Chômeurs et aidants proches… profiteurs ?

4 mars 2015


Mis à jour le 16 avril 2015

Chômeurs et aidants proches… profiteurs ?Le ministre de l'emploi, Kris Peeters est revenu officiellement sur son intention de retirer l’exemption de recherche d’emploi pour raisons sociales et familiales. C'est une victoire pour la Ligue des familles qui avait réagit dès l'annonce du 19 février 2015, en exigeant son retrait pur et simple (notre communiqué de presse est ici). Nous dénoncions alors cette politique discriminatoire qui aurait fragilisé les familles et qui s'opposait à des choix politiques portant atteinte à la sécurité sociale.

Marche arrière toute pour le ministre de l'Emploi qui annonce par communqié l'élaboration d'un nouvel arrêté royal garantissant aux chômeurs aidants proches une dispense de recherche d’emploi et le bénéfice d’une allocation.

Cette première victoire est l’occasion pour nous de mettre quelques points sur les i.

Chômeurs/parents/aidants-proches/femmes

  1. Les chômeurs ne sont pas des profiteurs. Oui, bien sûr, certains le sont, mais comme dans tous milieux ou toutes professions. Pas plus. Rappelons le contexte en matière d’emploi : aujourd’hui, il y a 1 emploi pour plus de 10 demandeurs. Ils n’ont pas à porter seuls le poids de leur situation. La responsabilité du chômage est collective.
  2. Les parents chômeurs sont plus fragiles. Ils sont plus exposés à un risque de pauvreté, plus englués dans la reproduction sociale des inégalités et ont moins accès aux services publics (en Flandre, on voudrait les exclure des crèches pour tous).
  3. Les parents chômeurs aidants-proches sont encore plus fragiles. La prise en charge d’une personne dépendante (situation le plus souvent non choisie) requiert du temps et de la disponibilité. Qui peut oser dire le contraire ? Et qui peut affirmer que c’est une situation de confort ? Ces aidants-proches n’aspirent qu’à une chose, revenir sur le marché de l’emploi et retravailler dès que possible.
  4. Les parents chômeurs aidants-proches sont des femmes. Dans plus de 9 cas sur 10, ce sont elles qui cumulent ces difficultés et assument le soin à une personne dépendante.

En résumé : les personnes doivent  être plus soutenues et mieux accompagnées quand les difficultés s’accumulent. Le ministre proposait l’inverse. Maintenant que son projet est retiré et que la cacophonie entre CD&V et N-VA est passée, il est temps que le gouvernement revienne aux principes de la Sécurité sociale et cesse de faire peser les économies budgétaires sur les plus fragiles.

4 raisons de rejeter la mesure de Kris Peeters

Familiale. Personne n’est à l’abri d’un coup dur. Toutes les familles sont potentiellement concernées à un moment ou l’autre de leur vie. De plus, accompagner, aider, prendre soin d’un membre de sa famille qui en a besoin, c’est de la solidarité. C’est à valoriser plutôt qu’à pénaliser. Non ?

Sociale. La précarité et la pauvreté touchent de plus en plus de familles. Plus que jamais les parents ont besoin de politiques d’emploi, de Sécurité sociale et de services publics qui les protègent. Autrement dit, des mesures structurelles et globales. C’est dans l’intérêt de tous.

Économique (et cynique). Tiens, au fait, mais si ces femmes aidantes-proches ne peuvent plus prendre en charge un enfant ou un parent dépendant, qui va s’en occuper ? Davantage de places d’accueil seront nécessaires dans des structures adaptées, ce qui aura un coût bien plus grand pour la collectivité. Bien plus en tous cas que les 265 € par mois qu’elles perçoivent et les 12 millions d’économies budgétaires visées par la mesure.

Politique. Accumuler ce type de mesures contre les familles, c’est le clash assuré. Kris Peeters devrait représenter l’aile sociale du gouvernement fédéral. Il a sans doute besoin d’aide. Nous sommes à sa disposition avec des propositions concrètes et réalistes pour soutenir les parents travailleurs et chômeurs. L’appel est lancé également à Charles Michel, responsable de l’action d’un gouvernement qui s’est fixé, rappelons-le, comme double objectif : « Un engagement économique, un projet social ».

L’action de la Ligue des familles

Pour défendre ces aidants-proches, la Ligue des familles :

  • réagit publiquement. Dès l’annonce de la mesure, la Ligue des familles a demandé, dans les médias, son retrait pur et simple ;
  • revendique des droits (interruption de carrière, exemption de recherche d’emploi, période assimilée pour la pension), des services (répits, soutien psychologique, etc.) et plus de places d’accueil pour les personnes dépendantes.
  • Par ailleurs, nous demandons la prise en compte des situations familiales dans les politiques d’activation des chômeurs (comme par exemple, être aidant-proche ou ne pas avoir une place en crèche pour son enfant), le maintien des droits et la révision des critères d’« emploi convenable » ;
  • enquête sur les familles aidantes-proches et monoparentales jusqu’au 6 mars. Aidez-nous en répondant et en diffusant l’enquête (si vous avez dépassé le délai, contactez-nous : etudes@liguedesfamilles.be) ;
  • débat et organise un grand colloque sur les aidants-proches où seront réunis des spécialistes et des représentants politiques. Le 21 avril à Bruxelles (programme à venir prochainement). D’ici là, notez la date et venez en débattre avec nous. Enfin, n’hésitez pas à nous exprimer vos avis, coups de gueule ou expériences. Nous en ferons bon usage.

Delphine Chabbert, directrice des Études et de l’action politique