Comment adapter le monde du travail à la vie des parents ?

7 novembre 2018


Plus de 4 000 parents nous ont répondu. Jamais une enquête de la Ligue des familles n’a eu un tel succès. Un record qui en dit long sur le poids des difficultés vécues par les parents pour combiner vie professionnelle et vie familiale. Et qui appelle des réponses.*

Comment adapter le monde du travail à la vie des parents ?

Seulement 8 % des parents n’ont pas de difficulté. 8 %... À l’inverse, avoir des enfants et travailler pose des problèmes à tous les autres, avec une intensité variable : de temps en temps (34 %), souvent (42 %) ou en permanence (16 %). Ce simple constat - « être parent et travailler est difficile » - devrait interpeller tous nos dirigeants, qu’ils soient des pouvoirs publics ou des entreprises. Or, c’est loin d’être le cas.

Difficile pour tous les parents, quel que soit leur statut professionnel

C’est très net, aucun statut n’est épargné. Les difficultés sont vécues par les parents qui travaillent à temps plein, mais également à temps partiel. Pour les indépendants, ça n’est pas mieux : 1 sur 4 se plaint de difficultés de conciliation vie familiale/vie professionnelle en permanence. Enfin, ceux et celles qui galèrent le plus sont les demandeurs d’emplois : 3 sur 4 ressentent cette pression souvent ou en permanence.
Impossible aussi de ne pas relever les écarts entre les hommes et les femmes. Sur l’échantillon d’abord. Avant redressement, 85 % des répondants étaient des mères. Quant aux résultats, ils sont sans surprise : les difficultés sont plus grandes pour chaque question. L’organisation et la prise en charge des enfants et de la maison restent une affaire de femmes, même quand elles travaillent. Dernier grand résultat, enfin, la gestion du temps est aussi une question d’argent : les parents aux revenus faibles ou modestes subissent bien davantage la pression de l’agenda.

Une vie de dingue pour de nombreuses familles

C’est encore plus compliqué pour les parents qui ont des horaires atypiques. Plus de 1 parent sur 5 travaille très tôt le matin, tard le soir, le week-end ou la nuit. Un quart d’entre eux ressent des difficultés en permanence !
De manière générale, les impacts de cette mauvaise conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle sont importants. En premier, la fatigue pour 87 % des parents, puis le manque de temps pour des activités avec ses enfants pour 78 % et ensuite le stress pour 67 % (74 % pour les femmes).
Mais cette enquête dévoile des réalités encore plus problématiques. 8 % consomment des médicaments, de l’alcool ou des drogues en raison de ces difficultés. Les hommes sont plus nombreux (11 %), les familles monoparentales encore davantage (13 %) et les parents ayant des enfants porteurs de handicap bien plus (17 %).
Ces chiffres nous ont impressionnés. Ils renvoient à des questions de santé publique. Comment une société peut-elle rester indifférente ? Enfin, et en toute logique, les enfants sont eux aussi touchés. 4 parents sur 10 constatent des effets négatifs sur leurs enfants.

Oser le débat sur la durée du temps de travail

À la question « Qu’est-ce qui vous aiderait le plus dans la gestion de votre quotidien ? », 2 parents sur 3 attendent une diminution du temps de travail sans perte de revenus. C’est leur demande n°1, avec une préférence marquée pour la semaine des quatre jours, plutôt qu’une réduction du nombre d’heures prestées quotidiennement ou qu’une réduction du nombre de jours de travail annuels.
Ensuite, ils veulent plus de liberté dans l’organisation du travail et des horaires. Viennent encore après le souhait d’une meilleure rémunération des congés parentaux ou d’un nouveau congé pris par heures pour pallier les incertitudes et enfin plus de télétravail. L’ensemble de ces demandes sont pragmatiques. Les parents ont besoin de solutions concrètes et globales pour résoudre leurs problèmes. Cette approche « parentale » a l’intérêt de désidéologiser des questions parfois très clivées. Vu la tournure de certains débats politiques, c’est toujours bon à prendre.

La Ligue des familles demande un mix de solutions

L’enquête le démontre, il faut agir sur trois dimensions pour rendre le travail compatible avec une vie de famille :

► sur la durée du travail,
► sur les modalités du travail (flexibilité des horaires et télétravail),
► sur les congés parentaux.

Nous souhaitons aussi étendre ces réflexions aux demandeurs d’emplois afin qu’ils bénéficient des mêmes droits que les travailleurs. À l’heure des politiques d’activation, ça a tout son sens.
Nous en appelons, pour chacun de ces trois niveaux, à une réflexion la plus large et sereine possible avec les responsables politiques, les partenaires sociaux et les parents. Parce que chercher un meilleur équilibre dans nos temps de vie, c’est, au fond, interroger le projet de société que l’on veut. Rien de moins. Et nous vous donnons rendez-vous le 15 janvier pour lancer notre première grande proposition en vue des élections de 2019.

* voir notre analyse approfondie sur liguedesfamilles.be

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles