Pas d’économies sur la maternité

1 avril 2015


La réduction de la durée d’hospitalisation liée à l’accouchement est en cours. Mais elle fait encore débat au parlement cette semaine. La Ligue des familles, à l’instar de fédérations d’hôpitaux et de sages-femmes, attire l’attention sur les risques quant à la santé des femmes, des tout jeunes enfants et sur la protection de la maternité. Et demande un renforcement de l’accompagnement des mères au retour de la maternité.

Le projet de la ministre de la Santé, Maggie de Block, partagé par l’ensemble du gouvernement, a pour objectif de faire des économies dans les dépenses de santé. Cette diminution de l’hospitalisation pour un accouchement est déjà partiellement en vigueur (1/2 jour en moins en 2015, 1/2 jour en 2016). L’économie qu’elle représente a été intégrée au budget fédéral de 2015. Or, cette mesure n’a pas été discutée, ni avec les professionnels de la santé, ni avec les organisations familiales ou représentant les femmes. Le manque de concertation et d’information sont aussi des raisons de mécontentement.

Des économies pour qui ?

La ministre espère réaliser 18 millions d’euros d’économies sur deux ans. Cet allègement, bon pour les finances publiques, n’est pas sans effet sur les femmes elles-mêmes et sur les structures de soins. Quelques chiffres pour bien comprendre.
Un accouchement coûte en moyenne 2 909 € à l’assurance maladie (dont 60 % uniquement pour les frais de séjour). Le coût pour les femmes est en moyenne de 135 € (ticket modérateur) et de 960 € pour les suppléments (honoraires, etc.). La réduction d’un jour de remboursement d’hospitalisation reporterait un coût supplémentaire d’environ 367 € pour les femmes.
Le besoin d’un accompagnement plus long pour une jeune mère après son accouchement est un droit. Ce report de charge financière porte atteinte à ce droit. De leur côté, les maternités déplorent un manque à gagner par une baisse des budgets de fonctionnement qui va les mettre en difficulté.

Des impacts sur quoi ?

La prévention de la maladie. Un retour précoce à la maison pour les nouvelles mères représente une surcharge de travail familial pour une majorité d’entre elles. Les études le prouvent, une surcharge à ce moment précis accroît le risque de dépression post-partum.

La prévention des violences. De nouveau, preuve est faite du rôle irremplaçable des professionnels de soins dans la prévention de la violence intrafamiliale liée à la grossesse et la naissance. Un jour en moins, ce sont des situations difficiles non détectées et des conséquences parfois dramatiques sur la santé des mères et des nouveau-nés.

La lutte contre les inégalités. Toutes les femmes ne sont pas égales face à l'accouchement, ni sur le plan médical, ni sur le plan social. Pour une majorité d’entre elles, donner naissance est une source de joie. Dans ce cas, un jour en moins à l’hôpital relève du détail. D’autres, notamment les femmes en difficulté, sont particulièrement vulnérables à ce moment de leur vie. Un retour précoce à la maison a un effet négatif sur leur santé, plus encore dans les milieux défavorisés.

Protection et bien-être des mères, qualité d’accueil d’un nouveau-né dans une famille

  • Nous demandons un renforcement du congé de maternité : une indemnisation à 100 % du salaire et un rallongement, et une révision conjointe des congés parentaux (maternité, paternité, parental) favorisant l’implication du père dès la naissance d’un enfant.
  • Nous proposons de mettre en place un itinéraire clinique qui coordonne les soins avant et surtout après l’accouchement, garantissant un accompagnement de la mère et de l’enfant à domicile. Cette recommandation s’appuie sur l’expertise du KCE (Centre fédéral d’expertise des soins de santé) et du Conseil fédéral de l’Égalité des Chances entre Hommes et Femmes (avis n°145).

Il en va de la qualité d’accueil d’un tout jeune enfant dans sa nouvelle famille.

Delphine Chabbert, directrice des Études et de l’action politique