Qui nous protège du Glyphosate ?

1 juillet 2016


Après des mois de controverse, la Commission européenne a approuvé le renouvellement de l’autorisation du glyphosate pour une période de 18 mois, sans restrictions supplémentaires.Puisque l’Europe ne parvient pas à protéger ses citoyens, une large coalition d’organisations estime que c’est aux ministres compétents de le faire.

Une carte blanche de : Greenpeace, Test-Achat, BBL, Velt, Kom op tegen Kanker, Stichting tegen Kanker, Gezinsbond, IEW, Nature&Progrès et la Ligue des familles

Ces derniers mois, le glyphosate a figuré en bonne place sur l’ordre du jour de la Commission européenne. Ce produit nocif devait obtenir d’urgence une nouvelle autorisation, l’ancienne expirant le 30 juin 2016. Ce vote a provoqué beaucoup d’émoi. L’utilisation du glyphosate, l’ingrédient actif d’herbicides tels que le Roundup, n’est certainement pas aussi innocente qu’on l’a prétendu pendant plus de 40 ans. D’une part, les scientifiques soupçonnent la substance d'être un perturbateur endocrinien, d'être probablement cancérogène et de causer des problèmes de fertilité. D’autre part, le glyphosate constitue une menace pour l’environnement et la biodiversité. En outre, le plus utilisé des herbicides incarne un système agricole qui n’a pas encore trouvé de réponse aux défis climatiques actuels et futurs.

Sous la pression du Parlement européen, des États membres de l’UE, de l’opinion publique et des scientifiques, la Commission a été contrainte de remplacer la nouvelle autorisation (initialement prévue pour 15 ans) par une prolongation temporaire d’un an et demi, dans l’attente de l’avis de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). La Commission n’a jamais pu obtenir de majorité qualifiée soutenant sa proposition, mais puisque plusieurs États-membres, parmi lesquels l’Allemagne, se sont abstenus, elle se voit ‘légalement’ obligée, dit-elle, de prolonger temporairement le permis.

La classification du glyphosate par l’ECHA peut avoir des implications profondes sur son utilisation. Il existe donc une possibilité que ce produit soit retiré du marché en fonction de cette classification. Pourtant, nous pouvons difficilement considérer ceci comme une victoire. Sans des restrictions claires et contraignantes, chacun reste exposé à la même quantité de glyphosate. Et cette exposition n’est pas négligeable, parce qu’aujourd’hui il n’est plus possible d’échapper au glyphosate. Ainsi, on en a retrouvé dans les champs, dans l’air et les cours d’eau, mais aussi dans du pain, de la bière, du vin et des serviettes hygiéniques, et même dans l’urine des Européens, ce qui n’est pas une surprise, mais n’en est pas moins inquiétant.

La chance que des restrictions importantes soient encore liées à la prolongation du permis sont petites. La proposition actuellement sur la table est mince : le commissaire européen à la Santé, Vytenis Andriukaitis, n’impose aucune restriction au niveau européen, mais renvoie la patate chaude aux États-membres. Il leur demande d’introduire eux-mêmes des restrictions. Voilà une occasion unique pour nos ministres compétents Willy Borsus (Agriculture) et Maggie De Block (Santé) de montrer qu’ils sont réellement préoccupés par le bien-être de leur peuple.

Les régions et communes montrent déjà le bon exemple. En Flandre, plusieurs municipalités et services publics ne peuvent plus utiliser de pesticides depuis le 1er janvier 2015. Il en ira de même à Bruxelles et en Wallonie, respectivement en 2018 et à la mi-2019. Bruxelles et la Wallonie souhaitent également interdire complètement l’usage du glyphosate par les particuliers. Mais aussi longtemps que le gouvernement fédéral n’en interdira pas les ventes aux particuliers, nous craignons que ce souhait reste vain.

Nous appelons donc à une interdiction nationale de la vente aux particuliers de produits contenant du glyphosate. Des alternatives écologiques existent pour la maison et le jardin. Une telle interdiction est la meilleure façon de réduire les risques associés à l’utilisation de pesticides contenant du glyphosate.

L’agriculture aussi peut se passer du glyphosate. Des techniques de sarclage mécanique sont disponibles. La recherche montre qu’une agriculture respectueuse de l’homme et de la nature peut nourrir le monde et est, en outre, moins sensible au changement climatique. Le défi consiste maintenant à appliquer cette agriculture durable à grande échelle. Pour cela, le monde politique doit faire les bons choix, et il est essentiel d’investir dans la recherche et le partage des connaissances.

Madame la Ministre De Block, Monsieur le Ministre Borsus, la balle est dans votre camp. Il est grand temps de prendre vos responsabilités et faire des choix bénéfiques pour la santé publique et l’environnement...