Un congé de paternité de 15 semaines : et si on osait ?

10 juin 2018


 « Petit Papa, c’est aujourd’hui ta fête... ». De vrais droits pour les pères, ça commence dès la naissance de l’enfant. Certaines entreprises offrent déjà plusieurs semaines de congé aux pères. Et si ça devenait la norme ?

Un congé de paternité de 15 semaines : et si on osait ?Et si on osait ? Et si, pour la fête des pères, on leur offrait autre chose qu’une cravate en papier crépon et un poème ? Moins mignon, c’est sûr, mais plus durable : trois bons mois de congé avec son enfant à sa naissance. Comme pour les mères.

Depuis des années, la Ligue des familles se bat pour rendre obligatoire le congé de paternité de dix jours seulement, et le doubler. Il faut reconnaître qu’on en est encore loin. Pas d’accord du gouvernement alors qu’une majorité alternative existe au Parlement. Résultat ? 4 pères sur 10 ne passent même pas dix jours ouvrables, deux toutes petites semaines, auprès de leur nouveau-né, selon le Baromètre 2017 de la Ligue des familles.

Nous n’avons pas encore obtenu un congé de vingt jours obligatoire, mais, malgré tout, la Ligue des familles entend passer à l’étape supérieure. Soit un congé de paternité de même durée que le congé de maternité. C’est le cap qu’il nous semble important d’atteindre.

Partager la magie… et les tâches ménagères

► Parce que nourrir et changer son enfant, échanger avec lui regards et sourires, interagir de toutes les manières possibles, à temps plein, dès les premières semaines construit la relation père-enfant comme la relation mère-enfant. Il n’y a pas de raison de réserver ce privilège aux mamans.

►  Parce que si cette période peut être magique, elle est aussi parfois difficile, et qu’on n’est pas trop de deux parents (quand c’est possible) pour se relayer quand le bébé hurle pendant des heures ou ne dort pas la nuit.

►  Parce que quand les deux parents sont présents dès les premiers mois, c’est plus facile de bien répartir les soins au bébé et les tâches ménagères. Et plus facile aussi de garder ces bonnes habitudes plutôt que d’améliorer une répartition déséquilibrée entre le père et la mère depuis le début. Et puis, surtout, parce que devenir père ou mère n’est pas inné et qu’on se sent pleinement apte à gérer biberons, couches, bains, tailles de vêtements et tous les besoins de l’enfant quand on a appris à le faire dès le départ.

►  Parce qu’aujourd’hui l’annonce d’une grossesse - pire, l’éventualité même d’une grossesse - reste très difficile pour de nombreuses femmes dans le milieu professionnel. Un congé de paternité de même durée que le congé de maternité ne résoudra pas 100 % du problème mais réduira de manière conséquente les différences de traitement entre hommes et femmes. Pourquoi ? Tout simplement parce que les hommes auront désormais le même « handicap » (mot à lire avec de triples guillemets) que les femmes sur le marché du travail.

Nos derniers éditos du Ligueur en parlaient déjà : des entreprises offrent à leurs travailleurs un congé de paternité de plusieurs semaines. Une avancée positive mais qui ne profite encore qu’à une infime minorité de pères. Et si ça devenait la norme ?

Ce n’est pas simple mais…

Alors oui, « ça coûte », comme plus ou moins toutes les mesures qui améliorent véritablement la qualité de vie d’un nombre important de personnes. Oui, « ce sont quand même les mères qui accouchent ». Ça tombe bien, on ne propose pas de réduire le congé de maternité, mais d’allonger celui de paternité.

Et oui, il y a encore beaucoup de travail à effectuer par ailleurs pour donner plus de droits aux pères et alléger la vie des mères. La directive Work Life Balance, en discussion au niveau européen, prévoit d’améliorer la rémunération du congé parental. C’est important aussi pour permettre aux pères de prendre du temps pour leur famille tout en continuant à vivre décemment.

… autant s’y mettre tout de suite !

Nous sommes lucides. Un congé de paternité de trois mois, ce n’est pas encore pour demain. À vrai dire, à notre connaissance, pas un seul parti politique ne l’a prévu dans son programme électoral pour 2019. Le premier combat reste celui d’un congé de paternité obligatoire qui permette à chaque père de rester auprès de son enfant, sans craindre de conséquence professionnelle négative. Ils sont plus de 2 pères sur 3 à le réclamer.

Mais en qualité d’association représentant les familles, soucieuse du bien-être des parents, des enfants et de l’égalité entre les hommes et les femmes, nous voulons mettre le sujet sur la table, créer le débat et en faire un objectif à atteindre. Les grands combats prennent parfois du temps, alors autant les lancer maintenant. N’hésitez pas à parler de cette proposition autour de vous : discuter de comment améliorer les congés et renforcer le soutien à la parentalité, c’est déjà faire avancer la situation des pères.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles

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