Demande d’asile : les embûches pour l’inclusion des familles

9 juillet 2014


Membre engagée et vice-présidente sortante de notre association, la sociologue Anne-Marie Dieu revient sur ces familles demandeuses d’asile, noyées dans de tels problèmes qu’elles peinent à assurer la bien-traitance de leurs enfants. Une situation face à laquelle la Ligue des familles ne peut rester insensible.

« La Ligue des familles a entamé une réflexion sur son identité, ses combats, ses modes d'action. Un texte de référence a été rédigé en interne qui réaffirme que notre association s'adresse à toutes les familles et défend une société de l'inclusion. Voilà pourquoi, dans les différents combats qu'elle défend, la Ligue souhaite accorder une attention particulière aux familles que le système tend à laisser de côté, voire à exclure. C'est le cas notamment des familles migrantes et notamment des familles demandeuses d'asile.

Droits fondamentaux

Ces familles se trouvent dans des situations précaires qui rendent difficile pour elles l'exercice de leurs droits fondamentaux. La période d'attente après l'introduction d'une demande d'asile est une période d'incertitude, de stress, d'inquiétude. Au cours de cette période, il peut arriver que les familles soient déplacées plusieurs fois de centres d'accueil, avec à chaque fois des changements perturbants pour les enfants tant en termes affectifs que scolaires.
Chaque famille, enfants y compris, tente de se conformer au mieux aux attentes du pays d'accueil sans toujours connaître toutes les règles du jeu et les codes implicites. Et la pression au conformisme, l'obligation de ne pas "sortir des clous" pèse lourdement sur les jeunes adolescents. 
Le refus de la demande d'asile entraîne beaucoup de familles sur le chemin de la clandestinité, une partie d'entre elles ne pouvant pas rentrer dans leur pays d'origine. D'autres se retrouvent rapatriées de force. Dans toute une série de cas, les retours ne sont pas accompagnés et se résument souvent à renvoyer des personnes sans aucune ressources dans un pays où elles n'ont plus rien et dans les plus mauvais des cas, où leur sécurité n'est pas garantie. Ceci s'est passé à plusieurs reprises ces derniers mois, notamment pour des demandeurs d'asile afghans.

Des mesures particulières

Les demandes d’asile doivent bien entendu être examinées. Mais les ressortissants d’un pays en guerre (comme la Syrie), où le conflit est endémique (comme l'Afghanistan) devraient pouvoir jouir de la protection subsidiaire une fois leur nationalité avérée, et ce même s’ils ont séjourné dans d’autres pays avant d’arriver en Belgique. La situation particulière des enfants devrait également être prise plus spécifiquement en considération. Ce n'est pas le cas actuellement.
Ainsi, quand un refus d'une demande d'asile arrive pour une famille en pleine année scolaire ou quand l'enfant atteint ses 18 ans au cours d'une année d'étude, la latitude n'est pas laissée au jeune de terminer son année scolaire normalement en Belgique.
Par ailleurs, une fois la demande d’asile acceptée, il reste de nombreuses embûches sur le chemin de l'insertion des familles migrantes. Que ce soit en termes d'équivalence des diplômes, de soutien scolaire, de discrimination à l'emploi....

Le soutien de la ligue

Le Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), appuyé par d'autres organisations comme Amnesty International, œuvre pour l'amélioration des conditions de vie et le respect des droits des familles migrantes en Belgique. Une préoccupation qui doit aussi continuer à être celle de la Ligue des familles. Ses groupes locaux peuvent leur apporter une aide concrète : en les accompagnant dans leurs démarches ou dans la mise en place de projets, en prenant le relais pour dénoncer leurs difficultés et porter leurs revendications.
Comment rendre la politique d'asile plus juste et plus humaine ? Comment favoriser une meilleure inclusion des familles migrantes ? Autant de questions que la Ligue se promet de prendre à bras le corps dans les années à venir. L'ouverture des pages du Ligueur à cet éditorial témoigne de la volonté de l'association de maintenir ce cap. Je m'en réjouis ! »

Anne-Marie Dieu, vice-présidente sortante de la Ligue des familles