C’est peu de dire que, presqu’un siècle plus tard, nous suivons de près son évolution. Au nom de cette filiation historique, bien entendu, mais aussi du fait de la précarisation grandissante des familles. Ces allocations conservent toute leur importance pour l’accès aux études supérieures, dans un monde où le diplôme reste encore le meilleur moyen d’accéder au marché du travail, de s’insérer socialement et de pouvoir construire un projet de vie.

Un enseignement qui s’est massifié mais pas démocratisé

Qui sont les jeunes assis sur les bancs de nos universités, hautes écoles ou écoles d’art ? Essentiellement des jeunes issus de milieux socioéconomiques favorisés ou dont l’un des deux parents a lui-même fait des études. En cela, notre enseignement supérieur est inégalitaire. Tout comme l’est déjà notre école fondamentale, ce que les enquêtes PISA démontrent régulièrement.
En clair, les enfants de milieux modestes réussissent moins bien en primaire et secondaire et, logiquement, ils accèdent plus difficilement à l’enseignement supérieur. Le nombre d’étudiants est en constante augmentation mais la démocratisation de l’enseignement supérieur se fait toujours attendre. Or, c’est un enjeu fondamental pour lequel la Ligue des familles n’a cessé de consacrer beaucoup de ses ressources.
Depuis plus d’un an, nous nous sommes associés à la Fédération des étudiants francophones (FEF) et au Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP) pour pousser le ministre de l’Enseignement supérieur à revoir la réforme du système des bourses de 2016. Un an après son instauration, de nombreux jeunes boursiers se sont vus exclus du système ou toujours en attente de décision.

Des jeunes et des familles en difficulté

Ils sont de plus en plus nombreux à passer les portes du CPAS parce qu’ils ne s’en sortent pas. Au point que les deux fédérations de CPAS ont tiré la sonnette d’alarme. La précarisation du monde étudiant s’aggrave. Alors, exclure des jeunes d’un système de bourses est un non-sens.
Le coût des études est conséquent : autour de 10 000 € par an avec un kot, selon la FEF. Face à de telles sommes et sans soutiens publics, les parents à revenus modestes sont souvent dépassés, les jeunes s’épuisent dans des jobs et de plus en plus décrochent. Quel gâchis !
Pire, de nombreux jeunes, enfant déjà, s’autocensurent en s’interdisant d’imaginer un quelconque avenir dans le supérieur. Ils intégrent de facto le fait que « ce n’est pas pour eux », qu’ils ne pourront pas payer et que mieux vaut ne pas trop y penser. Cette autocensure est un échec de la démocratie.

Des améliorations dans la réforme des bourses

Pour bien comprendre, retour un an en arrière. En 2016, nous soutenions la FEF dans son combat pour le retrait du critère académique dans l’obtention d’une bourse. En clair, un étudiant qui échouait à son année perdait sa bourse l’année suivante.
La FEF a obtenu cette victoire et nous nous en sommes félicités. Mais suite à ce changement, une vaste réforme a vu le jour. Avec son lot de mauvaises nouvelles. Désormais étaient comptabilisés dans les revenus de l’étudiant, les revenus des frères/sœurs/colocataires et les contributions alimentaires. De plus, un plancher était instauré excluant les étudiants qui n’avaient pas assez de ressources. Inacceptable pour nous.
Nous avons obtenu le retrait de ces critères de calcul et la mise en place d’une commission pour atténuer les effets de ce seuil. Ces conquêtes sont plus de l’ordre du sauvetage que d’une grande victoire mais on ne va bouder notre plaisir.
En défendant le système d’allocations d’études, la Ligue des familles veut rappeler aux autorités leur responsabilité par rapport à notre jeunesse et dénoncer le poids qui pèse sur les familles quand l’État ne joue plus son rôle. Ces modestes victoires sur l’amélioration du décret, suite à un combat de plus d’un an, nous rappellent deux choses fondamentales :

  • que nous devons faire preuve de vigilance constante et de persévérance dans nos actions,
  • que nous avons intérêt à nouer et entretenir des alliances comme celle avec la FEF et le RWLP qui ont fait leurs preuves.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles