Contre le terrorisme, rester solidaires

30 mars 2016


La violence inouïe des attentats du 22 mars nous laisse sans mots, mais pas sans voix. En réponse à cette barbarie, la Ligue des familles continuera de mettre toute son énergie au service d’une société inclusive et solidaire. La seule réponse qui soit porteuse d’espoir.

Nos premiers mots vont aux familles des victimes. Cette violence aveugle a détruit la vie de 31 personnes et blessé des centaines d’autres, de tous âges, de toutes origines et de toutes confessions. Nous partageons leur immense tristesse.
Nos mots s’adressent ensuite à tous, aux parents et grands-parents vivant en Belgique, en France, au Mali, au Liban, en Turquie et partout où le terrorisme frappe. Des mots pour essayer de comprendre et apprendre à vivre avec ce traumatisme. Des mots « à chaud » écrits au lendemain des attaques, mais qui reposent sur des convictions profondes déjà partagées et exprimées à plusieurs reprises dans ces pages.

Résister

Résister à la peur. C’est difficile après de tels événements, mais nécessaire. Personnellement, je vis avec depuis ce 22 mars. Moi qui habite Bruxelles, dont les enfants prennent le bus pour aller à l’école. Moi qui aime un homme travaillant dans des salles de spectacle. Moi dont les amis et les proches prennent chaque jour les transports en commun… Moi qui croyais vivre dans un pays en paix, à l’abri des lointains conflits armés. J’ai peur parce que je réalise que, comme vous, je suis devenue une cible. C’est insupportable.
Mais vivre avec la peur, c’est laisser les émotions guider sa raison, limiter sa réflexion, se replier sur soi-même, être plus agressif. Dans tous les cas, ça rend malheureux. Voilà pourquoi il faut résister à cette peur, pour soi. Pour nos enfants encore plus.
Résister au désir de vengeance aveugle. De nouveau, cela ne rendra pas notre monde meilleur et ne consolera pas nos peines.
Résister à l’amalgame. Toutes les personnes de confession musulmane ou d’origine arabe ne sont pas des terroristes en puissance ; ni les migrants qui fuient ceux-là mêmes qui nous ont agressés, ni les 2e, 3e ou 4e générations d’enfants d’immigrés qui vivent parmi nous. Bruxelles est connue pour sa diversité, sa multiculturalité et sa tolérance. Cette mixité est une réalité désormais incontournable. La refuser ne nous rendra pas non plus heureux.

(Se) Parler

D’abord, à nos enfants. Nous avons à leur dire ce qui se passe autour d’eux, essayer de trouver les mots simples et justes, des mots qui apaisent. Le Ligueur accompagne les parents aussi dans ces moments difficiles et nous invite à écouter nos enfants, à nous distancer de nos émotions (tristesse, angoisse, colère, peur…), à relativiser et surtout à exprimer notre amour. À noter au passage que ce qui est bon pour les enfants l’est également pour les adultes, et que l’on gagnerait à mieux s’écouter, se parler et se dire nous aussi notre amour. Oui, oui…
Nous avons à parler, mais également à les protéger (et nous protéger !) de ce flot continu d’informations, trop souvent mises en scène, trop centrées sur les slogans, qui nous informent (un peu) et qui entretiennent (surtout) l’angoisse. Éteignons nos écrans et nos radios, au moins de temps en temps.

Et bâtir une société inclusive

Nous n’avons pas le choix. La qualité de nos vies et celle de nos enfants dépendra de notre capacité à bâtir une société inclusive. C’est-à-dire une société qui offre une place à chacun, quelle que soit son origine, sa religion, ses qualités. Une société qui est sans pitié avec toutes formes de discriminations et qui combat avec acharnement les inégalités. Une société qui investit plus et mieux dans l’éducation, qui offre un accueil de qualité à tous les enfants dès le plus jeune âge, qui garantit l’accès à la culture à tous les jeunes, un emploi et un avenir. C’est de la responsabilité de nos élus politiques, nous leur demandons des choix politiques forts. Pour pouvoir vivre ensemble, en sécurité.
Nous n’avons pas le choix.
C’est par plus de solidarités que le marécage des radicalismes religieux s’asséchera. Ces mots n’ont rien d’angélique. Ils nous engagent tous et nous imposent à chacun de faire des efforts pour accepter l’autre, ne pas céder aux préjugés, aux amalgames et aux appels à la haine. Ils nous obligent à penser l’intérêt général et pas notre seul profit personnel ou celui de nos proches. Cela est de notre responsabilité. Mais soyons honnêtes, ça n’est facile pour personne et ça prend du temps. Comment faire autrement ?
La radicalisation des jeunes et le terrorisme sont des questions complexes pour lesquelles il n’existe pas de solution simple. Croire que fermer les frontières aux migrants et planter un policier derrière chaque jeune basané serait la solution est une erreur. Ceux qui le disent nous trompent. Ce n’est pas comme ça que nos enfants grandiront protégés et sereins, épargnés du bruit des sirènes et des hélicoptères au-dessus de nos têtes.
Avec plus de solidarité, de tolérance, de justice et d’éducation, les jeunes choisiront la vie et cesseront de grossir les rangs de Daesh. Et je pense aux mots de Malala Yousafzai, prix Nobel de la Paix en 2014, à 17 ans : « Avec des armes, vous pouvez tuer les terroristes. Avec l'éducation, vous pouvez tuer le terrorisme ».

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles