Du temps pour devenir père

7 juin 2016


En 2016, un homme sur sept ne prend pas son congé de paternité en raison de pressions de son employeur. À quelques jours de la fête des pères, la Ligue des familles dévoile ses actions pour rendre le congé de paternité obligatoire. Pour une meilleure protection des pères, plus d’égalité entre les hommes et les femmes, le bien-être des enfants et pour une société plus ouverte.

Dix jours pour devenir père

Comme les femmes, les hommes ne naissent pas parents. Ils le deviennent. Autrement dit, cela s’apprend. Tout commence vraiment à la naissance de l’enfant. Les femmes ont en moyenne une centaine de jours de congé de maternité pour se remettre physiquement de l’accouchement et pour démarrer cette relation avec ce tout petit qui arrive et bouleverse une vie.
Les pères, eux, ont dix jours. Dix jours, le temps d’une croisière en Méditerranée ou des prévisions météo. C’est peu, et ça l’est d’autant plus qu’une bonne partie des hommes ne prend que quelques jours parmi les dix autorisés.

Tiens, savez-vous que les papas suédois ont 96 jours, en moyenne, pour accueillir leurs enfants, les découvrir et les accompagner au début de leur vie ? À quelques jours de l’Euro 2016, pensez au Suédois Zlatan Ibrahimović ou à Thomas Adreasson, le héros des polars de Viveca Sten et vous verrez que cela n’altère en rien leur virilité.

Après la naissance, un moment unique

À la naissance de l’enfant succède la naissance d’une rencontre. Un moment unique dans l’histoire d’un parent. Un moment qui demande du temps pour le vivre pleinement et sereinement. Un moment qui marquera ce petit toute sa vie. Et la vôtre, c’est certain. Ce temps est important pour faire connaissance, apprendre des gestes nouveaux, s’habituer, se reposer, se regarder, créer un contact, partager avec l’autre parent ou les ainé(e)s et pour tellement d’autres choses inattendues, agréables ou moins, mais nécessaires.

Les « nouveaux » pères

Alors, pourquoi est-ce si important, aussi, pour les hommes ? Parce que les temps ont changé et que, aujourd’hui, de plus en plus de pères veulent être plus présents auprès de leurs enfants. Toutes les enquêtes le montrent « objectivement ». Et puis, il y a le quotidien, des images presque banales. Beaucoup de pères à la sortie des crèches et des écoles, dans la rue derrière une poussette et dans les plaines de jeux (et pas qu’au foot avec l’aîné). Ils langent le petit, ils coiffent la grande, ils nourrissent, ils racontent des histoires le soir et vont chez le médecin pour soigner l’otite.
Au-delà, ces pères demandent des droits et une reconnaissance sociale positive. Ce congé, ils ne le veulent pas seulement pour « aider la maman », mais pour eux-mêmes. Et ces gestes de tendresse n’affaiblissent pas leur autorité. Ces mauvais psys qui déplorent la « perte de repère, de re-père (…) », se trompent. La société évolue. Nous inventons de nouvelles façons de « faire famille », de nouvelles relations entre hommes et femmes, plus égalitaires, et entre parents et enfants, dans l’intérêt de tous.

Pour toutes ces raisons (et d’autres encore) nous plaidons pour un congé de paternité obligatoire. Ainsi, les pères seront protégés et mieux reconnus socialement. Un congé obligatoire signifie : la place des hommes, comme celle des femmes, est aux côtés de l’enfant après sa naissance. Voilà. Des résistances sont à prévoir, quelques dents vont grincer au début. Et puis, dès la génération suivante, plus personne ne se posera la question. C’est un premier pas. Le rallonger sera le suivant (dix jours, c’est court). Mais une marche à la fois.

Une stratégie en quatre temps, pour une victoire possible

Pour rendre ce congé obligatoire, il faut modifier la loi du 3 juillet 1978 sur le Contrat de travail. Ça n’est pas rien. Pour cela, nous agissons à quatre niveaux.

1. Vers le pouvoir exécutif. Nous avons rencontré les conseillers des ministres concernés par cette modification : le ministre de l’Emploi, Kris Peeters, et la ministre de la Santé, Maggie De Block (sept des dix jours du congé de paternité sont indemnisés par l’Inami comme le congé de maternité ; les trois autres sont payés par l’employeur). Nous n’avons pas reçu d’engagement mais la porte reste ouverte. Encourageant

2. Vers le pouvoir législatif. Six députés fédéraux francophones ont accepté de travailler avec nous. Cinq soutiennent la proposition (avec des degrés d’intensité variables). Certaines députées ont même déposé des propositions de lois pour un congé de paternité obligatoire. Positif.

3. Vers les partenaires sociaux. Nous avons le soutien de la CSC et de la FGTB. Des rencontres sont prévues avec les représentants des employeurs. Très positif.

4. Vers les citoyen(ne)s et les médias. La parole est donnée à des pères. Découvrez Julien, un jeune homme qui vit pleinement sa paternité et qui soutient la revendication de la Ligue des familles (en page 24-25). Et puis, une lettre signée par des pères sera publiée dans nos médias, en presse quotidienne et dans d’autres magazines à la veille de la fête des pères du 12 juin. Ouvrez l’œil. Une autre action médiatique est également prévue au même moment. Plus buzz, plus surprenante, autour d’une image forte. Ouvrez deux fois l’œil, dans nos médias, sur le web aussi et dans les magazines féminins, les JT et en radio.

D’ici là, nous souhaitons une bonne fête à tous les papas !

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles