Ça bouge du côté des pères

21 février 2018


En France, c’est l’ébullition autour du congé de paternité. En Belgique, cela frémit… À 18 mois des prochaines élections fédérales, tout est encore possible pour renforcer le droit des pères.

La France n’est pas connue pour être à l’avant-garde des politiques familiales, c’est même plutôt l’inverse. Mais depuis quelques mois, le débat autour du congé de paternité est bouillonnant. Il est d’autant plus intéressant qu’il dépasse les clivages traditionnels et que de nouvelles voix se font entendre.

> Du côté des politiques : quatre ministres du gouvernement Macron ont demandé un rapport sur l’allongement et la rémunération du congé de paternité. Ces ministres sont rejoints par des ténors de l’opposition comme Valérie Pécresse (ancienne ministre) ou Laurence Parisot (ancienne patronne des patrons) qui défendent vigoureusement « un congé de paternité obligatoire pour rétablir l’égalité du regard porté sur la femme et l’homme dans l’entreprise ».
> Du côté des ‘people’, des artistes, écrivains ou journalistes (Frédéric Beigbeder, David Foenkinos, Julien Clerc, Serge Hefez, Patrick Pelloux, etc.) ont publié une lettre ouverte pour dire, à leur tour, l’importance d’un congé de paternité obligatoire. Pour « ôter une potentielle culpabilité envers l’employeur ».
> Du côté économique, l’Observatoire français des conjonctures économiques a analysé trois scénarios pour réformer le congé de paternité, dont celui de le rendre obligatoire. Dans le même temps, des entreprises ont pris les devants et certaines octroient des jours en plus pour le congé de paternité (IKEA France et d’autres).

Toutes ces voix convergent sur la nécessité de renforcer ce droit des pères puisqu’aujourd’hui 9 pères sur 10 vivant en France ne prennent pas la totalité des onze jours auxquels ils ont droit, souvent parce qu’ils en sont empêchés.

En Belgique

Les hommes salariés ont droit à dix jours de congé à prendre entre la naissance et les 4 mois de l’enfant. Ces dix jours ne sont pas obligatoires. Actuellement, seulement 6 pères sur 10 le prennent. Ils sont nombreux à ne pas connaître leurs droits et surtout à craindre les conséquences sur leur carrière professionnelle. Oui, c’est encore très mal vu dans certains secteurs professionnels que des hommes prennent un congé de paternité ou parental. Et pourtant, ils sont nombreux à exprimer leur souhait de passer plus de temps avec leurs enfants, surtout chez les plus jeunes. Selon le Baromètre de la Ligue des familles, 67 % des hommes sont favorables à un congé de paternité obligatoire.

Défendre les droits des pères pour renforcer ceux des enfants et avancer vers une meilleure égalité hommes/femmes : beau programme, non ?

… un frémissement

Sphère économique, politique et citoyenne, des voix s’élèvent et invitent à l’optimisme.

> Des entreprises montrent l’exemple. Entre autres, Microsoft Belgique permet à ses salariés de prendre six semaines de congé de paternité.
> Au niveau législatif, quatre propositions de loi ont été déposées pour un congé de paternité obligatoire ou rallongé (par Ecolo, le PS, le CD&V et le SPA). Le cdH, Défi et le PTB sont d’accord. Le problème est que cette mesure ne fait pas l’unanimité parmi les membres du gouvernement fédéral. C’est bien dommage parce que cette majorité existe à la Chambre, là où précisément se font les lois. Faire évoluer ce droit au congé de paternité est compliqué sans un accord de gouvernement mais tout n’est pas perdu.
> Pour les indépendants, c’est encore pire puisqu’à l’heure actuelle ils n’ont droit à aucun congé. Cependant, la création d’un congé de paternité, non obligatoire et flexible, est à l’agenda. Et tous les signaux sont au vert. Le nouveau ministre des Indépendants, Denis Ducarme, a dit vouloir en faire sa priorité, dans la continuité de son prédécesseur Willy Borsus. Les 170 millions d’euros de boni de l’Inasti rendent la mesure tout à fait réaliste et accessible.
> Des citoyens s’expriment. En 2016, la Ligue des familles relayait la parole de nombreux pères, personnalités publiques, artistes, journalistes, etc., publiée dans une carte blanche. Leur message ? Rendre le congé de paternité obligatoire pour être protégé des pressions professionnelles, passer plus de temps avec leur·s enfant·s et mieux partager la vie familiale avec leur femme.

Vers des congés renforcés pour les pères ?

Des avancées concrètes sont à notre portée. Pour les indépendants ? La création d’un congé de paternité pourrait se réaliser dans l’année. La volonté politique et les moyens financiers sont là. Alors…
Pour les salariés, moins de 15 millions d’euros sont nécessaires pour rendre ces dix jours de congés obligatoires. Une goutte dans le budget de plus de 25 milliards de l’Inami. Allez, avec quelques petits millions, on fait avancer le droit des pères, des enfants et l’égalité entre les hommes et les femmes. Et la fierté d’être résolument porteur d’une modernité des politiques familiales pleine d’espoirs pour les parents de demain. On a du mal à imaginer qu’un gouvernement se prive d’une telle victoire à peine un an et demi avant la prochaine échéance électorale.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles