Des entreprises innovent pour les parents

16 mai 2018


Bien-être au travail, prévention et bonne marche des entreprises peuvent faire bon ménage. Certaines entreprises l’ont compris et proposent de vraies solutions pour concilier vie familiale et vie professionnelle.

Une célèbre multinationale de l’agroalimentaire, Danone pour ne pas la nommer, vient de mettre en place une nouvelle politique parentale pour ses employé·e·s. Dix-huit semaines de congé de maternité, deux semaines de congé de paternité indemnisé à 100 % et quatorze semaines de congé d’adoption. En pleine période de fête - des mères, des pères et des « gens qu’on aime » -, c’est une bonne nouvelle. À condition que Danone ne soit pas la seule dans ce cas.

Aider les parents, un défi pour les entreprises

D’autres entreprises proposent des avantages pour les parents en matière de congés. Microsoft Belgique, par exemple, a décidé d’allonger le congé de paternité à six semaines et le congé de maternité jusqu’à vingt semaines. Ikea fait de même avec un congé de paternité de cinq semaines. D’autres encore offrent de véritables mesures d’accompagnement et de soutien à la parentalité.
Ces entreprises sortent-elles de leur rôle ? Non. Le monde professionnel prend enfin conscience de la réalité de ses employé·e·s. L’arrivée des femmes sur le marché de l’emploi, les séparations, la monoparentalité, l’hébergement égalitaire des enfants, etc., toutes ces situations ont inévitablement un impact sur les performances des travailleurs.
Un double constat s’impose : les parents ont besoin de réelles solutions pour concilier vie familiale et vie professionnelle, et le manque de temps est source de stress, fatigue, maladie et absentéisme. Ce n’est pas dans l’intérêt des entreprises de l’ignorer. Et celles qui ont choisi d’investir dans la parentalité ne le font pas par philanthropie, mais bien par souci de rentabilité. Des travailleurs moins absents, moins stressés, des entreprises plus attractives pour les jeunes, c’est positif pour la productivité.

Aider les parents, un enjeu pour les politiques en Belgique

Pour autant, ces avancées ne concernent pas tous les travailleurs. Les salariés ont droit à quatre mois de congé parental payés 730 € par mois, dix jours de congé de paternité et quinze semaines de congé de maternité. À côté de ces dispositifs, il existe un crédit-temps pour s’occuper d’un proche malade ou handicapé, ou pour se former. Enfin, en cas d’enfant malade, dix jours supplémentaires sont possibles mais rarement indemnisés.
C’est bien, mais loin de répondre aux besoins actuels. Soutenues par la Ligue des familles, des initiatives politiques existent pour renforcer ces dispositifs. Plusieurs partis de la majorité et de l’opposition ont déposé des propositions de loi pour rendre le congé de paternité obligatoire et le rallonger. D’autres propositions envisagent d’assouplir le congé parental à 1/10e de temps et d’améliorer sa rémunération, qui reste un frein pour beaucoup de parents.

Et en Europe

La Commission européenne s’est également saisie de ce dossier pour en faire une priorité. Une nouvelle directive nommée « Work Life Balance » est en discussion pour améliorer les dispositifs de congés parentaux et notamment augmenter leur rémunération (à hauteur de l’indemnité maladie). Son adoption représenterait une grande avancée pour les travailleurs belges qui recevraient alors bien plus que les 730 € actuels. Hélas, certains États, dont la France, ne souhaitent pas en entendre parler pour des raisons budgétaires.
La Belgique n’a pas pris position officiellement. On le regrette. Dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’Emploi Kris Peeters, la Ligue des familles et le Gezinsbond demandent au gouvernement de soutenir activement cette directive. La Belgique a un rôle à jouer pour renforcer le pilier des droits sociaux et une réelle opportunité à saisir par la voix de la Commissaire (belge) à l’Emploi et aux Affaires sociales Marianne Thyssen.
Enfin, à l’aube des élections législatives de 2019 en Belgique, et dans la foulée de ces bonnes nouvelles du côté des entreprises, nous n’oublions pas tous ces parents qui n’ont même pas accès à ces droits. Les parents adoptifs qui n’ont que six semaines de congé. Les parents d’accueil qui, eux, ont seulement six jours (!). Les demandeurs d’emploi et les pères indépendants qui n’ont pas de congé de paternité. Les douze petites semaines de congé de maternité des femmes indépendantes. Sans oublier les intérimaires, statut d’artiste, etc.
Nos dispositifs doivent évoluer pour permettre un meilleur soutien à la parentalité de tous et toutes, quel que soit son statut. Notre dernier édito ouvrait déjà la voie à plusieurs possibilités d’améliorations pour rendre le travail tenable, dans une approche rassembleuse et non partisane. Le meilleur moyen, pour la Ligue des familles, de cette fois concilier l’intérêt des employeurs et des employé·e·s.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles