Six balises pour l’école de demain

4 février 2015


La Ligue des familles veut faire passer le message d’une école moins inégalitaire. Elle propose six balises pour construire l’école de demain. C’est le message qui a été adressé à la ministre de l’Enseignement, Joëlle Milquet, lors des consultations préalables au lancement du Pacte pour un enseignement d’excellence.

La ministre Joëlle Milquet a confirmé la place de la Ligue des familles dans les débats autour de l’école. Nous serons dans le comité d’accompagnement du Pacte pour un enseignement d’excellence et actifs dans quelques groupes de travail. Lesquels ? Rien n’est défini à ce jour. De notre côté, nous ferons notre maximum pour faire passer les messages suivants dans la réflexion :

1. Une école égalitaire

C’est connu, notre école (comprenez en Fédération Wallonie-Bruxelles) est l’une des plus inégalitaires d’Europe. Concrètement, cela signifie que l’écart de performances entre les 25 % d’élèves les plus riches et les 25 % les plus pauvres est le plus grand des pays d’Europe occidentale. Triste record qui a des conséquences directes : des enfants relégués dans des voies de garage, en décrochage scolaire et social, dévalorisés et rejetés.
S’il y avait une raison à retenir pour réformer notre système scolaire, c’est celle-là : rendre à l’école sa mission première de permettre à chaque enfant d’avoir une place dans la société. On en est loin et c’est la finalité qui doit guider tout changement en profondeur de notre système.

2. Une école de la réussite pour chacun

C’est, sans grande surprise, la conséquence directe d’une école égalitaire. Mais ça va mieux en le disant. Et surtout, ça ouvre de grands chantiers pour l’école de demain : un suivi individualisé pour chaque enfant qui en a besoin, une revalorisation des filières techniques et professionnelles, un tronc commun rallongé, moins de redoublements.

3. Une école accessible

En théorie, l’accès à l’école est gratuit. C’est dans la Constitution. Mais, dans les faits, nous en sommes loin. Les conséquences de la non-gratuité de l’école sont lourdes : stigmatisation, exclusion ou auto-exclusion des enfants, appauvrissement des familles et renforcement des inégalités. Les coûts de certaines filières dans le professionnel sont exorbitants (par exemple, 1 793 € pour une rentrée dans l’hôtellerie-restauration). Les cours privés coûtent cher aux familles. Et les séances de logopédie, de plus en plus prescrites, sont de moins en moins remboursées.
Enfin, une école accessible, c’est aussi une école qui offre une place pour chaque enfant, dès la maternelle.

4. Une école « globale »

Là, l’idée est de construire une journée d’école à partir des besoins de l’enfant et non pas seulement de l’élève. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui nos enfants passent de plus en plus de temps dans l’école, avant et après les cours et sur le temps de midi. Ces moments, dits extrascolaires, relèvent de l’autorité du ministre de l’Enfance et non de l’Enseignement. Aujourd’hui, c’est la même ministre qui assume les deux compétences ! C’est une occasion unique pour enfin développer une approche globale de l’accueil de l’enfant à l’école dans les temps scolaires et extrascolaires et de reconnaître la mission de service public de l’extrascolaire, aujourd’hui encore trop dévalorisé. Et c’est surtout, une réelle opportunité d’avancer enfin concrètement sur la réforme des rythmes scolaires pour répondre aux besoins des enfants, aux réalités vécues par les parents et mieux lutter contre l’échec scolaire.

5. Une école avec les familles

Pas d’école de qualité sans les familles. C’est un peu notre credo à la Ligue, rien de surprenant. La qualité de la relation famille-école est un élément clé dans la réussite de l’élève. Or, le rôle et la place des parents sont quasi absents des pistes lancées par la ministre dans son Pacte. Nous les lui rappellerons.

6. Une école inclusive

L’école de demain se devra d’être plus inclusive qu’elle ne l’est aujourd’hui. Trop d’enfants à besoins spécifiques sont orientés dans l’enseignement spécialisé alors qu’ils ont leur place dans l’ordinaire, moyennant certains aménagements raisonnables. C’est dans l’intérêt de ces enfants et de tous les autres.

Un appel

Une école qui lutte contre les inégalités est une école qui se donne l’objectif d’être émancipatrice pour chaque enfant. S’émanciper, c’est développer ses propres capacités, savoir évoluer, ne pas être condamné à rester à la même place. C’est affirmer qu’il y a une place pour chacun, sans être pour autant « excellent ».
Notre appel est celui d’une école égalitaire qui rompt avec le cycle de la reproduction et du déterminisme social. Concrètement, cela veut dire qu’un enfant qui grandit dans une famille précarisée n’est pas condamné à la pauvreté. Sans quoi, c’est l’échec d’une société entière et c’est le terreau de la désespérance. Et le radicalisme, dont il est tellement question ces derniers temps, se nourrit de la désespérance des jeunes laissés sur le côté, sans perspectives d’avenir.
Ce vivre ensemble, qui est sur toutes les lèvres en ce moment, se construit à l’école. Dans une école égalitaire, mixte et accueillante. Nous sommes bien loin du projet de certains responsables politiques qui voudraient séparer dès le plus jeune âge les enfants selon que leurs parents ont un emploi ou pas. Irresponsable !

Delphine Chabbert, directrice des Études et de l’action politique